‹ La SuèdeChapitre 11 sur 33 · J'emprunte ces détails à une Étude de Levertin sur la Vie · texte numérisé non relu

J'emprunte ces détails à une Étude de Levertin sur la Vie

sible, c'est qu'elle se soit éprise d'Almqvist, espri sec, tranchant et processif. On nous dit que cejeun( commissaire de marine lui apportait des bouquets de narcisses et de tulipes, qu'il déposait sur 1( bord de sa fenêtre, quand elle n'était pas là. Lei illusions qu'elle y respirait s'évaporèrent dès le lendemain du mariage. Elle subit pendant douz( années l'âpre désenchantement, puis elle mourut. On l'ensevelit dans une robe de mousseline blanche qu'elle-même avait choisie. Sa sœur lui avait envoyé une coiffe qu'on lui attacha avec un largt ruban de satin blanc ; et l'on y épingla une rose. Elle était couchée de côté et paraissait dormir dans son cercueil comme dans un lit. Son fils était là, déjà rêveur, les yeux fixés sur les traits maternels et sur la rose.

Il avait senti jusqu'à la souffrance le perpétuel désaccord de ses parents. Il ne les condamnait ni l'un ni l'autre. Sa mère resta pour lui l'amie de la nature et de la solitude qui chemine dans les forêts silencieuses; son père, l'homme infatigable et malheureux qui poursuit sans cesse les réalités terrestres. c< Mais, s'écriera-t-il plus tard par la bouche d'un de ses personnages, c'est un triste sort d'être né de deux natures si différentes et que l'amour n'a pas fondues! Dieu éternel, le travail intérieur, les prières, les études, les expériences, ont beau faire : le tempérament ne change pas. Les contrastes que je porte en moi sont aussi pro-

de famille suédoise au dix-huitième siècle. Je me suis aussi servi pour Almqvist des travaux remarquables d'EUen Key, d'Otto Syivan, et de Bergholm.

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i fonds que les différences de mes parents. » Il n'essaya point de réagir. L'idée de cette hérédité fatale flattait dangereusement son imagination et justifiait à ses yeux son manque d'énergie. Ce fut un impulsif, à qui ses égarements n'inspirèrent que des retours mélancoliques sur son triste héritage.

L'époque favorisait, en les colorant de poésie, toutes les défaillances et toutes les trahisons de la volonté. Jamais théories littéraires et philosophiques n'avaient encore revêtu d'apparences plus séduisantes l'anarchie de nos instincts. Au moment où Almqvist sortait de l'adolescence et achevait ses études à Upsal, les romantiques allemands pénétraient en Suède, rassemblaient autour d'eux les disciples de Jean-Jacques et les conduisaient à l'assaut des derniers bastions du rationalisme. En philosophie, Schelling établissait la prééminence de l'intuition et ouvrait une école mystique « où personne n'était soumis à aucune doctrine, mais où chacun obéissait à l'esprit et le révélait selon sa manière ^ » Pour Schleiermacher, la religion n'avait pas de pires ennemis que les hommes raisonnables et pratiques. L'idéalisme «magique » de Novalis dispensait le génie de marcher sur la terre. On vivait au milieu d'un monde de symboles qui proclamaient l'infaillibilité du sentiment et la bonté divine de la nature.

Ses examens passés, après quelques années d'obscure bureaucratie à la chancellerie du Dépar-

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