PRÉCURSEURS DE LA PANGÉXÈSE
Il serait tout à fait abusif de vouloir chercher dans les théories des philosophes grecs les origines de la Pangénèse darwinienne.
Si Darwin a subi quelque influence, c'est seulement celle de son grandpère Érasme Darwin et peut-être quelque peu, par l'intermédiaire de celui-ci, celles de Bueeon et de Maupertuis.
Il n'en est pas moins digne de remarque que l'idée fondamentale de la Pangénèse se retrouve, sous une forme fruste bien entendu, dans les théories intuitives de quelques penseurs de l'antiquité.
Darwin (80) reconnaît lui-même que Héraclite (vi' siècle avant J.-C), HippocRATE (v" siècle), avaient émis une théorie non sans ressemblance avec la sienne. Démocriïe (v^ siècle) soutenait que toutes les parties du corps des animaux contribuaient à l'élaboration de la semence et que les parties constituantes de celle-ci reproduisaient celles qui leur avaient donné naissance chez le père. Darwin aurait pu signer cette pi^oposition. On retrouve cette idée, à peine modifiée, dans les écrits de Paracelse (xvi° siècle). Au commencement de ce siècle, en 1801, Hosch décrit la substance héréditaire comme un mélange des substances essentielles de tout le corps, de germes de tous les organes qui, absorbés par les vaisseaux lymphatiques, sont conduits par le sang aux testicules et aux ovaires. Mais ces
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auteurs n'ont pas eu la prétention d'ériger un système sur cette conception.
La théorie de Maupertuis et celle d'ÉRAsMF, Darwin sont seules assez générales pour mériter une étude particulière.
MAUPERTUIS (1748) Tlicorie des Germes représentatifs des organes.
Exposé.
Les liqueurs séminales et V ontogénèse . — Les animaux possèdent, les femelles aussi bien que les mâles, une liqueur séminale composée d'une multitude de germes qui, en s'unissant, forment le fœtus. Ces germes sont formés par les parties du corps de l'animal ; et ils sont de même nature que les parties dont ils proviennent, et par suite capables d'engendrer dans le fœtus des parties semblables à celles dont ils proviennent chez le parent ^
Lorsque les liqueurs séminales des deux parents sont réunies dans la matrice, les germes des parties homologues se rassemblent et ceux des parties voisines s'attirent en vertu d'une force qui réside en eux. Cette force est comparable à l'instinct qui fait faire à l'enfant des mouvements combinés précis et utiles dont cependant il ne comprend ni le but ni la liaison. Son existence n'a rien d'inadmissible, car des forces attractives analogues se rencontrent partout dans la nature. Par elle, les astronomes expliquent les mouvements des astres et les chimistes la combinaison des corps. « Pourquoi, si cette force existe dans la nature [p. 139], n'auraitelle pas lieu dans la formation du corps des animaux? Qu'il y ait dans chacune des semences des parties destinées à former le cœur, la tête, les entrailles, les bras, les jambes, et que ces parties aient chacune un plus grand rapport d'union avec celle qui, pour la formation de l'animal,
'[ Maupertuis ne croit pas que les spermatozoïdes représentent des germes chez le mâle. Pour lui, les filaments spermatiques ne sont que de petits fouets destinés à mélanger plus intimement les liqueurs séminales du père et de la mère. Les germes sont contenus, invisibles, dans la partie liquide du sperme et dans la liqueur que la femme déverse dans sa matrice au moment de la conception.
11 n'affirme pas catégoriquement que les germes proviennent des parties du corps similaires de celles qu'ils peuvent former, mais tient cela pour très vraisemblable.
[Son livre débute par une critique très juste des systèmes et idées en honneur à son époque. L'Emboîtement des germes, les envies des femmes enceintes, etc., y sont démontrés faux et impossibles.]
LES THÉORIES GÉNÉRALES
doit être la voisine, qu'avec toute autre, le fœtus se formera : et fût-il encore mille fois plus organisé qu'il n'est, il se formerait. »
On ne doit pas croire qu'il n'y ait dans les deux semences que précisément les parties qui doivent former un fœtus. Chacun des deux sexes y fournit sans doute beaucoup plus qu'il n'est nécessaire, mais les deux parties qui doivent se toucher étant une fois unies, une troisième qui aurait pu faire la même union ne trouve plus sa place et demeure inutile
La Témtogénèse. — « Si chaque partie [p. 140-143] est unie à celles qui doivent être ses voisines et ne l'est qu'à celles-là, l'enfant naît dans la perfection. Si quelques parties se trouvent trop éloignées ou d'une forme trop peu convenable ou trop faibles de rapport d'union à celles auxquelles elles doivent être unies, il naît un monstre par dôfaut. Mais s'il arrive que des parties superflues trouvent encore leur place et s'unissent aux parties dont l'union était déjà suffisante, voilà un monstre par excès. Une remarque sur cette dernière espèce de monstres est si favorable à notre système qu'il semble qu'elle en soit une démonstration. C'est que les parties superflues se trouvent toujours aux mêmes endroits que les parties nécessaires. Si un monstre a deux têtes, elles sont l'une et l'autre placées sur le même cou ou sur l'union de deux vertèbres; s'il y a deux corps, ils sont joints de la même manière. 11 y a plusieurs espèces d'hommes qui naissent avec des doigts surnuméraires : mais c'est toujours à la main ou au pied qu'ils se trouvent. Or si l'on veut que ces monstres soient le produit de l'union de deux œufs ou de deux fœtus, croira-t-on que cette union se fasse de telle manière que les seules parties de l'un des deux qui se conservent, se trouvent toujours situées aux mêmes lieux que les parties semblables de celui qui n'a souffert aucune destruction ^ »
V Hérédité, la Variation, la Formation des espèces. — Les germes représentant une môme partie du parent dans la liqueur séminale sont nombreux et ne sont pas tous identiques entre eux. La plupart sont conformes au type individuel, c'est-à-dire capables de donner naissance à un organe identique à celui du parent; mais un certain nombre sont conformes seulement au type spécifique et quelques-uns même s'écartent de ce type.
* [Maupertuis s"abstient de dire ce qu'elles deviennent. Louable prudence, car Buffon n'a guère été bien inspiré en imaginant que ces parties de tète, de membres, d'entrailles, etc., forment en s'unissant les enveloppes du fœtus et le placenta.]
' [Maupertuis cite ici le cas d'un géant qui avait une vertèbre surnuméraire et demande si l'on peut prétendre qu'elle provienne d'un second individu soudé au premier.
[Ainsi il trouve, avant Geoffroy Saint-Hilaire, la LoideVatlracliondusoi pour soi.]