‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 104 sur 142 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

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L'armistice de deux ans que Jean III avait signé avec les Moscovites allait expirer. Charles fut assez heureux pour conclure avec eux la paix de Teusin, non moins honorable qu'avantageuse, puisque la Suède, reconnue légitime souveraine de Revel, de Narva et de toute l'Esthonie, n*eut qu'à restituer Kexholm et les déserts qui composent son gouvernement (14 mai).

Les semences de discorde entre le duc et le sénat que Sigismond avait jetées avant de partir n'avaient pas tardé à porter leurs fruits. Comme le pouvoir des uns et des autres n'avait pas de limites fixes, il en résultait, à chaque instant, des conflits qui, blessant l'amour-propre des uns, excitant la jalousie des autres et les indisposant tous, rendaient insupportables les rapports incessants que la constitution avait établis entre eux. Nous avons vu naguère les sénateurs, après le départ du roi, aller chercher le duc àNykôping, et faire presque en ses mains l'abdication de leur part d'autorité. Mais ces idées d'obéissance et de soumission n'avaient point pris racine dans ces cœurs naturellement insubordonnés, et la plupart en étaient déj^

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irenus au point de regretter l'anarchie qui existait au moment du départ de Sigismond, et de la préférer à Tordre que Charles leur faisait payer au prix de leur indépendance. Us commençaient à trouver son joug écrasant, et ne dissimulaient plus leur impatience de s'en affranchir. La protection de Sigismond doublait leur audace, et, mettant la légalité de leur côté, donnait à leur opposition un caractère très-redoutable. Charles avait, au premier coup d'œil, reconnu toute la gravité de la situation; et, pour pouvoir opposer avec succès ses volontés à des décrets régulièrement émanés du souverain, il résolut de se faire accorder par le pays les pouvoirs que le prince lui avait constamment refusés, et, dans ce but, il convoqua les États à Sôdérkôping.

En agissant de la sorte, le duc allait contre les ordres formels du roi. Le sénat prit prétexte de cette désobéissance pour refuser de signer les lettres de convocation. Charles irrité éclata en reproches et en menaces. 11 rappela l'exemple d'Engelbreck qui gouvernait le sénat à sa guise, et déclara que lui, fils de roi, entendait avoir autant, d'autorité que ce fils de paysan. Comme Ton faisait encore quelques objections, il ajouta qu'il exigeait, non-seulement que le sénat fixât l'époque de la réunion de la diète à Sôderkôping, mais qu'il s'y rendît en masse, menaçant d'y faire transporter les récalcitrants , enchaînés et garrottés.

Avec un homme qui fait de pareilles menaces et qui est capable de les exécuter toute discussion devient superflue. Le sénat le comprit et signa tout ce dfixon lui présenta* Du reste, plusieurs sénateurs^

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exagérant leur importance, n'étaient pas fâchés d essayer leurs forces avec le régent devant les États. Ils se sentaient forts de Tappui du roi, et ils espéraient, en entraînant la noblesse et le haut clergé dans leur parti, faire tourner à la confusion et à la ruine de leur adversaire une mesure de laquelle celui-ci espérait tirer un surcroit de ^ force et de gloire.

Les sénateurs qui pensaient ainsi se trompaient étrangement. Les États étaient animés à Sôderkôping du même esprit qu'à Upsal. Leur fureur se tourna d'abord contre le catholicisme, objet d'une haine implacable et toujours inassouvie. Toutes les lois iniques qu'on avait édictées contre lui furent maintenues. Le culte en fut de nouveau interdit dans tout le royaume, et ses adeptes, de qui la conversion ne remontait qu'au moment du couronnement de Sigismond, furent obligés de s'expatrier. Les anciens catholiques étaient tolérés; mais leurs enfants devaient être à l'avenir éle- • vés dans la religion protestante, sous peine d'être exilés à leur majorité et privés de l'héritage paternel. Les prêtres contre qui l'on n'avait pas exécuté les condamnations dont ils avaient été déjà frappés eurent six semaines pour se convertir ou sortir du royaume; enfin, le couvent de Wadstena fut purgé des religieuses qu'on avait tolérées jusqu'à ce jour, et transformé en collège.

L'ascendant de Charles sur les prêtres, les bourgeois et surtout sur les paysans, était immense; l'opposition des sénateurs ne fit que l'agrandir. Il fut confirmé dans ses fonctions d'administrateur. On l'approuva d'avoir réuni les États du royaume, malgré la défense

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du roi ; on déclara qu'un homme, condamné en Suède, ne pourrait en appeler au roi absent du royaume; que les ordonnances arrivant de Pologne ne seraient connues du peuple qu'après avoir été approuvées par le duc; que le roi ne pourrait destituer un fonctionnaire qu'après l'avoir convaincu d'un crime; que, à la vacance d'une charge, la présentation serait réservée au duc et au sénat, et que le roi ne pourrait nommer que l'une des trois personnes qui auraient été soumises à son choix.

Après les grandes affaires vinrent les questions de détail. On s'occupa de la dot à donner à la princesse Anne Wasa, sœur de Sigismond. On ratifia la paix de Teusin; enfin les États, se formant en tribunal, jugèrent la grande querelle qui divisait les familles Brahe, Gyllenstjema et Bjelke (1).

Charles avait tant d'autorité sur la majorité des membres de la diète qu'à chaque nouvelle séance l'on dépouillait le roi de quelques-uns de ses attributs pour

(1) Voici à qael stget : Sigrid Brahe, fille du comte Éric, avait été fiancée, tout en&nt, à Éric Bjelke; mais la jeune fille, en grandissant, avait changé d'avis; elle s'était éprise de Jean Gyllensljerna ; et, an moment d'aller à l'autel, elle avait quitté la maison paternelle, et s'était réfugiée auprès de la princesse Anne, qui^ l'ayant prise sous sa protection et n'ayant pas de prêtre luthérien sous la main, l'avait fait marier à son amant par le légat du pape. Les Bjelkes, voulant reprendre cette nouvelle Hélène, armèrent leurs partisans contre Jean Gyllens^ema^ qui^ pour sa défense^ fit ai^pel à tous ses parents et à tous ses vassaux. Ces discussions de famille donnèrent lieu à de véritables combats, et troublèrent pdus d'une fois la paix publique. La querelle avait pris à la fin de si vastes proportions que les États jugèrent prudent d'intervenir. Jean Gyllenstjema et son épouse , Sigrid Brahe , furent condamnés à rester, pendant un an , sur le domaine qu'ils habitaient au moment de la sentence, avec défense d'en franchir les limites sous aucun prétexte. Gyllenstjema fut de plus condamné à distribuer mille thalers aux pauvres , et à donner pareille somme à Éric Bjelke pour le rembourser des bijoux et des objets de toilette qu'il avait achetés à sa future.

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