I»M] RÉACTION CONTRE LE CATHOLICISME
en vertu de son droit héréditaire, il entendait gouverner d'après son libre arbitre; qu'il repoussait toutes les restrictions que Sigismond, après l'avoir nommé régent, avait mises après coup à son autorité; qu'il avait l'intention , malgré la défense qui lui en était faite, de réunir les États du royaume, sans lesquels aucune mesure ne pouvait être légalement prise; que, les décisions du synode d'Upsal étant le seul code de lois en vigueur , il voulait non-seulement y conformer tous les actes de son administration, mais encore annuler tous ceux.que Sigismond, perfidement conseillé, aurait faits dans un esprit contraire.
Fidèle à son programme, il commença par interdire le culte catholique dans tout le royaume. La chapelle du palais fut fermée , sous prétexte que , étant destinée à l'usage personnel de Sigismond, aucun autre n'avait le droit de jouir de prérogatives spécialement attachées à la royauté. Celle de Drotthingholm à plus forte raison subit le même sort. Quatre ou cinq vieilles filles, les seuls débris qui'eussent survécu aux splendeurs de Topulent monastère de Wadstena, pourchassées jusque dans leur retraite , furent obligées d'aller chercher à Dantzig un asile que leur refusait une patrie inhospitalière. Tous les fonctionnaires catholiques ou seulement accusés d'une tendance au catholicisme furent dépouillés de leurs emplois. Eric Brahe fut destitué^ bien plus à cause de sa religion que « parce qu'il rendait du château de Stockholm des ordonnances selon son bon plaisir. »
Par ces mesures, le duc avait non -seulement anéanti le catholicisme, facile victoire, puisque ce parti n'existait que dans l'imagination troublée de
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quelques fanatiques , mais il avait ployé et il tenait sous sa main de fer les sénateiirs et les gouverneurs de provinces. Le peuple, qui pressent presque toujours rhomme de génie, voyait en lui son souverain, et lui prodiguait les honneurs réservés au rang suprême. Un événement heureux , arrivé dans sa famille , la naissance d'un fils ardemment désiré , plongea la nation tout entière dans l'ivresse; et le duc put voir avec orgueil , dans les bruyantes démonstrations^ qui éclatèrent de toutes parts, une preuve irrécusable de l'attachement qu'il avait su inspirer.
Gustave-Adolphe naquit au palais royal de Stockholm, le 9 décembre 1594, entre sept et huit heures du matin. Il appartient donc par sa naissance au seizième siècle, et cette époque mémorable a le droit de le revendiquer comme le plus pur de ses héros et le plus grand de ses martyrs. La mère du nouveau-né, Christine de Slesvig-Holstein, était petitefille par son père de Frédéric I", roi de Danemark, et par sa mère de Philippe le Magnanime, landgrave de Hesse ; son père était fils de Gustave Wasa. 11 se trouva donc que le jeune prince eut dans les veines du sang des trois souverains qui ont eu la gloire de réformer la Suède , le Danemark et la haute Allemagne. Il reçut en baptême le nom de ses deux grands-pères, Gustave et Adolphe, hommes distingués tous les deux, mais qu'il était destiné à surpasser en vertus et en gloire.
En temps ordinaire, la naissance d'un simple prince de Wasa, dont le père n'avait pour fief qu'un duché perdu dans la monarchie suédoise, aurait passé inaperçue , même à Stockholm ; les circonstances où