‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 99 sur 142 · DÉPART DU ROI · texte numérisé non relu

DÉPART DU ROI

haut de toutes les chaires.- Le mât du navire qui portait le légat, ayant été frappé par la foudre, servit de prétexte à Schepperus, pour faire éclater son éloquence et son fanatisme. La position n'était plus tenable. Puisqu'on s'était fermé les portes de Stockholm, il fallait retourner à Cracovie. On ne pouvait pas quitter cependant le royaume dans l'état, de désordre où se trouvaient toutes les affaires, et dans l'état d'ébuUition où étaient tous les esprits. Nicolas Slatte, envoyé à Nykôping, trouva Charles inébranlable. Il persévérait dans ses immuables prétentions ; il voulait gouverner seul et sans contrôle , laissant au sénat une part déterminée dans l'administration , mais s' attribuant à lui-même le droit d'assembler les États , même en l'absence du roi , quand leur réunion lui paraîtrait utile à la patrie. 11 ne souhaitait du reste que le repos , et désirait qu'un autre fût désigné pour gouverner à sa place.

Cette fois comme toujours , l'opiniâtreté du roi fléchit devant la fermeté du duc. Après avoir fait retirer clandestinement le cadavre de son enfant des caveaux d'Upsal, où il reposait au milieu d'hérétiques, et nommé le duc de Sudermanie régent du royaume, Sigismond leva l'ancre (14 août) et se dirigea sur Dantzig où il arriva après une traversée des plus longues et des plus pénibles. En confiant le pouvoir à son oncle , il avait cédé à la plus impérieuse nécessité. Honteux et révolté de sa faiblesse, il publia, en partant, un manifeste dans lequel il restreignait tellement les fonctions de l'administrateur qu'il lui retirait d'une main ce qu'il lui avait donné de l'autre; maintenait Clas Fleming dans son gouvernement de Finlande ; nommait

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les trois frères Stenbock, Éric, Arvid et Charles, à celui des trois Gothies ; Éric Sparre à celui du Westmanland et de la Dalécarlie, et Éric Brahe, conservé à la tête de la municipalité de Stockholm, à celui de l'Upland et du Norlland. Sigismond avait exigé de tout ce monde la promesse de protéger les catholiques, et, en échange de cet engagement, il leur avait accordé des privilèges qui, les rendant tout à fait indépendants du régent, en faisaient autant de souverains. C'était la flèche du Parthe. Plusieurs écrivains ont accusé le roi d'avoir jeté, en s'en allant, à dessein, ces semences de désordre dans le sol, espérant qu'elles ne tarderaient pas à se développer et à porter leurs fruits , et que l'armée qu'il devait ramener au printemps prochain aurait plus facilement raison d'une nation désunie et affaiblie par

la guerre civile.

Charles n'attendait , pour entrer en scène , que le départ de Sigismond. Mais, toujours habile, loin de laisser rien paraître de ce' qui se passait dans son cœur, il se renferma dans une étroite réserve. Il savait bien qu'il était indispensable et qu'il serait d'autant plus recherché qu'il paraîtrait plus désireux de rester dans la retraite. 11 ne s'était pas trompé. Ce fut cette fois le sénat , son antagoniste, qui le supplia de venir au secours de la patrie éplorée. Charles se fit prier quelque temps. Mais enfin il se rendit aux vœux de ses concitoyens ; et « comme » , disait-il , « on ne pouvait en conscience laisser à la merci des flots et de l'orage le vaisseau qui les p'ortait tous, » ce fut par abnégation , par dévouement qu'il consentit à en devenir le pilote. 11 se rendit à Stockholm, et son premier acte fut de déclarer au sénat que, prenant le pouvoir

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