L'Hôte de Noël dans le recueil des Liens invisibles
il court les aventures et galope à travers le monde jusqu'aux étoiles. « Et toute la vie devenait haute, belle et riche, au raj'onnementde celte seule âme. » Ilsemble qu'en écrivant ces mois SelmaLagerlôf ait elle-même défini son influence de bienfaitrice. Elle a enrichi, embelli, exhaussé la vie intérieure de sa grande maisonnée nationale. Mais, sur le vieil escabeau des sagas, tenez pour certain qu'elle jouit encore plus du plaisir qu'elle se donne que de celui qu'elle épanche autour d'elle. Dépositaire par un décret providentiel de la fantaisie suédoise, elle en vit d'abord, et tout son art en est imprégné; puis, comme elle est moraliste, elle en a compris au point de vue moral les dangers et les vertus, si bien que nous pouvons successivement étudier ce que doivent à cette fantaisie et son œuvre d'artiste et sa conception du monde.
Son œuvre lui doit des défauts qui ne sont pas plus marqués chez elle que chez la plupart des écrivains suédois, mais que le voisinage de beautés supérieures accuse davantage : une composition molle et lente, une complaisance exagérée pour certains leit motiv, dont je dirais qu'ils ressemblent à des accords de musicien négligemment plaqués dans les intervalles de l'inspiration, un manque de perspective, une abondance qui, au lieu de se resserrer vers la fin du récit, se répand et s'enlise comme si elle s'embarrassait de tous les détails qu'elle
n'a pu disposer au cours de son voyage. Selma Lagerlôf n'embrasse pas de vastes ensembles; elle les divise et les morcelle. Ses romans ne sont que des séries de nouvelles qui peu à peu s'organisent en roman. Elle y laisse toujours des portes entr'ouvertes, par où se glissent de nouveaux personnages; et, sitôt qu'une nouvelle figure se montre, elle paraît s'y attacher au point d'en oublier les autres. Il n'est pas rare qu'elle rencontre d'admirables idées poétiques : il est plus rare que l'idée maîtresse se dégage de son récit sans être légèrement déformée ou obscurcie par des idées parasites.
Deux condamnés ont gagné la forêt ^ : [\\n, paysan riche, qui a assassiné dans un banquet un moine insolent; l'autre, fils d'un naufrageur et d'une sorcière, accusé d'un vol dont il a pris la responsabilité pour sauver son père et tromper le bourreau. Ces deux hommes se réunissent, habitent la même caverne, veillent réciproquement sur leur vie. Le fils de la sorcière est un païen; il connaît le Christ et les Saints, mais comme on connaît les dieux d'un pays étranger. Son ignorance de toute idée morale effraie son compagnon qui, touché de l'admiration qu'il lui inspire, entreprend son éducation religieuse et dresse devant ses yeux l'image d'un Dieu juste et vengeur. Il en résulte que le néophyte conçoit l'horreur du crime dont son évangéliste a ensanglanté ses mains. Il voudrait sauver l'âme qui a éclairé la sienne et ne rêve plus