LA FORCE HÉRÉDITAIRE
En étudiant les faits d'hérédité, on remarque que certains caractères se transmettent avec une insistance remarquable, quels que soient les individus qui les lèguent; et que, d'autre part, certains individus transmettent avec une ténacité remarquable leurs caractères, quels que soient ces derniers. On a conclu de là à l'existence d'une Force héréditaire pouvant résider soit dans les caractères, soit dans les individus. I^es Pigeons tambour croisés avec les autres races transmettent avec une grande énergie leurs caractères sauf deux, la touffe de plumes de leur bec et leur roucoulement si particulier ; ces deux caractères font toujours défaut dans les métis. D'autre part, on sait combien la force héréditaire était grande
THÉORIES DE L'hÉRÉDITÉ. 15
dans la race des Bourbon dont le nez se transmettait à tous leurs descendants même lorsqu'ils épousaient des femmes plus robustes qu'eux. Tous leurs bâtards avaient aussi le nez de la race : Ainsi, de toutes les femmes qui leur ont donné des descendants légitimes ou non, aucune n'a pu les supplanter et léguer aux enfants le nez de la race maternelle.
Dans les unions croisées, les Nègres, les Chinois, les Juifs montrent d'ordinaire une force héréditaire plus grande que leurs conjoints ^
En appendice à la question de l'hérédité des caractères acquis, nous devons examiner les faits relatifs à quelques questions qui s'y rattachent et c[ui sont en outre intimement unies entre elles. D'abord l'état passager dans lequel peuvent se trouver les parents au moment de la conception,
/ ou la mère pendant la grossesse, peut-il avoir quelque influence sur le
produit ? Secondement les substances introduites dans leur organisme peuvent-elles réagir sur le produit ? Enfin que sont ces faits, paraissant
' dépendre d'une influence mystérieuse de l'élément fécondateur, que l'on
désigne sous les noms de Télégonie et de Xe'nie?
8. INFLUENCE HÉRÉDITAIRE DES SUBSTANCES INTRODUITES DANS l'organisme DES PARENTS.
Personne ne conteste que certaines substances nocives, introduites dans l'organisme, n'influencent le produit dans ses caractères anatomiques et physiologiques ou psychologiques. Le fait est démontré surtout pour l'alcool. Les alcooliques engendrent une plus grande proportion d'enfants monstrueux ou hémitériques que les gens sains, et les expériences de Féré (93) montrent qu'il ne s'agit pas là de simples coïncidences, car les œufs de poules incubés dans des vapeurs d'alcool donnent aussi une forte proportion d'hémitéries et d'arrêts de développement.
C'est là d'ailleurs de la Tératogénèse et non de l'Hérédité, car il n'y a aucune ressemblance entre la modification acquise par le parent et celle héritée par le produit. Mais il n'en est pas de même pour les affections nerveuses ou mentales,
* D'après Verner (79), la force héré- tères s'accommodent avec ceux du con-
ditaire d'un individu dépendrait de son joint.
degré d'adaptation avec les conditions J'ai peine à trouver là l'explication du
de vie et de la manière dont ses carac- nez bourbonnien.
SUBSTANCES INTRODUITES DANS l'oRGANISME. . , 227
Les enfants d'alcooliques sont souvent des dégénérés, des idiots, des maniaques ou des épileptiques ; ils sont relativement inféconds. Or l'abus de l'alcool conduit le parent parfois à la manie ou à l'épilepsie, elle tue les désirs vénériens, et produit, en tous cas, chez lui une déchéance intellectuelle et génitale profonde. Il y a assez de ressemblance entre les états du parent et de l'enfant pour que l'on puisse appeler cela de l'hérédité, surtout si l'on admet la notion des transformations d'hérédité démontrée par tant d'autres exemples (V. p. 224). En tout cas, il y a un fait indéniable : c'est le même système que frappe l'alcool chez le parent et chez l'enfant, et cependant il n'y a pas plus de système nerveux dans la cellule germinale pour attirer les effets de l'alcool qu'il n'y a de queue pour recevoir les effets de l'amputation de cet appendice. Des faits semblables sont démontrés pour la morphine et la cocaïne. Cela nous autorise à conclure que : Des systèmes, des tissus, des 07'ganes même^ peuvent être spécialement influencés dans la cellule germinale, bien qu ils ne soient représentés en elle par aucun rudiment déterminé visible.
Les substances fabriquées par les microbes exercent une influence analogue. Les études de Bouchard et surtout de Charrin (94.) ont démontré que l'immunité conférée par les substances vaccinantes sécrétées par les microbes survivent longtemps à l'élimination complète de ces substances. On sait, d'autre part, que cette immunité acquise est parfois héréditaire. Or l'immunité, qu'elle s'exerce par phagocytose, par un état bactéricide des humeurs ou par une résistance du plasma cellulaire aux atteintes des toxines, se traduit toujours par une qualité physicochimique du protoplasma. Il faut donc que la modification physicochimique nécessaire ait été produite sur l'élément sexuel et qu'elle ait été susceptible de se maintenir malgré la différenciation cellulaire et l'accroissement colossal que subit la substance de l'œuf fécondé pendant l'ontogénèse
Il semble qu'il y ait une différence considérable entre ces cas et ceux d'hérédité vraie, car l'hérédité ici ne se maintient pas longtemps et le Plasma germinatif semble empoisonné oumédicamenté, plutôt que modifié et placé dans un nouvel état d'équilibre où il puisse se maintenir seul. Mais d'abord il y a quelque chose de plus qu'un simple empoisonnement ou qu'une action médicamenteuse, car le spermatozoïde de l'al-
• Ici pourraient prendre place tous ces que lorsque grelfon et porte-greffe sont de faits d'influence du greffon par le sujet. races différentes, nous les examinerons à Mais comme ces faits ne se manifestent propos du croisement (p. 257 et suiv.).
LES FAITS
cooliqiie ou du vacciné ne contient plus trace d'alcool ou de substance immunisante, ou ce qu'il en contient se perd absolument dans F accroissement énorme que prend le corps dans l'ontogenèse : le fds d'alcoolique n'est pas un alcoolisé, il éprouve cependant des symptômes analogues à ceux de son père dont les tissus étaient cbarg'és d'alcool. La structure physicochimique du produit sexuel est changée en quelque point. Cela persiste peu parce que la cause a peu duré, mais savons-nous si, comme le suggère Danilevsky (94), lia continuation de la cause n'amènerait pas à la fm, le Plasma germinatif à un état d'équilibre stable et différent du précédent ?
Comme question de fait nous pouvons en tout cas enregistrer cette conclusion : Divei'ses modifications engendrées par l'introduction de certaines substances dans V organisme se montrent héréditaires, mais d'ordinaire sous line forme peu précise.