OBSERVATION X
Intoxication par le gardénal (6 grammes environ). Mort après injection de 1 g. 31 de strychnine.
Mme X.., 40 ans, est transportée le 25 avril 1934 à l'Hôpital Saint-André, à 23 heures, dans le coma complet.
Elle est admise, salle 21, dans le service de M. le Docteur Denis.
L'interne de garde recueille peu de renseignements de la part de la famille; toutefois, il apprend que l’on a retrouvé trois tubes vides ayant contenu des comprimés de gardénal à 10 centigrammes auprès du lit de la malade.
On ne sait pas à quelle heure exactement le toxique a été ingéré, mais on pense que le suicide remonte à au moins vingt-quatre heures.
Nous voyons la malade demi-heure après son entrée dans le service. :
Coma profond. Carus. Respiration très irrégulière, avec pauses respiratoires.
Pouls filant; d'emblée, l’état paraît très grave et nous portons un pronostic des plus réservés.
Nous commençons immédiatement le traitement par la strychnine, et l’on injecte à 23 h. 30 le premier centigramme de strychnine intraveineux.
En deux heures, on injecte 16 centigrammes de strychnine par voie intraveineuse. D'abord de cinq en cinq minutes, puis de quart d'heure en quart d'heure.
Adrénaline, # milligrammes. Solu-camphre, 15 cm3,
À 1 heure du matin, après ces deux heures de traitement, nous avons la satisfaction de voir l’état de la malade très nettement amélioré.
La respiration est ample et très régulière, Le facies est rosé; le pouls est excellent; réflexes cornéen et tendineux positifs.
La malade à fait quelques efforts pour vomir; elle pousse quel-
ques grognements.
PT Ne
A ce moment-là, nous reprenons espoir, et le pronostic est plus favorabie.
La strychnine est continuée pendant toute la nuit. Elle reçoit 1 centigramme de strychnine sous-cutané à 2 heures, 3 heures, 4 h. 30, 6 h. 30, 8 heures, sans que son état subisse de modification.
26 avril. — Nous retrouvons à 9 heures du matin la malade profondément endormie.
Les réflexes rotuliens existent faiblement, le réflexe cornéen est positif, l’état nous paraît moins bon que lorsque nous avions quitté la malade à { heure du matin.
On poursuit la strychnine systématiquement pendant toute la matinée, on injecte 1 centigramme de strychnine sous-cutané à 9 heures, 9 h. 30, 10 heures, 10 h. 30, 11 heures, 11 h. 30 et midi.
A midi, malgré cette strychnothérapie intensive, aucune modification dans l’état de la malade, qui dort toujours d’un sommeil très profond. Toutefois, le facies est rosé et la respiration régulière est celle d’un dormeur.
On décide de poursuivre régulièrement les injections de strychnine, et on injecte 1 centigramme sous-cutané à : 42 h. 15, 12 h. 30, 43 heures, 13 h. 30, 14 heures, 14 h. 30, 15 heures, 15 h. 30, 16 heures, 16 h. 30, 17 heures, 17 h. 30, 18 heures, 18 h. 30.
L’après-midi se passe sans changement, Le sommeil est toujours aussi profond, la respiration est régulière, le réflexe cornéen reste positif, les réflexes rotuliens sont positifs par inlermittence.
Il y à de temps à autre quelques réactions de défense aux fortes excitations.
Pendant la journée, on a injecté des toni-cardiaques à plusieurs reprises (adrénaline, coramine, sélu-camphre). Sérum glucosé souscutané, 4 1. 500.
17 heures : La température axillaire est de 38° 4.
La malade a été sondée à deux reprises dans la journée (450 cm3 le matin et 350 cm3 le soir).
Pendant la soirée et pendant la nuit, on poursuit régulièrement
les injections de strychnine sous-cutanées à la dose de 1 centi-
- malade reçoit 10 centigrammes de ‘strychnine. |
gramme | par ut Entre 19 heures et 9 he
è . 27 avril. — À 9 heures du matin, nous retrouvons notre malade sr) der à PNB 7 à
toujours dans le coma aussi profond...
Température axillaire, 39 degrés. os les Ne sont abolis.… On continue la strychnine et l’on injecte 1 centigramme | souscutané à 9 heures, 9 h. 30, 10 heures, 10 h. 30, 11 heures, 11 he 30. A 11 h. 30, il se produit brusquement une aggravation dans l’état de la malade, elle se cyanose, la respiration est très superficielle et irrégulière, le pouls est filant, + - 10 De 41 h:,:20"à 42Eh +30 mous injectons 5 ne de <
strychnine sous-cutanés.
A ce moment-là, l’état paraît amélioré, les réflexes rôtuliens ES sont vifs, la malade pousse quelques grognements, elle présente | ce quelques réflexes de déglutition, toutefois on ne peut arriver à la 514 faire boire. ; D :
Pendant les premières heures de l'après-midi, on continue les z à injections systématiques de strychnine et, de 12 h. 30 à 16 heures, | on injecte 9 nouveaux centigrammes de strychnine. s
À 16 heures, l’état est très grave. La malade est très cyanosée, respiration irrégulière et stertoreuse, Les poumôns sont encombrés -. de râles d’œdème pulmonaire, l’état nous paraît désespéré.
Nous pratiquons une saignée de 500 cm8.
On injecte ouabaïne intraveineuse, 1/4 de milligramme. On fait respirer à la malade du carbogène. :
A 17 heures, l’état paraît s'être légèrement amélioré.
Toutefois, la respiration est toujours très superficielle.
De 17 heures à 17 h. 30, on injecte par voie sous-cutanée 9 centi- ; grammes de strychnine.
À 17 h. 30, de nouveau, l’état paraît très grave. On a l’impression que la malade va mourir. Température, 40 degrés. Eat”
Malgré tout, nous continuons la strychnine et nous utilisons la voie intraveineuse et intramusculaire.
De 17 h. 30 à 19 h. 30, elle reçoit ainsi 26 centigrammes de strychnine,
A ce moment-là, il semble y avoir de nouveau une légère amé-
UX on 2 minuit, situation sans changement. F | On injecte par voie intraveineuse 3 centigrammes de strychnine HÉRaE dans 200 cm3 de sérum glucosé à 47 p. 1.000. ce
+. De minuit à 7 heures du nou la malade reçoit encore 5 centi- A grammes de pes Re > F528 avril" A tk heures du matin, le coma est toujours aussi
profond. Etant donnée la dose considérable de strychnine injectée Met Ke (A g. 31), nous décidons d’ interrompre la strychnothérapie. À 74200 D'ailleurs, nous considérons la situation comme désespérée. Le ME. facies est franchement mauvais, la température axillaire est de 41 degrés. Se
La malade meurt à 10 ares du matin de in cardiaque.