‹ La succession au trône de TurquieChapitre 3 sur 23 · TII · texte numérisé non relu

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«Depuis quelque temps les fabricants de nouvelles au sensation font courir de nouveau le bruit du changement qui saurait à la veille d'être apporté dans l'ordre de succèssion au trône de Tempire.

« Nous ne nous serions même pas donné la peine de faire mention de cette rumeur, si quelques publicistes ne l'avaient élevée à la hauteur d'une question politique des plus graves.

4: Or, ce projet n'existe que dans l'imagination de ceux qui en colportent la nouvelle, et nous sommes autorisés à le déclarer de la manière la plus formelle. :^

C'est ce démenti qui a provoqué notre deuxième partie et son titre : a bas les masques. Ici, nous disons le double motif qui nous empêche de nous rendre devant ce démenti : en premier lieu, sa nature même, sa publication par la seule Turquie, à l'exclusion de tout journal officiel et de tout autre journal en langue turque ; en second lieu la certitude où nous sommes que ce projet qui n'a jamais été imaginaire n'est rien moins qu'abandonné. Sous ce titre» nous racontons l'historique du projet, nous dévoilons les manœuvres de tout genre dont on l'a entouré et qui con tinuexit à Theure présente, nous réfutons les sopbismes dont on l'appuie. La question est grave, la note de la Tur-quie le reconnaît, elle l'est plus encore que l'inspirateur de ce journal n'est capable de le comprendre ; nous nous attachons donc à faire ressortir la haute gravité qu'elle emprunte aux choses actuelles. Nous ne nous livrons pas à des personnalités, nous nous bornons à faire tomber tous les masques, et ceux qui déguisent la vérité sous leur démenti, et ceux qui prétendent embellir la laideur de leur projet, et ceux que confectionne l'ignorance.

Dans cette deuxième édition, nous avons toutefois cru devoir transformer le chapitre coocernant les Puissances

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étrangères suivant la tenue actuelle de l'opinion diplomatique, telle qu'elle est parvenue à notre connaissance ; et, comme dans la première, nous avons placé à la fin ce résumé des arguments et des faits dans leur rapport avec le droit européen.

Et maintenant que fera la Sublime-Porte? Elle redoublera de rigueurs sans doute ; par peur de notre brochure, elle continuera à confisquer rnistoire de Constantinople par Poujoulat, le Voyage en Cilicie par Langlois, le Voyage en Asie mineure par Perrot, les Ruines de Volney, le Recueil des Traités Ottomans par Testa, en un mot, tout ouvrage où il est question de Turquie. Réprimer n'est pas répondre lui disons-nous dès à présent. Pouvons-nous nous attendre à une déclaration officielle, solennelle, telle qu'elle serait nécessaire pour tranquilliser l'opinion publique? nous ne l'osons, sachant à qui nous avons affaire. Obtiendrons -nous une action diplomatique, telle que nous la désirons, telle que l'exige la gravité de la question, telle que la justifient les antécédents ? Nous le souhaitons. Quoi qu'il arrive, lès Musulmans non-enrolés sous la bannière du Grand- Vizir, et c'est la majorité, sauront que c'est un ghiaour, un étranger, qui a pris en main la défense de leurs institutions menacées ; et n'aurions-nous que ce résultat, nous serons suffisamment récompensé de notre travail, qui viendra à bien aux Chrétiens de Turquie.

Nous ne saurions terminer cette préface sans exprimer nos remercîments aux organes de la presse étrangère, grâce auxquels les idées émises dans notre travail ont trouvé dans toute l'Europe -un écho dont nous avons lieu de nous féliciter, l'opinion indigène s'étant ainsi renforcée de l'opinion européenne : puisse notre deuxième édition recevoir un accueil semblable I

Nous n'avons pas trouvé de contradicteur dans la presse,

pas même dans la presse vouée aux Piastres et aux Medjidiés; nulle part, on n*a osé affronter la discussion ni soutenir publiquement une thèse contraire à la nôtre. La Sublime-Porte et ses agents se sont bornés à des objections fallacieuses, à des manœuvres secrètes : nous entreprenons de réfuter les unes, de dévoiler les autres.

Quant à certain avocat allemand qui a pris à tâche ou a reçu la charge de nous combattre, nous ne savons vraiment comment lui répliquer, comment nous défendre de ses attaques, il va à Galata de comptoir en comptoir, à Péra de café en café, racontant à qui veut l'entendre : il n'y a rien de nouveau dans cette brochure, l'histoire est dans Hammer, la loi dans d'Ohsson. Pour peu qu'on l'écoute, il nous accuse de plagiat pour lui avoir appris dans les notes les noms des écrivains où nous avons puisé nos connaissances. Il est le seul de tous les agents du Grand-Vizir contre qui nous restons désarmé, car, meâ cvlpâ, meâ maoHmâ culpâ, nous n'avons rien inventé, pas même l'histoire, pas même le Coran. Nous tremblons déjà pour notre deuxième édition ; jugez si nous avons raison de trembler : Hammer et d'Ohsson continuent à jouer le premier rôle ; dans Montesquieu, Ancillon, Matter et Guizot, nous puisons les rapports nécessaires entre les lois et les mœurs. Voltaire et Rousseau nous prêtent leurs maximes ; la Nouvelle Presse libre, la Liberté, le Constitutionnel et le journal des Débats nous offirent des arguments ; les Blue-Books et les livres de toutes couleurs des Parlements, les Archives diplomatique de M. Amyot et les Staatsarchiven de Hambourg nous fournissent les notes nécessaires pour élucider la question au point de vue international, ajoutez à cela que les faits d'actualité cités par nous sont de notoriété publique, que les turpitudes auxquelles nous faisons allusion ne sont un mystère pour personne, que notre conclusion est

celle de tout le monde, sans compter que tous les mots dont nous nous serrons se trouvent dans le dictionnaire, et que la grammaire nous montre la manière d'y mettre Torthographe ! Rien de nouveau I Pas un fait, pas une idée , pas un mot, rien de notre invention I Vous avez beau jeu, illustre avocat, contre notre deuxième brochure, vous vous frottez les mains d'aise et de contentement. Détrompez-vous, votre rôle est uni, car, par notre confeâsion d'ignorance, nous vous avons devancé dans les bonnes grâces du €k*and- Vizir, car tout nous fait croire que Mahmoud-Pacha a un faible pour les ignorants.

Gonstantinople, Buyukdéré le 35 juillet 1872.

L'A.UTBUR.

Post'Scriptum, — Mahmoud-Pacha a cessé, hier, d'être Orand-Vizir; il est tombé à la joie universelle, et nous pouvons ajouter que la nomination de Mithad-Pacha a été partout acclamée avec satisfaction. Nous nous associons de tout cœur à ce sentiment de l'opinion publique ; mais, ainsi que nous l'avons dit hier à la première heure et à la première nouvelle dans une nombreuse société de beys et d'effandis, notre joie est mitigée par l'ignorance où nous restons des véritables motifs ^lui ont provoqué et amené la chute de Mahmoud-Pacha : a-t-il succombé sous le poids de ses fautes ? ou sa disgrâce est-elle l'effet d'une mauvaise digestion, d'un caprice ?

Toute la carrière vézirielle de Mithad-Pacha dépend, ce nous semble, des circonstances qui l'y ont amené ; si c'est un caprice qui nous a délivré de Mahmoud-Pacha, un caprice peut bien nous le rendre, et alors qu'aura gagné la Turquie à ce changement qui aujourd'hui fait sa joie t A

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moins toutefois que Mithad^Pacha B^utilise son crédit naissant pour édairer le Sultan sur toutes choses, et qu'il ne réussisse à convertir un caprice en résolution raisonnée l

Un avenir prochain nous fera connaître sans doute le. degré de force morale du nouveau Grand-Yizir ; nous ne tarderons pas à savoir ce qui, de l'intérêt public ou de son intérêt particulier, attirera le plus son attention ; nous saurons si, par le changement qui vient de s'accomplir, la Turquie possède un nouveau Mahmoud qui s'appelle Mithad, ou si avec Mithad^Pacha, la sincérité a pris la place de la ^ flatterie ; nous saurons, en un mot, si nous avons à féliciter la Turtuie ou à la plaindre, à louer Mithad-Pacha ou à raccuser.

En attendant, notre travail n'a rien perdu de son opportunité pour la cause qu'il défend, ni de son intérêt pour le lecteur. Aussi, laissons-nous à la publication son libre cours, nous bornant à envoyer en toute hâte à l'Éditeur ce post-scriptum à la préface de notre deuxième édition.

Constantinople, le 1*' août 1872,

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