‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 101 sur 142 · JOIE CAUSÉE PAR LA NAISSANCE DE GUST.-ADOLPHE · texte numérisé non relu

JOIE CAUSÉE PAR LA NAISSANCE DE GUST.-ADOLPHE

l'on se trouvait en firent un événement politique de la plus haute portée. Le^uc de Sudermanie était ambitieux; il aimait le pouvoir, où il déployait une capacité hors ligne. Mais la perte d'une épouse adorée et de tous les enfants qu'il avait eus d'elle, à l'exception d'une fille qui n'avait pas su se faire aimer de lui, les défauts de caractère de sa seconde femme, altière, emportée, méchante et contrastant si fort avec l'angélique bonté de la duchesse Marie , avaient attristé son cœur et assombri son caractère naturellement enclin à la mélancolie. On craignait que, dans un moment de découragement et de mauvaise humeur, il ne mit à exécution les menaces qu'il avait faites si souvent de se retirer à Nykôping et de livrer les Suédois incorrigibles aux caprices de Sigismond et des jésuites dont il était déjà le docile instrument. On espéra que la naissance d'un fils, dévoilant à ses yeux de nouveaux horizons, lui ferait abjurer toutes ses rancunes, et le déciderait de nouveau à consacrer sa vaste intelligence à l'administration d'une patrie ingrate, insubordonnée et peut-être d'autant plus aimée.

Sigismond avait si profondément blessé le sentiment patriotique et religieux dç tout le peuple qu'il n'était plus considéré par lui que comme un roi de Pologne. Dans ce petit-fils de Gustave venu au monde providentiellement dans un moment d'épreuves, tout le monde vit le continuateur de son œuvre. Aussi sa naissance fut-elle accueillie avec ivresse k Stockholm. Toutes les villes du royaume partagèrent la joie de la capitale ; partout l'on pressentait et l'on fêtait la venue non-seulement d'un roi futur, mais d'un futur libérateur.

424 SIGÎSMOND. |i»94J

L'astrologie était à cette époque de mode et en honneur. Dans toutes les cours, il f avait un homme mystérieux, vêtu «d'une robe semée de constellations, et coiffé d'un chapeau pointu, parlant les langues de l'Asie, vivant seul dans la pièce la plus élevée du donjon, étranger aux choses de la terre, et les yeux constamment plongés dans les nues. Cet homme avait la prétention de deviner, en suivant la marche des astres, les destinées de son prochain sur cette terre; ses prédictions rendues, comme toutes les prophéties, en termes ambigus, prêtaient toujours à de doubles seiis et se réalisaient parfois. Aussi toute la cohue des hommes ambitieux et des femmes intrigantes venaitelle en foule assiéger la porte de son laboratoire ; et ceux-là mêmes que leur génie mettait à la tête de l'humanité, et à qui Dieu avait confié la direction du monde, venaient, comme les esprits les plus vulgaires, prêter une oreille avide aux mensonges de ce charlatan; tellement l'homme a dé la peine, si vaste que soit l'étendue de son intelligence, à secouer le joug des préjugés sous lesquels il a vécu.

L'astrologue de la cour de Stockholm eut appris à peine la naissance du prince qu'il tira son horoscope, et lui prédit, dit-on, qu'il serait roi; qu'il étendrait au loin les limites de son royaume; qu'il mourrait de mort violente, et que son nom s'éteindrait avec lui. Déjà Tycho Brahe avait annoncé, en 1572, que la comète apparue à cette époque dans la constellation de Cassiopée présageait la naissance en Finlande d'un prince qui ferait un grand bien à tous ceux de la religion réformée. L'illustre astrologue habitait, en 1594, dans l'île de Huen, son magnifique [palais d'Uranien-

Page 1