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L ENVERS ET LENDR0IT DE LA. VIE PARISIENNE

pcrfo^ considérables qui, fi elles se renouvelaient, me laisseraient ruiné h plate couture. Eh bien, en me fournissant le moyen de réaliser un gros bénéfice, vous me sauvez.

— Mais comment vous fournir ce moyen?

— En m'apprenant tout ce que vous savez. Si les

gain considérable.

M. Murray demeura pensif |ieni,n;l quelques instants, tandis que son interlocuteur attendait anxieusement sa décision.

— Écoulez, dit-il enfin. Je suis prêt à vous donner satisfaction et à vous révéler ce que j'ai appris. Mais j'y mets une condition.

Cliavanet se méprit au sens de ces mots.

— Eh! mon cher, je comprends très-bien que vous exigiez un bénéfice. C'est pari à deux.

— Vous ne saisissez pas ma pensée. Je ne vous demande pas de m'associeràvotre gain, et vous me l'auriez offert que je l'aurais refusé. La condition dont je parle est celle-ci : Quel que soit le résultat de la spéculation que vous entreprendrez, vous ne m'adresserez aucun reproche. Je crois à l'authenticité des nouvelles que je vais vous communiquer; mais, enfui, si je me trompais!...

— Vous tromper! vous! je n'en crois rien.

— Alors, voici de quoi il s'agit. On a reçu ce matin, au ministère de la guerre, un rapport du commandant en chef de l'armée française. Le siège est levé. Les Français et leurs alliés ont dû se retirer après avoir été

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hiittus par les troupes russes. Si la paix est signée après ect échec, ce ne peut Être qu'une paix honteuse. Mais on ne pense pas qu'elle le soit et ou prèle au contraire au gouvernement l'intention d'envoyer une armée en Russie.

Chavauet avait écoulé M. Murray, sans perdre une seule de ses paroles. Lorsqu'il eut fini :

— fites-vous sûr de ce que vous venez de me dire là? l'our toute réponse, M. Murray prononça le nom du

liant personnage duquel il tenait ces détails.

— Ma fortune est triplée, s'écria Chavauet. Et regardant la pendule, il ajouta : L'heure de la Bourse ! Je me sauve.

Et se jetant sur son chapeau, il sortit en courant, sans remarquer !e sourire singulier qui se peignit sur le visage de son interlocuteur.

A la Bourse, Chavanet joua à la baisse.

<ïs mots haut,*.' i l baisse, appliqués a la spéculation, ne sont pas compris de tout le monde. Pour ceux qui ne les comprennent pas, nous allons expliquer l'opération à laquelle se livra Chavanet.

H vendit à terme, c'est-à-dire livrables à la fin du mois et au taux du jour, une somme considérable de valeurs qu'il ne possédait pas. Si la nouvelle donnée par Murray élait exacte, toutes les valeurs devaient subir le lendemain une baisse considéra h le. Il achèterait alors mitant qu'il avait vendu la veille et bénéficierait de toute la différence qui existait entre le prix de vente et le prix d'achat.

Voilà ce qu'on appelle jouer à la baisse.

L'opërriMuii de Cliavanei embrassa une somme de plusieurs millions et les bulletins financiers de la journée en firent mention.

Après ce beau coup, il alla dîner joyeusement au bois de Boulogne, attendant avec impatience la journée suivante, li avait oublié Surverelle. Puisque ['homme d'argent dominait encore chez lui l'homme éperdùment amoureux, il était sauvé.

Le lendemain matin, il vit apparaître M. Murray qui marcha vers lui, la douleur peinte sur le visage en disant :

— Ah ! mon pauvre ami, je suis désolé.

— Qu'est-ce donc?

— Quoi! vous ne savez pas. J'ai été indignement trompé.

Chavanet devint horriblement pâle. M. Murray lui lendit un exemplaire du Moniteur. En tète de la partie officielle du journal se trouvait une note qui annonçait la prise dû Sébaslupol par l'armée Ira m'ai se.

— .le suis perdu ! s'écria Chavanet.

Murray courba la tête.

— Je prévoyais ce malheur, dit-il, et hier je ne voulais pas parler.

La Bourse s'ouvrit ce jour-là avec une hausse formidable dont se souviennent encore les habitués du palais de la spéculation, et qui s'y continua jusqu'à la fin du mois. Les différences que Chavanet avait à payer s'éli 1 vaient à onze cent mille francs. C'est la somme qu'il

revanche. Chavanet n'avait plus i.onliance. Il se sentait débordé par les événements qui, depuis quelque temps, lui étaient contraires.

Il rapprochait son échec auprès de Scrverette de son

échec à la Bourse, et ne voyait qu'abîmes autour de lui. Mis dans la nécessité de retirer de la Banque l'argent qu'il y possédait encore, il ne put le faire sans comprometlre son crédit. Les capitalistes qui avaient des fonds déposés chez lui s'alarmèrent, et dans la semaine qui suivit la liquidation qui emportait !e plus clair de ses ressources, plusieurs d'entre eus se présentèrent à sa caisse pour retirer leurs dépôts.

I! faut avoir vu de près les affaires financières pour se rendre compte de la rapidité avec laquelle se détruit le lalioricux échafaudage dont le crédit est le couronnement. La panique saisit les intéressés. Ils veulent tous cire reinhoursés à la fois, et il n'est pas de bonne raison qui puisse leur faire prendre patience. C'est un sauve qui peut général.

Grâce a son aelivité, à l'influence dont il disposait encore, ait pris desan'ilices écrasants, Cliavatiet supporta cet assaut et lit face aux plus pressants besoins. Celte crise ne le tua pas; mais elle lui porta un coup terrible dont if ne devait plusse relever, à moins d'un bonheur inespéré.

11 ne se fil pas illusion un seul instant. L'agent de change associé avec lui était ruiné et la Caisse des diridentts ne battait plus que d'une aile. La catastrophe était prochaine. Il supporta son malheur avec un stoïcisme qui trompa bien des gens. On le vit dans les lieux publics, cacher sous un front tranquille les soucis qui troublaient son repos. Il annonça même qu'il offrirait un grand bal à ses nombreux amis.

Quant à sa conduite vis-à-vis de M. Murray, cause involontaire de sa ruine, elle fui un chef-d'œuvre de modération et de douceur. Il ne changea rien à sa ma-

l'envers ht l'rndhoit de la vin pamsii-xxe 263

nSre d'être envers lui, ne lui adressa pas un reproche et lui demanda même certains conseils.

Mais au tond, il se défiait de son soi-disant ami, car il ne s'expliquait pas comment ce dernier avait pu se tromper du tout au tout sur une nouvelle aussi grave que celle qui avait détermine la débâcle qui menaçait de l'emporter.

Cependant il ne croyait pas que tout fût perdu. Il avait calculé que, s'il trouvait un million dans un délai do quinze jours, il pouvait cire sauvé, liquider ses affaires sans secousse, et se conserver quelques centaines de mille francs, avec lesquelles il pourrait entreprendre, sans rien devoir à personne, des spéculations nouvelles.

C'est dans ces circonstances qu'il crut devoir aller trouver madame de Pélussin, qu'il avait beaucoup négligée dans ces derniers temps.

Il la trouva pâlie, amaigrie, faible. Ce n'était plus que l'ombre d'elle-même. Quelques semaines avaient suffi pour la réduire à un état qui faisait mal h voir. Mais elle était belle encore, et son visage, entrevu à travers je ne sais quelle lièvre, avait encore de l'attrait.

La pauvre femme s'en allait de jour en jour en voyant que ses efforts et l'ardeur de son amour n'avaient pu fixer

tout le mal qu'il avait à feindre une sincérité qui ne pouvait tromper personne. Il n'aimait toujours pas Pauline et il était lassé des semblants d'affection qu'il lui avait témoignés depuis le jour où elle s'était trouvée à ses pieds, et uniquement afin de ne pas la laisser mourir de douleur.

Elle raconta ses peines à Cbavanet, et de nouveau ce dernier lui fil d'amers reproches sur la précipitation avec

261 la scncESsios ciiiavaset

laquelle elle avait renoncé à !a fortune qu'elle lenail du marquis de Verrina.

— Ne me reprochez pas cette action, répondit- elle (liiiiMtiii.'iit. C'est la [dus belle de ma vie.

— Possible. Mais, si vous ne l'aviez pas commise, vous seriez riche encore, et vous pourriez aujourd'hui me venir en aide.

Et comme elle le regardait avec surprise, il lui fit part à son lour de ses propres inallii'iirs, accomplis si rapidement qu'elle n'eu avait encore rien su. Mais il vil bien que Pauline n'était plus pour lui l'amie des jours passés, et qu'absorbée égoïslement par sa propre infortune, elle ne s'intéressait plus à la sienne avec l'ardeur qu'elle y ci'it mise au l refais. Cependant elle rte lui refusa pas lu conseil qu'il élait venu chercher auprès d'elle.

— Je ne vois qu'un moyen de vous sauver, lui dît-elle.

— Lequel;

— Il vous faut un million, dites-vous, pour traverser heureusement la crise qui peut vous anéantir.

— Un million me suffirait.

— Empruntez-le à votre femme.

Il vivait si peu avec Hélène, elle comptait si peu dans sa vie, que l'idée que lui sucrait Pauline ne lui élait pas encore venue.

Il la regarda avec admiration. Elle reprit :

— En vousmariant vous avez constitué une dot a mademoiselle de Bournay.

— Sans doute. Mais je ne la lui ai jamais comptée. Elle n'existe qu'au contrat et je la lui dois encore.

— Maisellea un château d'un grand prix.

— (lui, j'ai arhclé llnurnay à son père, qui a payé ses dettes avec le prix que je lui en ai remis, puis je le lui ai offert à elle.

i.'ekvkrs et l'endroit riE LA VIE PARJSIEWE 263

— Eh bien, obtenez aujourd'hui son consentement pour emprunter sur cette propriété la somme qui vous est nécessaire.

Le conseil était à la fois si simple et si pratique, que Chavanet exprima sa reconnaissance en termes entliou-

sn mieux nous entendre et rester' toujours étroitement unis! Vous auriez été la téte, moi le bras, et à nous deux...

Un soupir fut la réponse de madame de Pélussin. Que venait-on lui parler d'intérêts en un pareil moment? Chavanet se retira et promit de revenir. Le même jour il envoya une dépêche à sa femme, dans laquelle il la priait de rentrer stir-lu-champ à Paris pouf une affaire urgente et, à partir de ce jour, il reprit l'habitude d'aller fréquemment voir l'auline.

Hélène arriva dans la semaine suivante et no fut pas peu surprise en trouvant son mari empressé, tendre, peu semblable, en un mot, à l'homme qu'elle connaissait.

— Me pardonnerez-vous, lui dit-il, d'avoir troublé la paix de votre retraite 1 ? .l'avais besoin de vous.

— Ne suis-je pas votre femme, demanda-t-elle, et toiuoors prête à mus ohéiv"? (Jne ilrsirez-vuiis de moi'.'

II n'entrait pas dans le plan de Chavanet de faire connaître sur-le-champ a Hélène la cause véritable pour laquelle il l'avait rappelée. Aussi s'était-il il l'avance entouré de précautions, suivant en cela les conseils de Pauline, qui lui avait recommandé de ne rien brusquer s'il voulait réussir dans une Icrilalive aussi délicate que celle qu'il entreprenait.

— J'ai le désir, ma chère amie, dans l'intérêt de mes

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affaires, de donner sons peu de jours uu grand bal. Vous ne pouviez manquer à une fêle dont vous serez le principal attrait, et c'est alin de vous prier d'en faire les honneurs, que je vous ai demandé de revenir.

Quelque répugnance qu'une demande dt; ce genre put inspirer à Hélène dontl'àmo était livrée à une noire mélancolie, elle no pouvait refuser d'accéder aux désirs de son mari. Elle répondit donc qu'elle était prête à lui obéir, et Chavanct, heureux de ce premier succès, attendit un moment plus opportun pour essayer d'en rempor-

Durant l'intervalle qui s'écoula entre le jour de son arrivée et celui où le liai devait avoir lieu, Cliavanet présenta M. Murray à sa femme.

Ce derniorfut touche de la grâce de madame Chavanct. 11 devina les souffrances intimes que cachait ce visage un peu froid, et se prit d'amitié pour cette créature touchante et belle qui inspirait le respect et la sympathie a tous ceux qui l'approchaient. De son cillé, à peine présenté, il inspira confiance, et l'accueil qui lui fut fait s'en ressentit. En quelques visites il charma tout a fait Hélène, et il put lire dans son cœur trop fermé la cause de la tristesse dont ses traits étaient empreints. •

Ainsi, à ce moment, M. Murray était entré tout à fait dans !a vie privée de Cliavanet.

Il connaissait l'état de ses affaires.

Il était l'ami de sa femme.

Et Chavanct ne s'apercevait pas que depuis qu'il connaissait M. Murray, il était suivi tous les soirs, eu quelque endroit qu'il portât ses pas, par un personnage mystérieux qui épiait ses mouvements et ses démarches, comme pour découvrir un secret dans l'existence de

Assuré de sauver sa situation, ^rke ans ressources qu'il complaît obtenir de sa femme, Cliavancl.no chercha plus qu'à se l'aire rendre la eoulianee publique que le mauvais état de ses affaires lui avait fait perdre-. C'est dans ce but qu'il résolut de donner dans son lift tel une grande fête qui devait, — il l'espérait, — dissiper les inquiétudes répandues dans le momie à son sujet .

Cette fête ne pouvait «ire considérée- par personne connue le résultat d'un habile calcul. Elle s'cxpliqnnit naturellement autant par la haute situation de Chavatict que par son récent mariage. N'était-il pas tenu de présenter sa femme à ses nombreux amis, d'ouvrir ses salons dont elle saurait si bien faire les honneurs? Qui aurait osé soupçonner que, sons ce prétexte légitime, se cachait toute une combinaison destinée à laisser croire aux badauds que ie banquier Cbavanet était toujours riche et ferme dans sa fortune?

Le soir du bal arriva, après avoir défrayé pendant buil jnurs les chroniques des journaux, qui en décrivirent à l'avance les splendeurs, et les conversations de tous les gens qui espéraient être invités.

11 y avait au rez-dc- chaussée de l'hôtel qu'habitait Chavanet trois salons somptueux derrière lesquels s'é-

i.a sraxsswx- rjiwAM'.T

tendait une vaste galerie, transformée en serre. C'est là que, de dix heures du soir a cinq heures du. malin, se pressa une foute dorée qu'émerveilla le luxe déployé durant cette nuit mémorable.

Il y eut nu concert suivi duo bal. Au milieu de la féte, on livra aux invités un buffet dressé par Chevet, et loute celte cohue élégante et parée mangea à la table rte celui dont, quelques jours avant, elle avait prédit la r e.

[.a lie parMi iiri,' est ru lie m .nion.'alie* île e. il sorte.

On dîne et on i!:nise elie' des gens qu'on envie et qu'on déleste, et, si au lendemain du festin qu'ils vous ont offeri, une catastrophe vient les frapper, ils doivent renoncera trouver un seul ami parmi ceux qui ont usé de leur hospitalité et quelquefois même, en oui abusé.

Hélène Cliavatiet, vélne de hlane, écrasée sous le poids des diamants que son mari lui avait donnés la veille, en exigeant qu'elle s'en parât, excita l'admiration générale par sa beauté que relevait encore le caractère mélancolique qui lui était propre.

En rappelant quelques semaines plus tard les splendeurs de celte fête, on put dire qu'on avait dansé sur un volcan. En effet, Chavanet était alors menacé de toutes paris dans son honneur et dans son crédit. Si sa femme lui refusait le secours qu'il comptait solliciter d'elle, sa ruine était complète. Il avait, à quinze jours de là, des échéances formidables, véritable cap des tempêtes dont le passage devait dérider sa destinée, selon qu'il serait heureux ou malheureux, et qu'Hélène seule pouvait l'aider à franchir. Mais personne ne découvrit un nuage sur son front. Comme s'il avait mis un masque impénétrable sur son visage, aucun des soucis qui l'assaillaient ne fut deviné.

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Invité à celte fétc, M. Murray fit une apparition vers dix heures. On le vit traverser les salons, 'présenter ses hommages au maître et à la maîtresse de la maison. Puis i! disparut au moment où la foule devenait plus compacte.

Nous laisserons les invités de Chavanet, livrés au plaisir, pour suivre M. Murray. Un coupé sombre, sans armoiries, l'attendait à la porte de l'hôtel. 11 y monta, cl le cocher le conduisit, avenue Montaigne, chez madame de Pélussin.

Il sonna. On ouvrit.

— Madame ne reçoit pas a celte heure, dit le concierge.

— II faut cependant que je lui parle. Il s'agit d'une alîiiuv îii'Liuilt'.

Le concierge résistait, bien que M. Murray parlât avec une autorité qui devait lui en imposer. Une pièce d'or donnée à propos leva ses scrupules et il consentit à aller prévenir lu Icii/im; de HiMUikv de ]i]rn!a:i;i! (le ['élussin. Celle-ci vint. 11 y eut encore des pourparlers et, enfin, elle alla annoncer M. Murray à sa maîtresse.

Il attendit dans un salon pendant dix minutes. Pauline se présenta alors, simplement vêtue d'un peignoir bleu, à peine coiffée, mais belle toujours.

M. Murray s'inclina.

— C'est à moi que vous désirez parler, monsieur?

— A vous-même, madame, et il a fallu que j'y fusse poussé par la nécessité pour oser me présenter chez vous à une heure aussi indue.

Nous avons déjà dit l'impression que M. Murray causait à Chavanet depuis qu'il le connaissait. Ce dernier en avait fait part à l'auline en lui parlant de son nouvel ami. Cette impression, Pauline l'éprouva en se trouvant en face de M. Murray.

Ce regard un peu sombre était une ancienne connaissant. Elle l'avait déjà vu quoique part. Où? quand? Voilà la double question qui se posa sur-le-chanipdans son esprit.

Mais il était écrit qu'elle ne devait pas subir les mêmes incertitudes que Cliavanet, car, sans lui laisser le temps d'une longue réflexion, M. Murray lui dit :

— Madame, avant tout, je vous dois une révélation. Le nom sous lequel on m'a annoncé chez vous n'est point le mien, je suis Barbassous.

En un autre moment, ces mots auraient causé à Pauline une surprise profonde. Mais, en l'état où elle était, Ih ive [nut entière à son amour, la mort dans le cœur, parce que, depuis plusieurs jours, elle n'avait pas vu Frédéric, elle reçut celte communication sans étonnement.

— Je vous reconnais, monsieur, dit-elle d'une voix calme. Que souhaitez-vous de moi?

En mémo temps, elle lui indiquait un siège en face d'elle.

Barbassous, — nous rendons à M. Murray son véritable nom, — la regarda quelques instants sans parler. Puis ii répondit :

— Madame, je vous dirai tout a l'heure l'objet de ma \isite. Mais il importe que je vous parle d'alxird de moi. .b' suis à Paris depuis plusieurs semaines et M. Cliavanet a dû vous le dire.

— 11 m'a dit, en effet, qu'il s'était étroitement lié avec un M. Murray, et que celle liaison ne lui a pas porté boulietn'; car rV-t nmir avoir suivi nu conseil donné par vous , qu'il a subi une perte d'argent dont les conséquences peuvent lui être fatales.

— Ce n'est pas tout à fait h vérité; car j'avais, au

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contraire, recommandé à votre ami la plus grande prudence. Mais peu importe, il no s'agit pas de lui en ce moment.

H y eut une pause, Barbassous reprit :

— Voilà plus de dix ans, madame, que j'ai quitté la France, frappé par une condamnation (pic je ne méritais pas, mais que j'ai acceptée pour sauver une femme qui m'était chère.

— Serverette!

— Justement. En parlant pour ne pas subir une peine imméritée et infamante, j'ai juré que tût ou tard je me vengerais de l'Iioinme qui, par sa conduite, avait poussé Serverette à l'acte de désespoir dont j'ai voulu me reconnaître coupable. J'ai juré également que j'attendrais pour exercer ma vengeance le jour oii je serais devenu riche et où je pourrais rendre l'honneur à la victime de Ohavanet.

— Vous venez pour vous venger? s'écria Pauline.

— Voulez-vous m'écouter sans m'interrompre ; continua Barbassous. Pendant mon exil forcé j'ai souffert d'indicibles douleurs, autant parce que j'étais séparé de celle que j'aimais que parce que j'ai connu la misère dans ce qu'elle a de plus hideux. En quittant ia France

état d'armurier. Je n'y 'trouvai qu'un 'travail irisuliisant, et, après un séjour do dix-huit mois dans ce pays, je dus aller chercher fortune ailleurs.

fendant sept ans, madame, j'ai traîné une vie misérable dans Ions les pays du monde. Je vous en épargnerai les détails. Je vous dirai seulement qu'au milieu de mes maux, de mes découragements, de mes faiblesses, j'ai toujours été soutenu par deux pensées. J'espérais retrouver Serverelte et me venger de M. Cbavauet. Cet

LA SUCCESSION CBmSET

espoir menaçait de ne se réaliser jamais, car, à plusieurs reprises j'ai cru que la mort me fermerait les yeux avant que j'eusse revu ma terre natale. Heureusement il n'eu a rien été. L'année dernière, en Suisse, j'eus le bonheur de connaitre un savant, une espèce d'original, a moitié fou, mais honnête homme, et de lui rendre quelques services, grâce aux connaissances que j'ai acquises durant mes voyages. Il y a trois mois il a rendu le dernier soupir dans mes bras, et, après sa mort, j'ai appris qu'il me laissait toute sa fortune, qui est l'on-idéralilr, à la condition que je consentirais ù porter son nom. Cette circonstance vous explique pourquoi je m'appelle Murray et pourquoi je suis ici.

Barbassous s'arrêta de nouveau et Pauline, croyant qu'il avait tini, s'empressa (le l'interroger.

— Que désirez-vous donc de moi?

— Je n'ai pus lermiiié, madame, répondit lia passons. Une fois riche, j'ai songé à rentrer eu France. Mais je pouvais être reconnu, arrêté et conduit au bagne pour y subir ma condamnation. Je me suis donc fait naturaliser Suisse, puis j'ai sollicité et obtenu une mission qui fait de moi un personnage diplomatique, et c'est dans ces conditions que je suis rentré en France. D'abord, j'ai voulu retrouver Serverette, et je me suis rendu dans l'Ardèche. Là, j'ai appris que depuis plusieurs années elle avait quitte le pays, après la mystérieuse disparition de sa fille. Alors je suis venu à Paris. Je m'étais fait recommander à M. Chavnnel par un banquier de Trieste, l'ami de l'homme regretté à qui je dois la fortune, et c'est ainsi que je suis entré dans la vie de celui dont je voulais tirer vengeance.

Madame de Pélussin ne put retenir un geste de terreur qui arracha un sourire à llarbassutis. Puis il continua:

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