LE PARENCHYME
ci est interrompue par de nombreuses chambres gazifères, tandis que les palissades sous-jacentes ne sont séparées que par d'étroits méats.
Une disposition analogue se retrouve chez VAnthyllis genisiœ, mais seulement sur les marges (fig. 138). A partir de la gahie des faisceaux, on y voit des collecteurs presque sphériques, donnant insertion chacun à 3 ou 4 palissades ; celles-ci supportent des cellules un peu plus longues que larges et enfin on trouve l'exoderme à cellules chlorophylliennes courtes, entremêlées de taniféres. Les lanifères s'allongent beaucoup dans le reste du limbe, surtout sur la face ventrale, et ils forment une nappe confluente^ dont les interstices livrent passage à des cellules vertes de forme quelconque ; la structure palissadique s'y efface totalement.
Les cellules vertes perdent encore la forme palissadique, quand elles sont protégées par une couche tanifère continue, qui atténue suffisamment la radiation pour rendre superflue la migration des corps chlorophylliens. L'action perturbatrice exercée par l'appareil tanifère sur l'agencement du parenchyme assimilateur est particulièrement frappante chez le Bonjeanea recta. Dans les folioles ordinaires (fig. 137), l'exoderme dorsal est entièrement formé de tanifères étoiles. Le système accumulateur tient donc la place d'une des assises de parenchyme spongieux et ses cellules diffèrent des suivantes seulement par leur grande taille. Sur la face ventrale, les tanifères sont isolés ou rapprochés en petits groupes. L'mtervalle est occupé par deux assises palissadiques à chlorophylle. Les cellules à tanin ont la même forme que les éléments des palissades ; mais elles sont bien plus larges et bien plus longues, si bien qu'elles plongent jusqu'au niveau des petits faisceaux. L'exoderme ventral des folioles stipulaires (fig. 136) se transforme, comme l'exoderme dorsal, en une nappe lanifère presque ininterrompue, dont les cellules, plus allongées que celles de la face opposée, sont cependant trop larges pour simuler des palissades. Le parenchyme assimilateur palissadique se trouve du même coup supprimé et tout le tissu vert est réduit à deux ou trois rangs de cellules irrégulières circonscrivant de nombreuses lacunes.
La structure particulière du parenchyme, soumise à une criti-
que suffisante, peut entrer dans la caractéristique, soit des espèces, soit de groupes plus étendus. Un même type se reproduit, dans certaines familles, avec une grande constance. Mais tel n'est pas le cas des Papilionacées. Parmi les Lotus, par exemple, les feuilles sont bifaciales chez les L. anthylloides, decumbens, cytisoides, etc. ; elles sont centriques et bipalissadiques chez les L. sessilifolius, canescens, centriques sans palissades chez les L. edulis, Arabicus, halophilwt, pusillus. Les variétés d'une même espèce différent à cet égard. Le Lotus comiculatus type a des palissades sur la face ventrale seulement ; les variétés villosus et crassifolius n'en ont pas du tout.
Cette grande inconstance dans un genre homogène, jointe à la difficulté pratique d'exprimer les cas intermédiaires, m'a engagé à négliger ces caractères : d'autant plus qu'ils me semblent plus propres à établir des distinctions entré leâ subdivisions extrêmes (espèces, variétés) qu'à indiquer les enchaînements des grands rameaux du phylum qui nous occupe.
Ce que je dis de la forme des éléments et de la nature homogène ou hétérogène du parenchyme s'applique a fortiori à la dimension des cellules et à l'épaisseur du limbe. M. Lesage' s'est . donné la peine de mesurer l'épaisseur de feuilles recueillies dans des stations différentes et a pu établir mathématiquement que l'on trouvait de l'une à l'autre au moins une différence de quelques millièmes de millimètre.
A. P. de CandoUe * avait déjà observé que les feuilles deviennent charnues chez le Lotus comiculatus qui croît au bord de la mer. Cela n'empêche pas la camosité de devenir, chez les Crassulacées, une propriété familiale plus constante que l'indépendance des pétales ou la présence de l'albumen.
1. Lbsage, Influence du bord de la mer sur la structure des feuilles, (Thèse de Paris, 1890.)
2. À. P. DE Candolle, Théorie élémentaire de la botanique, 2* édit., p. 112.