I. — Émergences glanduleuses localisées
M. Trécul * indique, chez le Galega offkinalis, près de l'insertion des folioles, t un bourrelet horizontal revêtu de poils courts, paraissant ordinairement composés de deux rangs de cellules disposées par étages. De tels poils composés, quelquefois renflés en massue, ayant jusqu'à cinq rangées d'utricules visibles dans le diamètre de leur partie la plus épaisse, se trouvent dans Taisselle des feuilles. » On trouve tous les passages entre ces deux dispositions extrêmes : la première n'est qu'une réduction de la seconde. Ces saillies n'ont ni la taille, ni la composition détjnies des poils proprement dits. Les renflements axillaires de la feuille sont des émergences revêtues d'épiderme, ceux de l'aisselle des folioles sont des émergences réduites aux épidermes. Certaines espèces renferment l'une ou l'autre de ces deux formes, parfois des variétés plus simples ou plus compliquées. Les émergences localisées aux nœuds foliaires ou foliolaires se retrouvent aussi sur les stipules et les stipelles. Parfois elles y représentent une simple extension des massifs de la base des stipules à toute la face ventrale de ces languettes {Glycyrrhiza, Robmia). Souvent aussi les massifs apparaissent seulement sous des saillies naturelles, par exemple à la base des poils de la marge chez les Asiragalus (fig. 28, gL), Colutea, Indigofera. Le plus souvent ils n'existent que sur le bord tourné vers le pétiole et au sommet de la stipule. Chez VOnonis frulicosa, les émergences sont logées, non pas à l'aisselle des stipules, mais au fond des sinus formés par la stipule avec le rachis ou par les lobes des stipules ; elles se retrouvent aux nœuds foliolaires.
Toutes les stipelles du Robinia Pseudacacia sont terminées par une masse glanduleuse fongiforme. Cette émergence est unique sur les petites stipelles des feuilles primordiales. Mais, dans les feuilles composées, il y a en outre des glandes analogues vers la base des stipelles, sans compter celles qui s'insèrent directe-
1. TaiccL, Recherches sur l'ordre d apparition des premiers vaisseaux dans les organes aériens. (Annales des sciences nat., C" série, t. XII. 1882.)
ACCIDENTS De SUHFAGK. — I. 49
ment sur le rachis à leur aisselle. Quand les stipelles supérieures sont 1res petites, les glandes sont relativement plus puissantes, parfois au point que la slipelle est réduite à une masse glandulaire ramifiée.
Les émergences localisées aux nœuds foliaires et foliolaires et aax stipules sont répandues dans la famille des Papilionacées. Leur répartition correspond sensiblement avec les affinités des plantes. Elles manquent aux Génistées examinées. Je n'en ai pas rencontré non plus chez les Anthyllis, ni chez aucune autre Lolée, ni chez les Coronillées.
Elles sont répandues parmi les Trifoliées. Elles opposent les Ononis (0. rolundifolia, Nairix, frulicosa, etc.) aux Génistées, en paiticulier aux Lolononis. Toutefois, elles manquent à plusieurs Ononis (0. altissima, alopecuroides, etc.). Elles existent chez les Trifolium pralense, rubens, médium, Lupinaster, alpinvm, arvense, etc. Je ne les ai pas observées chez les Tnfolium elegans, repens. Mais ces résultats négatifs n'ont qu'une valeur secondaire, car certains exemplaires de Tnfolium pralense sont aussi privés d'émergences.
Les Tnfolium de la section Chronosemium (Tr. agrarium,ba' dium, subierraneum , chrysanlltum) possèdent, en place des émergences et localisés comme elles, des poils (fig. 45) unisériés, à manche pluricellulaire, terminés par un long sac un peu renflé, généralement muni d'une à trois cloisons transversales à contenu riche en tanin. Les émergences massives sont également tanifères chez les Trifolium pralense et médium. Les mêmes poils tanifères à manche articulé se retrouvent à la pointe des dents du limbe de plusieurs Chronosemium.
Ce caractère est en pleine évolution paimi les Trèfles, où nous voyons, selon les espèces, les émergences absentes, présentes, inconstantes ou remplacées par des poils unisériés. Les émergences pédiculisées des stipules et des nœuds foliolaires, chez le Trifolium arvense, rappellent beaucoup les vérilables poils glanduleux des autres Trèfles. La forme particulière de la section Chronosemium acquieil seule de la fixité dans une série naturelle.
Ch( z \es Melilûlvs cfficinalis, allvs, d'wev^è Medicago, Trigo-
CARACIKBKI PK LA KKUlLhK. 4
50 CARACTÈRES DK LA FEUILLE DANS LE PHYLUM DES ANTHYLLIS.
tiella, les émergences glanduleuses font défaut ; mais les poils glanduleux, qui existent sur toute la feuille, prennent à Taisselle des stipules une disposition en arc. Chez le Medicago radiala, ces poils sont plus gros que ceux du limbe et ont la tête plus souvent munie d'une cloison longitudinale.
Parmi les Galégées, les émergences localisées existent chez les Astragalus (fig. 28), y compris les A. tumidus et tragacanlhoides, dont on avait fait à tort des Anthyllisei V Astragalus loloides, mais non le Podostemma hosackioides . Ces deux dernières espèces avaient été réunies à tort dans une section commune (Podoloius) du genre Astragalus. Les émergences des Astragalus sont disposées en arc à la base des stipules comme les poils glanduleux des Medicago et Melilotus. Elles existent également chez les Bisemila, Colutea (fig. 43-15), Caragaiia, Halimodendron, Sutherlandia, Galega, Robmia, Glycyrrhiza (ûg. 48-24), Indigofera.
Chez les Amorpha glabra, fruticosa, des massifs exserts, plus ou moins pcdiculisésà la base, naissent au voisinage des stipelles. Ils sont entièrement formés par une glande épidermique d'un type très répandu sur toute la feuille, mais généralement incluse.
Quelques Hédysarées, à l'exclusion des Coronillées, possèdent des émergences localisées. Tels sont les Zomia, Myriadenus, Ebenus,
La forme des émergences multicellulaires varie avec le développement même de l'organe. Ces diflérences s'observent sur une seule feuille. Chez le Colutea arboresceiis par exemple, les plus petites émergences se montrent comme un léger soulèvement de la surface : leur plus grand diamètre est à l'insertion; les moyennes passent à la forme cylindrique (fig. 43-15) ; les plus vulumineusos s'étranglent à la base et deviennent des massues ou des boules. Chez le Caragana arboresceiis, les gros massifs glanduleux, développés dans l'aisselle de la feuille, deviennent concrescenls et forment, surtout entre les stipules, des languettes charnues digitiibrmes (fig. 46). Sous ré|»iderme de ces excroissances, quelques cellules allongées renferment un produit de sécrétion se colorant par la fuchsine. Chez le Glycyrrhiza ecliinata^ une
languette étroite, longue de plusieurs millimètres, dépourvue de faisceaux, se dresse au milieu de la face ventrale des nœuds foliolaires; elle est chargée de poils mécaniques et surtout de nombreuses émergences glandulaires.
Au lieu de se compliquer ainsi, le type moyen des émergences se modifie souvent par réduction. Quand les cellules sont peu nombreuses, elles tendent à se disposer en séries et à prendre l'aspect de poils. La disposition indiquée par M.Tréculauxnœuds foliolaires du Galega marque un premier stade de celle progression; on en trouve, aux nœuds mêmes, un degré plus avancé. Certaines émergences sont portées par une file de 2-3 cellules simples à laquelle succèdent 4-6 étages une ou deux fois divisés par des cloisons longitudinales. La fonction sécrélrice se localise dans cette région supérieure et le produit élaboré, soulevant en masse la cuticule, la transforme en une sorte desac, qui enveloppe les étages cloisonnés en long; mais le décollement ne s'étendpas au pied unisérié.
Chez les Zomia, Myriadenus, les massifs très allongés passent fréquemment aussi à des poils glanduleux (fig. 17), portés par un manche unisérié et présentant, dans la partie supérieure, des cloisons minces irrégulièrement orientées. Nous avons vu le dernier terme de cette progression chez les Chronosemium.
La transformation, chez le Robinia, ne s^accompagne pas de rallongement de la glande elle-même, mais seulement de la formation d'un manche à sa base. Sur la face ventrale des stipules, à côté des émergences normales, on en trouve qui n'ont que deux rangs de cellules et d'autres enfin qui débutent par une file de 3-5 cellules, surmontée d'une tête arrondie, ne comptant pas plus de 8-12 cellules.
Les Glycyrrhiza offrent des formes de passage entre les émergences et les poils glanduleux, sur la face ventrale des stipules. L'émergence y est divisée en deux régions : une base, à parois cellulaires fermes, épaisses, longitudinales et transversales, une tête plus large à membranes minces et n'obéissant à aucune règle d'orientation. Dans les plus gros massifs (fig. 48), le manche est 2-3 fois plus long que la tête et formé d'étages comprenant chacun jusqu'à 8-10 cellules juxtaposées. Dans les moyens (fig. 19),
52 CARACTÈRES DB LA PfiUlLLB DANS LB PHYLUM DES ANTHYLLIS.
le manche se i*accourcit; dans les plus petits (fig^. 20» 21), il ne comprend plus que deux étages, chacun bicellulaire et la tête est multicellulaire. Une telle émergence diffère seulement du poil glanduleux discoïde des Glycyrrhiza (lig. 23-27) par l'allongement de la tête, qui est jusqu'à six fois plus haute que le manche, par l'entassement des cellules en massif, par le décollement de la cuticule enveloppant d un sac les c^lés de la glande, au lieu de se soulever seulement au sommet en couvercle (c).