‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 180 sur 251 · ÉRASME DARWIN · texte numérisé non relu

ÉRASME DARWIN

Système «les Filament!!» à appétence et deslloléculcs à propension.

Exposé.

Tous les organes, tissus ou parties quelconques du corps puisent dans le sang- des substances qui leur sont analogues et les utilisent pour leur croissance et leur fonctionnement. Les substances qui ont servi au fonctionnement ne peuvent plus être employées de nouveau à l'entretenir : elles deviennent superflues pour les organes qui les renferment et doivent être rejetées dans le sang pour faire place à d'autres.

Elles sont, en effet, rejetées, mais pendant leur séjour dans les divers organes, elles ont subi une élaboration particulière et acquis des propriétés spéciales. Chez le mâle, elles ont pris la forme de Filaments, chez la femelle, celle de Molécules. Filaments et Molécules ont acquis, en outre, une tendance évolutive qui se manifeste sous la forme d'appétence formative chez les premiers, et sous celle moins active de propension formative chez les dernières. Les Filaments à appétence et les Molécules à propension sont conduits par le sang aux glandes sexuelles qui les en extraient et les accumulent dans leurs réservoirs où ils constituent, chez les deux sexes, la partie active de la liqueur séminale Réunies dans la matrice par le coït, ces liqueurs séminales se mêlent et servent à former le produit. Pour cela, les Filaments à appétence attirent les Molécules à propension qui ont de leur côté une tendance à se joindre à eux et, de leur union, résultent les rudiments des premiers organes de l'embryon : cœur, vaisseaux, cerveau, etc. Il résulte de là un premier degré d'organisation. Les rudiments ainsi formés manifestent de nouvelles appétences, attirent de nouvelles molécules et donnent naissance à un second degré d'organisation plus avancé que le premier ; le second en engendre un troisième, celui-ci un quatrième et ainsi de suite jusqu'à la fin

^ Ces Filaments à appétence ne doivent gnation du sperme dans les vésicules sépas être confondus avec les filaments minales.

spermatiques. Ceux-ci sont des produits [Cette explication est renouvelée de de génération spontanée des sortes d'or- Buffon.]

ganismes inférieurs résultant delà sta- ^ [Ce système des Filaments àappétence

LES THÉORIES GÉNÉRALES

L'union des Filaments à appétence avec les Molécules à propension d'où résulte la formation de l'embryon est aussi la cause de la formation des organismes. Les premiers sont ceux qui peuplent les Infusions. Ils constituent des associations extrêmement simples de Filaments et de Molécules. Mais, si rudimentaire que soit leur organisation, elle n'en est pas moins supérieure à celle des Filaments et Molécules qui les ont formés. Il en résulte que les Filaments et Molécules produits par eux ont des appétences et propensions un peu plus compliquées et peuvent, en s'associant, former un oi'ganisme un peu supérieur. Celui-ci fait de même, et ainsi de suite jusqu'au dernier. Chaque état engendre le suivant un peu plus compliqué que lui et ainsi se comprend un perfectionnement graduel dans la chaîne des Êtres comme dans celles des degrés successifs d'organisation de l'embryon. Seul le premier chainon est dans les mains du Créateur.

et des Molécules à propension est développé par l'auteur dans un long appendice à son chapitre sur la génération.

Dans le corps de l'ouvrage, il développe une théorie fort différente ; mais, à la suite de certaines études botaniques, il change brusquement d'idée et expose le système que nous avons résumé. Ce système représente donc son idée définitive et c'est pour cela que nous lavons présenté dans le texte principal. Mais il n'est pas sans intérêt de faire connaître ici sa première théorie qui n'était pas sensiblement inférieure à celle qu'il lui a substituée].

Le père fournit, comme élément générateur, un simple filament doué d'une tentance évolutive. Ce filament peut être considéré comme l'extrémité d'une fibrille de nerf moteur, détachée, tombée dans le sang , recueiHie par les glandes sexuelles et déposée par elles dans la semence. La semence en contient ainsi un grand nombre, venus des divers points de l'économie ; mais tous sont équivalents et un seul sert à la formation de chaque embryon.

La puissance évolutive consiste dans une simple aptitude à se développer ou plutôt à s'accroître sous l'action du stimulus convenable, mais à s'accroître d'une manière quelconque. C'est du stimulus

seul que dépend la forme de l'accroissement, la direction du développement.

La femelle ne fournit pas de filaments mais des molécules nutritives. Ces molécules sont celles qu'elle forme et élabore dans ses glandes et dans son sang pour l'entretien de ses propres organes. Elles participent déjà de la nature de ces divers organes et sont diverses comme eux ; mais au lieu de leur parvenir, elles sont déversées dans la matrice et employées pour la formation de l'embryon.

Lorsque, à la suite du coït, le filament paternel est déposé dans la matrice, au sein du liquide nutritif, il est incité par lui à se développer, absorbe par ses pores des molécules qui le font grandir, se reploie en un anneau, qui s'allonge en un tube, premier rudiment du corps. Chaque nouveau changement dans sa forme modifie son genre d'irritabilité et lui fait attirer de nouvelles molécules à de nouvelles places et ainsi, peu à peu, il grandit et perfectionne sa forme jusqu'à ce ([u'enfin il réalise un animal parfait.

Les molécules fournies par la mère, étant de la nature des organes maternels auxquels elles auraient été conduites si elles n'avaient été détournées pour servir à l'embryon, forment dans celui-ci des parties identiques à celles qu'elles auraient

THÉORIE d'Érasme darwin.

Critique.

Au premier abord, le système cI'Érasme Darwin, comme aussi celui de Maupertuis, paraît se rattacher à celui de Buffon beaucoup plus qu'à la Pangénèse. Mais il en diffère essentiellement en ce que les particules organiques ne sont pas ici universelles et immortelles comme chezButFon. Elles n'ont pas d'existence en dehors des êtres organisées. Elles sont formées, comme dans la Pangénèse, par les tissus et organes du corps, et plus ou moins à leur imag-e.

formées dans la mère. Elles ne subissent, en effet, aucun changement, n'ayant qu'à se déposer à la place où elles doivent grandir. Il en résulte au début une conformité parfaite entre l'embryon et la mère. Mais lorsque l'embryon a commencé à former son estomac, ses viscères, ses glandes, les particules n'arrivent plus à son sang que digérées, modifiées par ses organes et il s'affranchit ainsi peu à peu de cette dépendance rigoureuse où il était à l'égard de sa mère. Celle-ci lui fournit bien encore les mêmes molécules identiques à celles de ses organes, mais il les traite de plus en plus comme les adultes font du lait, des viandes, des œufs, qu'ils consomment, sans prendre pour œla les caractères des animaux qui les ont fournis.

On comprend ainsi comment l'embryon n'est pas la copie identique de la mère; mais d'où viennent ses ressemblances avec le père ?

Elles sont produites par l'imagination du père.

Au moment du coït, les sensations Imaginatives du père réagissent sur les irritabilités et appétences du filament et peuvent les modifier de manière à provoquer une ressemblance de l'embryon avec lui, et cela d'autant plus énergiquement que les images de son cerveau sont plus vives. C'est ainsi que l'on peut comprendre que l'enfant puisse être masculin bien qu'essentiellement formé de

parties fournies par la mère et qu'étant masculin ou féminin, il ressemble par ses autres caractères au parent du sexe opposé. 11 suffit que le père, au moment du coït, se soit formé une représentation vive de ses organes reproducteurs, ou d'un être ayant les traits de la mère ou les siens avec les organes du sexe opposé. C'est par l'imagination aussi que l'on peut expliquer les monstres. Si un Dindon regardait un Lapin ou une Grenouille au moment de la procréation, il pourrait ar river que son imagination en fût occupée au point de causer dans le filament une tendance à ressembler à cette forme.

Cette influence des impressions sensitives sur les irritabilités et par suite sur les caractères de l'organisme explique comment « les couleurs d'un grand nombre d'animaux paraissent adaptées à leur but de se cacher pour éviter des dangers ou de s'élancer sur leur proie. »

[p. 297]. La vue de ces couleurs dispose les fibres de la rétine d'une manière qui correspond à la vision de cette couleur. Par un phénomène d'imitation sympathique, les fibres terminales des nerfs cutanés se disposent de même, en sorte que les poils ou les plumes formés .sous l'action de ces nerfs réfléchiront la couleur correspondante. C'est ainsi que tous les animaux prennent la couleur des objets dont ils font leur nourriture habituelle.

[C'est une explication de ce qu'on a appelé plus tard le Mimétisme.]

LES THÉORIES GÉNÉRALES

Il y a une autre diflérence entre ce système et celui de Buffon. Ce dernier admettait que l'embryon se formait d'emblée par la réunion des diverses parties qui, toutes présentes dans la liqueur dès le début, n'avaient qu'à s'assembler selon l'ordre et la succession convenables. Dans le système présenté ici, au contraire, les appétences qui donnent naissance au second degré d'organisation n'existaient pas dans les éléments qui ont formé le premier; elles ont apparu dans l'embryon du premier stade, comme conséquence du degré d'organisation auquel il est parvenu. Un stade entraîne l'autre et tous s'enchaînent ainsi du premier au dernier.

A cela près, la théorie d'ÉRASME Darwin a les ressemblances les plus étroites avec celle de Buffon. É. Darwin a beau s'en défendre, ses Filaments et Molécules procèdent directement des Molécules organiques dont elles ne diffèrent qu'en des points très secondaires. Toute sa théorie de la génération est en recul plutôt qu'en progrès sur celle du naturaliste français. Cela éclate surtout dans son explication de l'origine des sexes^ de l'hérédité paternelle, des monstres. Il fait jouer là à l'imagination un rôle nullement scientifique, tandis que Buffon, avec un sens bien supérieur à celui des meilleurs esprits de son temps, avait fait justice de ces hypothèses à l'occasion des envies des femmes enceintes.

En un seul point, É. Darwin est franchement supérieur à Buffon, mais ce point est capital. C'est quand il émet l'idée que la forme future n'est pas déterminée dès l'abord dans le produit de la conception ; que l'influence des conditions ambiantes se fait sentir à chaque instant sur son évolution; et qu'en somme, dans la nature, rien n'est fixe et prédestiné, mais que tout évolue et progresse sous la double impulsion des irritabilités de la matière organique et de l'excitation des agents extérieurs. On ne peut méconnaître que c'est là une grande idée : il l'a appuyée sur de mauvais exemples et n'en a tiré aucun bon parti, mais s'il ne l'avait pas émise, peut-être chez son petit-fils les premières inspirations philosophiques qui souvent déterminent les tendances de l'esprit pour le reste de la vie, eussent été autres et le Darwinisme ne fût né que plus tard et ailleurs.

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