IV. — Stéréome
La lignine est un produit de l'activité du protoplasme, qui ne fait pour ainsi dire jamais défaut chez les plantes vasculaires. Contrairement aux résines, aux latex, aux cristaux, aux tanins, etc.,
1. J. Racteb, Zur Enlwickelungsgeschichte einiger Trichùmçebilde (Denktchri/lender Wiener Akademie. Bd. XXXI. 1871).
2. JiCifscH, Veber den inneren Bau und die sonstigen EigenihamUchkeiten des Àmbatêch..,. (Inaag.-Diss. Breslaa, 1883.)
CABACTàBBf DV LA VEUILLE. IV
290 GARACTÈRRS DE LA FBUILLB DANS LB PHTLUM DES AMTHTLLIS.
qui ne paraissent avoir en eux-mêmes qu'une uUlilé accessoire ou nulle et que l'on considère avant tout comme des résidus, la lignine joue un rôle mécanique si évident, qu'on n'a pas l'habitude de la ranger au nombre des sécrétions. Malgré cette adaptation habRuelle, la lignine n'est qu'une forme des substances issues des transformations organiques et l'étude de ses localisations trouve naturellement sa place à côté des autres substances qui s'accumulent dans les tissus différenciés.
Comme son nom l'indique, la lignine a son lieu d'élection dans le bois et, si l'on considère des organes où elle est réduite au minimum, elle ne se rencontre pas en dehors des vaisseaux ou des ti*achéides. Le dépôt de la lignine dans ces éléments est tellement général, il est devenu palingénique pour un phylum si vaste, qu'on ne saurait y chercher des caractères difiTérentiels entre les familles, ni, à plus forte raison, des preuves de la parenté des divers termes d'une série naturelle.
Il est d'autres éléments, où la répartition de la lignine, étant d'une nécessité moins absolue, offre les mêmes modifications que la distribution des divers organes sécréteurs et acquiert un certain intérêt taxinomique. Je ne reviendrai pas sur les rapports de l'accumulation de la lignine avec le dépôt d'oxalate de chaux : on a vu plus haut que, dans certaines tribus, comme les Trifoliées, il y a de véritables idioblastes lignino-cristallifères. Je veux envisager seulement l'accumulation de la lignine dans le sléréome.
D'après M. Petit, « le sclérenchyme existe dans le pétiole de toutes les Légumineuses, sauf les Trifolium et les Medicago. Son existence n'est pas en relation avec la lignosité de la plante; elle ne dépend que des affinités naturelles de cette plante. II en résulte que la présence du sclérenchyme dans le pétiole constitue un bon caractère de famille. » Il faut en rabattre un peu de cette appréciation ; mais pour en juger la valeur, il est bon d'expliquer ce que l'on entend par sclérenchyme. M. Wiesner' réserve le nom de sclérenchyme aux cellules rigides, à paroi totalement lignifiée,
1. WiESNER, Elemente der Ànatomie und Physiologie der PJlanzen. (Wieu. 1881.)
prenant souvent une teinte brune. Il oppose ces éléments aux fUfres, caractérisées par une faible métamorphose chimique, par on certain degré de flexibilité, d'extensibilité et par Tabsence de coloration. C'est précisément la fibre ainsi définie, qui constitue habituellement le stéréomedes feuilles de Papilionacées. La lignification y est presque toujours partielle, car la zone interne à parois réfringentes est totalement réfractaire à la fuchsine, à la phloroglucine, etc. Ces fibres du rachis sont assez semblables aux éléments décrits par Sanio' dans le bois de la tige de YUUx Europœus, puis considérés par le même auteur' comme généralement répandus dans le libriforme de plusieurs familles, notamment des Papilionacées. M. Jânnicke' a confirmé plus récemment les vues de Sanio sur la structure du libriforme des tiges de Papilionacées ; il voit dans l'existence de l'épaississement muco-cartilagineux (gallertig-knorpelige) un caractère général de la famille.
De divers travaux il résulte que ces éléments du système mécanique ont un rapport plus étroit avec le coUenchyme qu'avec le véritable sclérenchyme. M. Schwandener* a observé chez les Astragalus le passage direct des cellules de collenchyme aux fibres (Bast). Pour M. Haberlandf^ toutes les fibres hbériennes (y compris celles qu'on rapporte au péricycle) seraient toujours représentées, à l'état jeune, par des éléments collenchymateux. Outre ce collenchyme définitif, il y aurait un collenchyme provisoire, que M. C. Mûller* propose de nommer protosclérenchy me.
La lignine se dépose parfois non loin de la périphérie de la cellule collenchymateuse ; la couche muco-cartilagineuse interne est, dans ce cas, très épaisse chez la plupart des Papilionacées. Les fibres, dont les hmites apparentes correspondent avec celles de la zone lignifiée, paraissent alors aplaties par compression