‹ La succession ChavanetChapitre 5 sur 12 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

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blessure, et les rameaux soulevèrent autour d'eux un nuage de poussière.

Durant cette longue opération, mademoiselle de Bournay était demeurée immobile, atterrée par le spectacle qu'elle avait sous les yeux.

Mais, combien s'accrut sa terreur lorsqu'elle vit les ouvriers choisir un autre arbre pour l'abattre aussi.

Elle ne put retenir un cri.

Mais, au même instant, son pire arrivait sur le théâtre de cette scène étrange.

Elle le vit, les yeux remplis de larmes, secouer sa tète blanche et tendre ses mains en signe de regrets vers l'arbre aux lianes noueux, cnin'.hc mort dans l'herbe privée désormais de l'ombre de ses rameaux.

Le comte de Bournay s'était précipité avec l'ardeur d'un jeune homme, an ti.l !!- -n îles ouvriers groupés autour du marronnier renversé. Ses yeux, où brillait la colère, allaient de l'un à l'autre comme pour les interroger. Puis il les reportait tristement sur le désastre qui venait de s'accomplir.

Cet arbre couché là, ce n'était qu'un arbre!

Et cependant, au moment où il était tombé, le vieillard, brusquement surpris, n'avait pu retenir tin cri de douleur.. C'est que, dans ce tronc abattu, il avait vu soudain l'image de sa maison détruite.

A l'ombre du quinconce qu'on venait de priver de l'un de ses plus spleiulides ornements, son enfaoce s'était écoulée. Sa vieillesse espérait s'y abriter, et il aimait à se dire :

« Tous mes aïeux se sont assis à la place où je viens m'asseoir! »

Ce n'élail qu'un arlire; mais que de souvenirs y étaient attachés !

Sihis ses rameaux épais, phisîcurs Liénératinns avaient aimé et vécu.

Que de lois, dans sa jeunesse, le comte y était venu, marchant doucement, tandis que sa femme, jeune et

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belle, s'appuyait à .son bras. Plus tard, lorsqu'il avait perdu son premier enfant, c'est là qu'il l'avait pleuré. Témoin de ses joie-, aussi bien que de ses douleurs, ce marronnier qu'on venait d'arracher sans pitié, dans la majestueuse plénitude de sa vie, était un compagnon aimé. Ainsi, il s'agit d'un souvenir pour faire d'un objet inanimé quelque chose qui nous est éternellement cher.

- Vous l'avez abattu! Vous avez usé l'abattre ! s'écria enfin le comte, en s'adressanf au coldnel qui assistait à son désespoir avec impassibilité. Allez-vous en l'aire autant des autres? Si vous nourrissiez de semblables projets, ne pouviez-vous au moins atlendre que nous fussions partis?

Et, en disant ces mots, il montrait sa femme qui était venue le rejoindre et qui s'efforçait de l'apaiser.

— C'était le plus beau, le plus ancien, ajout a-t-il avec amertume.

Le colonel fit un pas au-devant de lui.

— Je croyais être chez moi, monsieurle comte, dit-il.

— Oui, en effet, vous êtes chez vous, répondit celuici, qui courba la tête avec abattement. Pourtant, rapril-il, je pensais que vous ne changeriez rien ici ! - ■■.

— Vous l'avais-je promis?

— Non, monsieur, je le reconnais.

— Ne vous avais-jc pas dil. au contraire, que je voulais modifier certaines dispositions?

— Oui, vous me l'aviez dit. Mais, arracher des arbres, monsieur ! Que ne démolissez-vous le château ?

— Mais c'est mon intention, répondit froidement le colonel. Je veux ie remplacer par nue maison d'un style pins moderne, et dès à présent, il me convient de dégager le point de vue en enlevant q*K-lques arbres.

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