I. — Cotylédons
Difiërenciés au sein de la graine, soustraits, pendant leur période de formation, à ces agents extérieurs complexes qui provoquent, chez des espèces voisines, les adaptations les plus variées dans les organes de la végétation libre, les cotylédons ont dû garder, dans leur structure et leur forme, quelque chose de cette fixité qui a permis de baser sur leur nombre la subdivision la plus naturelle des Angiospermes.
Et en effet les deux principales dispositions des cotylédons, charnus ou foliacés, se retrouvent respectivement, dans la famille des Papilionacées, chez des plantes assez nettement parentes, pour que de CandoUe ' ait pu subdiviser, d'après ce caractère, les Papilionacées en deux groupes primordiaux : Phyllolobœ et Sarcolobœ.
Godron ' tient compte, en outre, de la situation hypogée ou épigée des cotylédons après la germination. Les sections définies par la combinaison de ces caractères correspondent précisément aux tribus admises dans le Prodrome, parmi les deux grandes divisions des Papilionacées è cotylédons charnus ou foliacés. Les cotylédons épigés sont subdivisés en foliacés (Podalyriées, Lotées) et charnus (Phaséolées) ; les hypogés en charnus (Viciées) et foliacés (Hédysarées). Nous aurions donc là des caractères d'une valeur exceptionnelle, s'il ne s'était glissé, dans ce tableau dicho-
t. A. P. DE Canoolli, Prodromus.
2. GtENiiR et GoDioif, Flore de France, 1848. Papilionaceœ, auciore Godron.
MORPHOLOGIE GOMPARATIVB EXTERNE. — I. 87
tomique, une méprise singulière : les Hédysarées en effet ne sonl pas des plantes à cotylédons hypogés.
Endlicher* n'avait mentionné ces caractères qu'en sous-ordre: pour les Viciées, qui ont les cotylédons hypogés et pour les PhaséoléeSy où leur situation est inconstante.
Bentham et Hooker • n'ont pas cru devoir maintenir les propriétés des cotylédons dans la diagnose des groupes élevés. Cependant ils opposent l'une à l'autre deux tribus à cotylédons charnus, les Viciées et les Pbaséolées, d'après la présence habituelle de cotylédons restant hypogés chez les premières, devenant exserts après la germination chez les secondes.
Ces deux ordres de caractères : carnosité ou structure foliacée, hypogéisme ou situation aérienne, relèvent essentiellement de la nature séminale des cotylédons. Les propriétés que les cotylédons acquièrent après la germination, notamment dans le cas où ils s'étalent dans l'air pour participer aux fonctions absorbantes et assimilatrices, sont plutôt liées àleurnaturefoliaire, lors même qu'une accélération ontogénique les fait déjà apparaître, au moins à l'état d'ébauche, dans la graine. A ce point de vue, nous ne pouvons nous dispenser d'en faire une étude sommaire, chez les tribus autres que les Viciées et les Phaséolées.
La présence ou l'absence d'articulation du limbe cotylédonaire sur son pétiole, la caducité ou la persistance de ce limbe, qui en est la conséquence, sont importantes à constater. Si l'une de ces dispositions n'est pas constante chez tous les représentants d'une des tribus admises, sa fixité peut dépasser les limites du genre et doit être prise en considération pour la constitution des phylums. C'est un caractère Ué aux conditions de la vie libre de la jeune plante. Les cotylédons sont, en effet, susceptibles de prendre des positions de veille et de sommeil comme les feuilles ordinaires et, si le nyctitropisme se manifeste à un certain degré dans quelques cotylédons continus, comme je l'ai constaté chez les Ulex Européens, Cyiisus nigricans, etc., il est bien plus accusé quand il existe une articulation. Chez les Tetragonolobus, par