‹ La structure du protoplasma et les théories sur l'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 63 sur 251 · MORT ET PLASMA GERMINATIF · texte numérisé non relu

MORT ET PLASMA GERMINATIF

n'est pas fatalement voué à la destruction par impossibilité de continuer à vivre. Il meurt d'accident souvent, de vieillesse jamais.

C'est là un fait positif sur lequel on a épilogué tant et plus mais en vain.

Maupas (88) a démonfré ce fait très intéressant que l'Infusoire ne peut se diviser indéfiniment. Après un nombre de divisions variant, selon les espèces, de une à quelques centaines, il montre des traces évidentes d'affaiblissement général, de sénilité, et il meurt s'il ne trouve pas un autre individu dans un état semblable au sien pour se conjuguer avec lui^ Mais c'est un pur accident, comme le voyageur du désert meurt s'il ne trouve pas à temps une source. Est-il mortel pour cela? Non, dit Weismanx (91), car s'il rencontre cet autre individu, il se conjugue avec lui, échange avec lui une fraction de noyau et se sépare, prêt à recommencer une nouvelle série de divisions agames. Pendant la conjugaison, il n'a pas cessé de se mouvoir, par conséquent de vivre , il n'est donc pas mort et peut recommencer ainsi indéfiniment sans jamais mourir. Il est donc bien immortel. L'Homme au contraire (et tous les Pluricellulaires) vieillit comme l'Infusoire, s'affaiblit, mais il n'y a pour lui aucune possibilité de retrouver la jeunesse et d'éviter la mort. Il est donc mortel.

D'autres ont cherché dans les phénomènes normaux de la vie des Infusoires l'équivalent de la mort des Métazoaires. Spencer (93) voit cet équivalent dans la Conjugaison. Cette assimilation ne peut être discutée que sur le terrain de la métaphysique ; elle n'a aucune valeur. Spencer ne trouve rien à répondre quand Weismann lui demande oii est le cadavre 2.

GoTTE (83) distingue, dans la mort des Métazoaires, deux choses, la mort de l'individu et celle de ses éléments anatomiques et trouve que

1 Si l'Infusoire ne trouve pas à se conjuguer, les organes reproducteurs s'atrophient d'abord, puis les autres; la taille diminue de plus en plus et l'individu finit par périr. Maupas part de là pour s'inscrire en faux contre l'opinion de Minot que la mort consiste essentiellement, pour les cellules, dans la diminution puis la disparition de la faculté de division. D'après lui, toutes les facultés déchoient ensemble dans la cellule quand elle approche de la fin de la vie.

- Gardiner (91) est du même avis et déclare que les seuls Protozoaires immortels

THÉORIES DE l'hÉRÉDITÉ.

sont ceux qui n'ont pas de conjugaison et il cite les Bactéries. Or les Bactéries sont précisément moins immortelles que les autres car, lorsqu'elles se reproduisent par spores, elles ne laissent pour les perpétuer qu'une partie très minime de leur substance et le reste est détruit.

Mais il ne résulte pas de là qu'elles soient fatalement mortelles, car elles ne forment des spores que dans des conditions déterminées, et il n'est pas démontré qu'elles ne puissent se reproduire indéfiniment par simple division.

LES FAITS

celle-ci n'existe pas, en effet, chez les Infusoires, mais que la première a son équivalent dans Y enkijstement. C'est encore im abus d'interprétation. L'infusoire a l'air mort, en effet, tant qu'il reste informe et immobile sous l'épaisse paroi de son kyste, mais peut-on dire qu'il le soit vraiment lorsqu'on le voit au bout de quelque temps rompre ce kyste et reprendre sa vie accoutumée sans laisser ici non plus comme cadavre la moindre parcelle de son protoplasme. C'est peut-être une mort psychologique, comme serait celle d'un homme qui sortirait d'une longue catalepsie ayant perdu toute mémoire du passé, mais ce n'est pas une movi j)h!jsiologique comme celle du Métazoaire devenu vieux. Ainsi il est établi que l'Infusoire ne meurt pas.

Pour ce qui est du Métazoaire, il n'y a pas à nier qu'il soit mortel, mais on peut se demander si la mort est pour lui une nécessité résultant de la structure môme de son protoplasma ou si elle n'est qu'un accident physiolog"ique résultant de ce que les cellules du corps ne sont pas agencées entre elles de manière à continuer à vivre. Spexckr (93) a émis l'opinion qu'il n'y a aucune différence constitutive essentielle entre les cellules du corps et celles des produits sexuels et que celles-là, comme celles-ci, pourraient vivre indéfiniment si on les mettait dans des conditions convenables. Il cite l'exemple des Pucerons dont les générations agames se continuent pendant si longtemps et des Elodea dont les masses immenses proviennent de la multiplication asexuelle d'un seul individu : il pourrait y ajouter les Pommes de terre qui se reproduisent par l)outure depuis leur découverte. Il est certain qu'il y a surtout dans ces dernières un tel exemple de longévité des cellules somatiques, que l'on peut se demander si l'on a le droit de dire que cette longévité a une limite infranchissable.

En tout cas, son corps fût-il mortel, le Métazoaire ne meurt pas tout entier. L'Homme laisse des enfants qui sont une partie de sa substance et il continue à vivre en eux. Il ne s'agit pas ici de métaphore mais d'un fait anatomique. L'œuf fécondé est fait tout entier de la substance des parents; or l'enfant n'est que l'œuf grandi et développé. Et, bien qu'en grandissant il ait multiplié des milliers de fois sa substance, il n'a cependant pas pour cela cessé d'être la continuation de ses parents, comme le montre sa ressemblance avec eux, en dépit des conditions de vie différente qu'il a pu rencontrer. Eu réalité donc le Métazoaire ne meurt qu'en partie; il se divise en deux parts, l'une qui meurt, l'autre qui continue à vivre et cela indéfiniment. Il y a en lui deux choses, l'une mor-

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