‹ La SuèdeChapitre 28 sur 33 · La Femme du pêcheur {les Liens invisibles · texte numérisé non relu

La Femme du pêcheur {les Liens invisibles

rive enfin; et les voici qui cheminent à travers les chardons et les sables, elle d'abord déçue, puis inquiète, puis épouvantée, lui désormais taciturne, tous deux inégalement victimes d'une imagination qui ne s'est jamais appuyée sur la réalité, ni inspirée d'un véritable amour. L'aventure finit dans la brume d'une vie qui sombre. Comme toujours, le héros français, comparé au héros suédois, garde l'avantage de la sociabilité. Il n'y a point de trébuchet où saignent les âmes dans les mirages de notre Tartarin ! La galéjade, en émigrant vers le Nord, ressemble au coucou des superstitions Scandinaves qui, après avoir chanté le printemps, se métamorphose, aux premiers froids d'automne, en épervier sinistre.

Certes, l'imagination est redoutable quand on s'abîme en elle et qu'on, se désintéresse de tout ce qui n'est pas soi ! Plus que le bonheur, le malheur doit craindre l'égoïsme. Mais que faire contre le désespoir où nous jette la mort d'un être aimé ? Que direz-vous à cette jeune femmequi vient d'apprendre le naufrage du mari qu'elle adorait ^ ? Elle erre le long des remparts démantelés de Visby, son étrange ville natale, une ville tout en ruines, aussi belle qu'une nuit de tempête, aussi sauvage et aussi muette que si les débris en avaient émergé du fond de la mer où dorment les villes englouties et les marins noyés. Lui direz-vous comme les cloches de la cathédrale qu'elle entend sonner : « Tu es ici dans la ville du souvenir. Nul n'a besoin d'endurer la

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