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assez singulier; mais il est encore bien plus surprenant de constater que les premières feuilles développées sur les semis en sont dépourvues... Par analogie avec ce qui se passe dans le règne animal, on pouvait s'attendre à ce que ces Folioles rudimentaires fussent mieux développées et plus régulièrement présentes dans les plantes très jeunes, i» Cette exception apparente aux lois de Tontogénie embarrassait visiblement l'illustre maître. Elle lui suggère l'idée que le Desmodium gyrans a pour ancêtres immédiats des espèces unifoliolées comme il en existe parmi ses congénères, mais que celles-ci proviennent elles-mêmes de types trifoliolés. Cette vue théorique est en grande partie confirmée par l'ensemble de mes observations. Seulement d'après la manière dont nous voyons se produire, soit normalement à un certain stade, soit accidentellement, des feuilles à limbe unique dans des espèces multijuguées, nous sommes dispensés de la nécessité de faire intervenir l'intermédiaire constamment unifoliolé entre les ancêtres trifoliolés et les types partiellement unifoliolés. Nous supprimons ainsi l'iiypothèse qui compliquait la théorie de Darwin, au point de lui donner une allure un peu fantaisiste.
Chez les Phaséolées, les feuilles primordiales ont un type si bien défini, que les exceptions sont desimpies anomalies. Chez le Phaseolus vulgaris, le premier nœud porte un verticille de trois feuilles unifoliolées, surtout quand un cotylédon est biparti! , accident qui n'est pas rare. Parfois pourtant la troisième feuille s'échappe au nœud suivant, tout en gardant une seule foliole. Les mêmes dispositions se rencontrent avec des cotylédons normaux. Fréquemment le second nœud porte aussi des feuilles opposées d'ailleurs normales. Dans d'autres cas, les deux feuilles du second nœud sont fasciées. Au-dessus du premier nœud foliolaire du complexe, duquel se détachent deux stipelles et deux ou trois folioles, le rachis se bifurque et chaque branche désagrégée se termine par une foliole bislipellée. Germain de Saint-Pierre ' a figure trois cas de a pétiole bifurqué au-dessus de la première paire de folioles > ; il ne dit pas àquel niveau il avait recueilli ces feuilles. L'alternance des feuilles primordiales est peu commune.
1. Germain de SAiNT-PiERai, Histoire iconograph. des anomalies végétafes. Série 6, pi. 3, fig. 5, 6, 7.
MORPHOLOGIE GOMPAEUTIVfl KXTERNE. — II. 1 09
Le PhaseolusmuUiflonis est encore plus sujel à des monslmosités analogues à celles du Phaseolus vulgaris. Dans un exemplaire de DoUchos melanophthalmus, un rameau malingre s'était développé à Taisselle d'un cotylédon et s'était épuisé en donnant une seule feuille unifoliolée comme les feuilles primordiales.
L'organisation des feuilles primordiales sans folioles des Viciées semble tout d'abord irréductible à celle des plantes étudiées précédemment. On en trouve pourtant l'orîgine dans une adaptation qui n'est pas incapable de céder à des influences nouvelles. Les feuilles réduites à la gatne appartiennent au stade de nutrition souterraine ; l'adaptation à la vie aérienne ne se réalise pleinement qu'après leur apparition. Certaines anomalies prouvent qu'une accélération ontogénique peut faire participer ces feuilles aux fonctions assimilatrices. J'ai rencontré un pied de Lalhyrus odotalus chez qui la première feuille vraie sortait au même nœud que la seconde gaine. Les deux membres s'étaient unis en une feuille double, dont les folioles extérieures étaient restées indépendantes. Les folioles internes concrescentes formaient une pièce simple, en apparence terminale, flanquée de deux apicules simulant des slipelles. D'un côté la feuille double portait une stipule normale, tandis que l'autre stipule trilobée représentait le vestige de la feuille primordiale non absorbé dans l'édification du membre plus complexe. La feuille verte avait entraîné la feuille primordiale dans son évolution et avait réveillé dans celle-ci les tendances héréditaires généralement engourdies par le défaut d'usage.
La première feuille verte marque un acheminement delà gaine vers la feuille de Trèfle; mais la foliole terminale est encore avortée. Le type trifoliolé peut pourtant se réaliser d'emblée, comme je l'ai observé dans une plantule vigoureuse de Vicia Faba. La première feuille avait trois folioles avec léger prolongement du racbis au-dessus du départ des pétiolules pairs. Dans la règle, l'avoitement du limbe terminal, réalisé dans les feuilles primordiales par suite des conditions spéciales de nutrition de la plantule, se maintient, malgré l'apparition des folioles paires, parce qu'une adaptation nouvelle s'est grefiee sur cet état imparfait. L'apicule évolue en vrille et cette nouvelle direction dans ses pro-
grès s'est maintenue et même accentuée par sélection. Chez le Lathyrus Aphaca, les folioles paires sont englobées dans la même régression, les stipules suffisant au rôle assimilateur : c'est là un phénomène cénogénique d'adaptation. Ce qui le prouve, c'est que les deux premières feuilles végétatives qui suivent les gaînes pri« raordiales possèdent une paire de folioles, comme l'a établi Thilo Irmisch *. Exceptionnellement toutes les feuilles gardent cette disposition. M. Perrier" en a cité un exemple.
Réciproquement, l'adaptation habituelle chez le Lathynis Aphaca a été décrite chez d'autres Viciées. Moquin-Tandon • a étudié une Fève dont les folioles étaient avortées et dont les stipules avaient acquis un développement compensateur.