I — RÉSULTATS THÉRAPEUTIQUES
Il était naturel d'essayer de trailer nos malades par cette substance P que l'on avait tant vantée. Tout d’abord, nous basant sur la nature antigénique prêtée à la substance nous avons voulu faire une désensibilisation spécifique et aussi ce que M. Pasteur Vallery-Radot nomme skeplophylaxie spécifique. Gelte méthode consiste à essayer de prévenir la maladie due à l’antigène en soumettant le sujet à une dose infinitésimale de cét-antigène. Et ainsi nous espérions obtenir sinon l’apaisement et la guérison de la poussée actuelle de la dermatose, du moins la prophylaxie des poussées suivantes.
Quelle fut notre ligne de conduite ?
Tout d’abord nous avons scrupuleusement suivi la recommandation des auteurs qui invitent tous les expérimeniateurs a extraire la substance P au cours du paroxysme allergique de la deérmatose ; nous avons voulu ainsi nous mettre à l'abri du reproche que l’on fait habituellement aux expérimentalteurs malheureux : la substance P utilisée n’a pas été obtenue en plein paroxysme allergique. Dès la venue du malade à la consultation et.
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le diagnostic sitôt établi, nous faisions immédiatement rechercher la substance P.
La préparation de la substance demandant des manipulations assez longues, nous ne pouvions laisser sans traitement le malade pendant ce temps, c’est pourquoi nous donnions habituellement un traitement local d'attente par exemple pâte à l’eau, pâte à l’oxyde de zinc, liniment oléo-calcaire.
Puis dès que nous étions en possession de la substance P nous pratiquions l’exploration cutanée immédiatement.Nous attendions 24 à 48 heurespour juger les tests el ensuile nous commençions le traitement.
Quelle méthode de traitement allions-nous employer ?
a) la méthode d’Oriel? Oriel administre, à raison d’une injection par semaine, par voie intradermique ou cutanée des quantités infinitésimales'et progressivement croissantes de substance P. Pour doses de départ, il choisit la dilution inférieure à celle qui lui a donné une réponse culanée positive.
b) la méthode lyonnaise ? Celle-ci est beaucoup plus séduisante car elle tient compte d’un grand nombre de facteurs ; voici d’ailleurs ce que dit Charpy :
« La voie d'introduction de la substance P sera déterminée par le résultat des épreuves cutanées : par exemple on opposera une désensibilisation épidermique par pansement à la substance P si l’on obtient une épidermoréaction positive.
Quelle que soit la voie d'introduction choisie on utilisera au début des doses très faibles d’antigène :
— les doses seront répétées tous les 3 ou 4 jours ;
Sr
— lé traitement sera poursuivi longtemps, même après guérison apparente des lésions ;
— il sera toujours utile de faire ultérieurement de nouveaux traitements de consolidation ».
Nous avions au début préféré suivre la technique proposée par les auteurs lyonnais, car elle nous paraissait être la plus rationnelle. Mais bientôt une difficulté nous arrêta : la rareté des tests positifs nous interdisait d’opposer à une bypersensibilité connue une désensibilisation justement adaptée.
Alors nous avons constamment suivi la technique suivante : dès que nous avions jugé les tests, nous commencions notre traitement.
Première injection. . rec. de dilution à 1/.1000.000 Deuxième » HE UE COTES » 1/100.000 Troisième » FHBNOEICCT » 1/10.000
Ces injections étaient séparées par des intervalles de temps de 3 à 4 à jours.
À partir de la 3° injection nous pratiquions deux injections par semaine de 1 cc. à 1/10.000. Nous avons choisi, arbitrairement peut-être cette voie sous-cutanée comme voie standard d'introduction de la substance. Pourquoi cette voie plutôt que la voie intradermique, la voie buccale ou la voie épidermique ? Parce que la voie sous-culanée nous a semblé être la plus facilement ma. niable, la moins douloureuse.
Mais il ne faudrait pas croire que la voie sous-cutanée a été notre seule voie d'introduction ; nous avons essayé les pansements épidermiques sur les lésions ; nous avons associé les injections intradermiques aux
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injections sous-cutanées ; c’est ainsi que nous avons souvent injecté 1/4 de cc. en intradermique et 3/4 ec. en: Sous-cutané dans la même séance.
Les seules voies d'introduction que nous :n’avons pas voulu employer, sont la buccale (peut-être fut-ce une erreur) et la voie intraveineuse, la première parce qu’il nous répugnait de faire avaler à nos malades le produit de leurs urines el la deuxième car nous redoutions les. chocs dont l'observation de M. Sézary montre un beau: Cas. |
Quels ont été nos résultats thérapeutiques? Nous allons donner les chiffres des succès et des échecs obte-. nus dans les observations que nous publions mais-nous verrons après ce qu'il faut penser de ces chiffres.
Voici ces résultats : |
3 guérisons soit 16 % ; 3 améliorations notables soit 16 %4 ; 2 améliorations légères soit 11 % ; 10 échecs soit 57 %.
Voilà un tableau qui n’est pas trop encourageant !:Et
pourtant nous pensons qu’il ne répond pas encore à la: réalité ; il est encore trop beau. En effet les recherches: que M. le docteur Clément Simon continue, semblent: montrer que ces résullats sont au-dessus de la vérité.
Quelles conclusions en doit-on tirer ? i,} 5)
a) La substance d’Oriel donne parfois des résultats: thérapeutiques favorables ou. d’autres : méthodes de: désensibilisation ont échoué et la substance nous a: donné des guérisons que de nombreux traitements. n'avaient pu donner.
b) La substance d’Oriel ne donne pas en général de meilleurs césullats que des méthodes dites empiriques comme autohémothérapie, autosérothérapie, auto-ourothérapie. Certes les travaux publiés sur lune de ces trois méthodes donnent souvent des pourcentages de guérison ou d'amélioration plus élevés que les nôtres mais le dermatologiste sail bien qu’en pratique courante il ne faut pas attendre de ces méthodes des résultats supérieurs à ceux que nous publions.
c) La substance d’Oriel doit rester une méthode de traitement d'exception. Nous allons insister un peu sur celte asserlion qui va à l’encontre des idées lyonnaises sur la substance P. Les auteurs lyonnais pensaient au contraire que la substance d'Oriel devait entrer dans notre arsenal de thérapeutique journalière. L'expérience que nous avons de cette méthode nous a rendu moins catégorique. Nous allons exposer les raisons qui militent en faveur de notre opinion. La difficulté d’extraction de la substance sera le premier argument ; car la nécessilé d’un laboratoire bien outillé et de chimistes averlis est une condition sine qua non de l’utilisation de la substance P en thérapeutique. Le laps de temps de 48 heures à 3 jours est un minimum indispensable pour les manipulations que demande la préparation de la substance. Et pendant tout ce délai le malade est abandonné sans traitement de fond, La variabilité et l’inconstance du précipité que ne permettent de prévoir ni l'étude clinique ni l'examen extemporané des urines, feraient perdre un temps précieux au thérapeute qui compterait sur la méthode pour guérir son malade.
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N'oublions pas en effet que dans 10 cas sur 28 expérimentés, le précipité fût trop modeste pour être utilisable ; donc à environ 36 % des malades nous ferions perdre un intervalle de temps où aucun traitement ne serait institué.
L'établissement d'un pareil traitement et le risque ne se justifieraient que par une constance remarquable des résultats thérapeutiques. Or en l’état actuel de nos connaissances sur cette méthode, nous ne pouvons promettre au malade ni la possibilité du traitement ni une issue favorable de ce traitement au cas où il pourrait être entrepris.
d) Le traitement par la substance d’Oriel doit être réservé aux Cas de dermatoses allergiques rebelles. En effet s’il est coupable d’essayer un traitement aléatoire à des malades justiciables d’une cure plus facile et plus banale mais mise plus rapidement en œuvre et dans la majorité des cas efficace, il paraît normal de faire bénéficier le malade sujet à une dermatose chronique ou récidivante. d’un traitement plus poussé et plus énergique. C’est ainsi qu’il sera tout à fait utile d'essayer de désensibiliser et de guérir un urticaire chronique lorsque loutes les méthodes habituelles auront échoué.
e) La méthode offre un intérêt doctrinal et il sera toujours utile de rechercher la substance quand on en aura les moyens et quand le malade ne devra pas en souffrir. Parfois il sera même utile de rechercher le précipité quand on en aura le moyen dans un but diagnostic ; en effet il n’est pas douteux que l’on puisse par des études plus poussées et plus opiniâtres trouver la signi-
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fication exacte du précipité et en faire une recherche de laboratoire précieuse pour le diagnostic des états allergiques.
f) Les réactions focales et générales se montrèrent rares chez nos malades traités par les injections de substance. Nous relevons une réaction générale et quatre réactions focales. Voyons ces cas : l’observation 11 nous montre l'association d’une réaction généraie avec une réaction fatale: le soir d’une injection la malade a noté une poussée fébrile avec douleur au niveau des points d'injection et au niveau des tests pratiqués quelques jours auparavant. L'observation 13 montre une réaction focale pure avec exacerbation au niveau des tests pratiqués deux jours avant. Les observations 17 et 18 présentent des réactions focales d’un type particulier : il s'agissait là de pansements épidermiques et dans ces deux cas ces pansements semblèrent augmenter le suintement. Toutefois dans l’observation 18 cette réaction ne dura que peu de jours car des applications locales ultérieures restèrent sans effet. On nous dira que c'est peu mais cela apporte cependant un argument de poids pour la théorie de spécificité de la substance P.