‹ La succession au trône de TurquieChapitre 13 sur 23 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

MancNivrefl à l'emtérieiur.

SOMMAIRE. — Ajtmmement. Manœuvres parallèles. Nouveaux argumerUs. Invocation à V Europe et au progrès. Dépréciation des Turcs. On chiche des complices. Plan de VatUeur.

Le seul résultat obtenu, la seule victoire remportée par ropinioû publique et par Tinsistance des Ambassadeurs, c'est Tajournemeut. Comm^it, avec quelles raisons, pour quels motifs^ sous quelle forme le Sultan et la Validé y ont consenti, c'est difficile à savoir ; mais on peut sans imprudence s'avancer

jusqu'à supposer que le Sultan à qui on a pu laisser ignorer l'existence même du choléra dans sa Capitale où il exerçait tant de ravages durant les cinq premiers mois du Vézirat de Mahmoud Pacha, ne connaît pas davantage ceux que cause dans la loyauté de sa nation son dessein de bouleverser l'ordre établi et sanctionné par la tradition. Quoi qu'il en soit, Tajoumement est un fait acquis, et les &uteur8 du

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projet le mettent à profit pour continuer leurs manœuvres à l'intérieur. De même aussi à travers les dénégations, on forge de nouveaux arguments pour l'Étranger. Pendant qu'on s'efforce chez les Musulmans de dompter les consciences ameutées, on adopte une tactique autre à l'égard .des Chrétiens. Ici, nous voyons naître des arguments d'un nouveau genre, et propres à nous faire douter si les auteurs en doivent être bafoués pour leur hypocrisie, ou si nous devons avoir pitié de leur ignorance ; si nous devons dévoiler leur basse flatterie, ou dénoncer leur honteuse trahison.

Ici, on peut entendre un jeune haut fonctionnaire nier < au nom de sa parole d'honneur > l'existence de tout projet de ce genre, et ne rien comprendre à l'émoi que cette fausse nouvelle fait naître. Fût-elle vraie, ajoute-t-il, le Sultan voulût-il en réalité introduire l'ordre de succession en ligne directe et suivre l'exemple des têtes couronnées d'Europe , il faudrait s'en réjouir plutôt que de s'en alarmer : le Sultan sera meilleur souverain quand il laissera à son fils le bénéfice de son règne, le fils suivra naturellement plus volontiers les traces du père, et l'œuvre de la Réforme aura reçu une marche plus régulière, pîus uniforme.

Là, on entend plaider des circonstances atténuantes d'un autre genre, on cherche avant tout à calmer les inquiétudes que ce projet fait naître dans

la colonie des résidents étrangers. Les Tores ! Bah ! Ce n'est plus un peuple ! ils ont perdu toute vigueur nationale ! Eux se révolter contre un ordre du Sultan ! Mais voyez-les donc ! comme ils sont dociles et souples ! Les arbitraires les plus révoltants les firappent ; ils sont emprisonnés, exilés, martjo'isés, dépouillés à qui mieux mieux, et ils se laissent faire ! Ils ont perdu tout sentiment, toute dignité I Que leur importe, Sultan. Yussuf ou Sultan Murad ? bénie sera la volonté du Sultan !

C'est par ces arguments et d'autres semblables qu'on cherche à circonvenir les Puissances amies, à calmer l'inquiétude que ce projet a manifestement fait naître dans la colonie des résidents étrangers, et qu'aucun démenti n'a réussi à dissiper. Pendant qu'à l'intérieur on surexcite le fanatisme musulman, lui laissant carte-blanche en Arménie et partout, pendant qu'à l'intérieur on fait toute concession à l'élément réactionnaire, pendant que les organes les plus dévoués au Vézirat sont richement récompensés de leur ardeur hostile aux Etrangers, on tient à l'adresse de l'Europe un langage tout contraire. On n'avoue pas l'existence du projet, mais on en parle comme si l'on en regrettait l'absence, conune si l'on voulait en faire désirer la conception et la réalisa-

tion, comme si on voulait se créer des complices au dehors ; on agite l'étendard du progrès, de la réforme, et pour achever d'aveugler l'Europe chrétienne on dénigre la Turquie musulmane, on la présente comme sans volonté et sans force pour défendre ses traditions.

Il entre assez dans notre plan de confondre ces théoriciens pour qui toute cause est bonne à plaider, pourvu qu'elle appartienne à un client puissant, et dans lesquels tout nous autorise à découvrir les instruments de l'intrigue qui continue; nous croyons même qu'il est devenu nécessaire de démasquer les hypocrites, de dénoncer les arrière-pensées, et nous ne trouvons pas que c'est leur faire trop d'honneur en leur consacrant deux chapitres.

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