‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 209 sur 251 · MORTALITÉ DU CORPS ET IMMORTALITÉ DU GERME · texte numérisé non relu

MORTALITÉ DU CORPS ET IMMORTALITÉ DU GERME

entre le Germen immortel et le Soma mortel. Spencer (93) invoque la suftisance ou l'insuffisance de la nutrition, Butschli (82) le renouvellement ou l'épuisement d'un ferment. Lexul (89) propose sa théorie du Ballast, et tous ont recours à la Sélection naturelle et à l'avantage pour l'espèce de ne pas conserver un corps usé et incapable de se reproduire.

Or, il saute aux yeux que la vraie cause n'est pas là et qu'elle n'est autre que la Différenciation.

Sans exception aucune , toutes les cellules de Métazoaires ou de Métaphytes qui servent à la continuation de l'espèce par voie asexuelle ou sexuelle sont des cellules point ou peu différenciées. Il suit de là que toute cellule non différenciée est immortelle et ne demande pour continuer à vivre que d'être placée dans des conditions qui le lui permettent; et que toute cellule différenciée est vouée à une mort inévitable sans qu'il y ait pour elle aucune possibilité d'y échapper. Le corps des Métazoaires meurt parce qu'il est formé en majeure partie de cellules différenciées et, s'il reste en lui des cellules peu ou point différenciées au moment de la mort, elles meurent aussi parce que la nutrition leur est supprimée. Les cellules sexuelles, cellules de bourgeons, parties greffées, bouturées, etc., n'y éckappent que parce qu'elles ont été mises, à temps, à même de se nourrir par elles-mêmes ou à l aide d'autres in dividus. Chez les Pucerons, les Elodea, les Pommes de terre et autres êtres capables de se propager indéfiniment par voie asexuelle, les cellules différenciées meurent, comme toujours, et c'est seulement par des éléments indifférenciés que la vie se continue. Le fait est si général, on peut dire si absolu, qu'il n'y a pas à le discuter.

Nous pouvons donc poser en principe que toute cellule non différenciée est indéfiniment capable de se diviser et de se multiplier tant qu'elle a les moyens de se nourrir; et que toute cellule , en se différenciant , met; par cela même, une limite à sa faculté de division.

Le premier point est évident a priori. Si une cellule, en se divisant, donne deux filles absolument identiques à elles, ces deux filles seront aussi aptes à se diviser que leur mère ; et il en sera de même indéfiniment. On pourrait mettre la chose sous cette forme : la division homogène ne diminue jamais la vitalité des cellules.

Quant au second point, il n'est pas évident a priori. Une cellule peut, dans une division hétérogène, donner naissance à deux cellules dont l'aptitude à se diviser ne soit en rien inférieure à la sienne. Il en est ainsi dans beaucoup de cas. La faible différenciation du spermatozoïde, des cellules

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LA THÉORIE DES CAUSES ACTUELLES

canilîiales, des cellules de bourgeon, ne les empêche pas d'être capables de survie indéfinie. Mais, c'est un fait évident, que toute division hétérogène risque d'avoir pour conséquence une diminution de l'aptitude à se diviser. Dès lors la difTérenciation progressive basée sur une longue suite de divisions hétérogènes doit avoir, presque forcément, pour résultat de supprimer l'aptitude à des divisions indéfinies.

Il suit de là que la différence n'est nullement tranchée entre les éléments immortels et ceux qui ne le sont plus. La première division hétérog-ène ne diminue sans doute que fort peu l'aptitude à se diviser, la suivante la diminue un peu plus et ainsi de suite ; et, après un certain temps, l'aptitude devient si faible que les conditions nutritives ne sont plus suffisantes pour la mettre en éveil et la division s'arrête. Or, comme nous allons le voir, l'arrêt de division a pour conséquence inévitable la mort.

Tant que l'aptitude à se diviser n'a pas reçu une trop forte atteinte , elle n'implique pas la mortalité fatale ; il faut seulement à la cellule des conditions plus difficiles pour l'exciter à se diviser. De plus, ce qu'une division hétérogène a fait perdre, une autre le peut restituer : c'est sans doute ce qui arrive lorsque des cellules cambiales se transforment en cellules de bourgeon. lEnfin, il se peut même que l'immortalité radicalement perdue à la suite d'une division puisse être reconquise par une voie détournée, c'est ce qui arrive pour les produits sexuels dans la fécondation.

Mais pourquoi, dira-t-on, la différenciation entraine-t-elle une diminution de l'aptitude à se diviser?

Pour certaines cellules, les produits de la différenciation sont un obstacle direct à la division : cela est certain pour la substance inextensible des os par rapport aux cellules osseuses , cela est probable pour la myosine , l'élastine, etc., des cellules musculaires, élastiques, etc. Pour les autres, et pour toutes d'ailleurs, la mort est due à une raison d'un autre ordre et beaucoup plus générale.

Cette raison est la suivante.

L'organisme n'est pas un appareil physique simplement traversé par des forces qu'il consomme pour les rendre, transformées, en d'autres points. Il retient pour lui une partie des matériaux qui lui sont fournis et s'en sert pour son accroissement. Cet accroissement a une limite imposée précisément par la différenciation cellulaire. Le corps du Vertébré ne peut plus croître quand ses cartilages ont été entièrement envahis par l'ossification et l'arrêt du squelette entraine l'arrêt des muscles dont l'excitation fonctionnelle tomberait vite à zéro s'ils s'accroissaient au delà

l'hérédité.

de ce qu'exigent les segments osseux à mouvoir; et il en est de même des autres tissus.

11 y a toujours, dans tout organisme, certains tissus qui se différencient, et qui, une fois différenciés, ne pouvant plus croître, arrêtent l'Excitation fonctionnelle, et par suite, l'accroissement des autres tissus. Si l'organisme, arrêté dans sa croissance, continuait à vivre indéfiniment, si les cellules, arrêtées dans leur division, continuaient à fonctionner indéfiniment, il n'y aurait aucune différence entre le corps et un mécanisme mort quelconque, entre les cellules du premier et les rouages du second. La mort est la conséquence nécessaire de l'arrêt d'accroissement et de multiplication des cellules, par la bonne raison que la vie n'est autre chose que cet accroissement et cette division.

En résumé, la plupart des cellules ont une constitution interne telle qu'en se divisant elles se différencient de plus en plus. La différenciation a pour résultat, d'abord une diminution de l'aptitude à se diviser et, en outre, directement chez les unes, indirectement chez les autres, un arrêt de l'accroissement. L'arrêt de l'accroissement des éléments cellulaires a pour conséquence non immédiate, mais fatale l'arrêt de leur nutrition, c'està-dire leur mort. Mais il existe certaines catégories de cellules qui se divisent sans se différencier ou qui se différencient assez peu pour pouvoir récupérer leur constitution initiale si certaines conditions, d'ailleurs probables, viennent à sa rencontre. Ces cellules restent aptes à se diviser indéfiniment et constituent les éléments de la reproduction sexuelle ou asexuelle.

11 reste évidemment après tout cela quelque chose d'inexpliqué. Pourquoi une cellule, différenciée ou non, ne peut-elle vivre indéfiniment sans s'accroître et se multiplier, pourquoi ne peut-elle recevoir de la force et rendre du travail sans modifier sa substance, ou en parcourant, dans ses changements, un cycle fermé qui la ramène exactement au point de départ. C'est demander en quoi l'organisme vivant diffère de l'appareil mort. Nous ne pouvons aller jusqu'au bout de l'explication de la mort parce que nous n'allons pas jusqu'au bout dans l'explication de la vie.

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