‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 179 sur 251 · THÉORIE DE MAUPERTUIS · texte numérisé non relu

THÉORIE DE MAUPERTUIS

Quand, selon la l'ègle habituelle, les germes conformes au type des parents sont les plus nombreux et les plus aptes à se combiner, ils s'attirent, s'unissent entre eux et forment un fœtus qui rappelle les traits de ses parents. Mais, par le hasard ou la disette des germes de ce type, il peut se faire que le fœtus soit formé principalement de germes différents. Le fœtus alors ne ressemblera pas à ses parents : il pourra rappeler la figure de quelqu'un de ses aïeux ou même n'avoir aucun des traits qui se sont rencontrés dans sa famille. Il pourra arriver même, qu'il soit formé, en quelque point, de ces rares germes étrangers au type de l'espèce que nous avons dit exister dans les liqueurs séminales; le fœtus et l'enfant présenteront dans ce cas des caractères tout à fait exceptionnels.

Alors il pourra arriver deux choses. Ou bien les germes normaux de la race reprendront peu à peu le dessus et il y aura retour au caractère normal chez les descendants de l'individu aberrant; c'est le cas le plus habituel. Ou bien les germes de la race deviendront de moins en moins nombreux à chaque génération et finalement se dissiperont : l'individu aberrant aura été le fondateur d'une race nouvelle. Ce cas est plus rare, mais quand il s'est présenté, ses effets persistent, car il faudrait un nouveau hasard pour rétablir les caractères primitifs.

« Au reste, quoique je suppose ici [p. 196] que le fond de toutes ces variétés se trouve dans les liqueurs séminales mômes, je n'exclus pas l'influence que le climat et les aliments peuvent y avoir. Il semble que la chaleur de la zone torride soit plus propre à fomenter les parties qui rendent la peau noire que celles qui la rendent blanche : et je ne sais jusqu'où peut aller cette influence du climatou des aliments après une longue suite de siècles ^ ».

Critique.

Il est vraiment admirable ce petit in-12 où, sous le titre singulier de Vénus phijsique , Dissertation à l occasion du nègre blanc , Maupertuis expose son système en quelques pages d'un style naïf, pénétrant, parfois un peu caustique, jamais méchant, souvent animé d'une émotion qui nous semblerait ridicule ailleurs et qui se fait accepter, ici parce qu'elle est sincère

1 [Ici Maupertuis montre, bien avant Darwin et ses adeptes, l'influence de la ségrégation sur la formation des espèces. Mais nous ne pouvons que rappeler ici ces idées qui n'ont aucun lien nécessaire

avec sa conception des germes et de l'Hérédité. Nous renvoyons pour le reste au chapitre de la 1'" partie consacré à la Sélection naturelle.] ^ Je ne puis résister à l'envie d'en donner

LES THÉORIES GÉNÉRALES

Geoffroy Saint-Hilaire pourrait signer sa loi de laTératogénèse, Lamark, ses idées sur la variation, Darwin, son système des g-ermes représentatifs.

Et tout cela a été dit par lui un siècle avant eux!

Certes les Gemmules de Darwin sont autrement affinées que les germes de Maupertuis. Des particules représentatives des cellules sont autrement scientifiques, maniables, fécondes que des germes (( de la tête, des membres ou des entrailles », mais l'idée est la même au fond, et Maupertuis ne pouvait attribuer ses germes aux cellules à une époque où l'on commençait à peine à les voir et où l'on ignorait, en tout cas, qu'elles fussent l'élément universel de tous les corps organisés. Par contre, son idée des germes s' attirant entre eux ne prête pas le flanc à la grosse objection des Gemmules attirées par les cellules que nous avons faites au système de Darwin .

Il n'y a pas à s'arrêter aux invraisemblances d'un système, à son défaut de concordance avec les faits embryogéniques, quand cette invraisemblance et cette discordance n'ont été révélées que par les découvertes d'une époque ultérieure. Mais on peut reprocher à Maupertuis des lacunes et des imperfections que lui-même aurait pu voir. Amsi on comprend l'origine des germes conformes au type individuel; mais d'où viennent ceux qui reproduisent les traits des aïeux, ceux qui diffèrent du type de la famille et ceux surtout qui s'écartent du type de l'espèce? Cela eût mérité quelque explication puisque c'est la base de la théorie de l'Hérédité, de l'Atavisme et de la Variation. Maupertuis aurait pu aussi chercher à expliquer le mélange des caractères des deux parents dans le produit, l'origine du sexe et celle des annexes du fœtus. Buffon n'a pas été très heureux dans ses explications de ces phénomènes; mais il a eu au moins le mérite de comprendre qu'une théorie générale ne pouvait les laisser de côté. On peut dire cependant à la décharge de Maupertuis que sa petite Dissertation à propos du nègre blanc n'avait pas les prétentions d'un traité complet de la nature comme celui de son contemporain. Et l'on doit plus s'étonner d'y trouver tant d'idées générales, tant d'intuitions justes, que reprocher à son auteur les lacunes de son système.

une idée par une citation. On lit (p. 81) : « Pendant que plusieurs animaux sont si empressés dans leurs amours, le timide poisson en use avec une réserve extrême : sans oser rien entreprendre sur la femelle, ni se permettre le moindre attouchement, il se morfond à la suivre dans les eaux ; et se trouve trop heureux de fécon-

der les œufs après qu'elle les y a jetés.

« Ces animaux travaillent-ils à la génération d'une manière si désintéressée? ou la délicatesse de leurs sentiments supplée t-elle à ce qui paraît leur manquer? Oui, sans doute, un regard est pour eux une jouissance. Tout peut faire le bonheur de celui qui aime. La nature... »

THÉORIE d'Érasme darwin.

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