GUERRE DES SAUCISSONS
nateurs louaient trè&-fort la prévoyance du roi. Le comte Eric Brahe, moins confiant , prétendit que l'oiseleur était imprudent d'acheter la cage avant d'avoir pris l'oiseau.
De Marienbourg le roi se rendit à Dantzig où ses agents avaient loué une centaine de vaisseaux mar-chands qui suffirent, quoique plus ou moins bien équipés, à transporter tout son monde en Suède. Le lieu du débarquement était tenu secret. Pour faciliter cette opération, toujours dangereuse, David Stâlarm, venant d'Abo , se jeta avec trois mille hommes dans le port de Grôneborg. Stockholm venait de se prononcer en faveur du roi. Charles était dans le nord occupé à for^ mer son armée. Le pays était ouvert et sans défense. La distance qui sépare Grôneborg de la capitale n'est que de six milles, et peut être franchie en quelques heures. Dans ce péril extrême, deux professeurs d'Up-^ sal, Nicolaûs Bothniensis et Jacques Ericsson, hommes d'action autant que de science, ceignant Tépée sur leur toge , se mirent à la tête de leurs élèves et des paysans uplandais. L'enthousiasme de ces bandes , suppléant à la discipline qui leur manquait, rendit leur élan irrésistible, et les Finnois, qui s'étaient répandus dans les terres, refoulés dans Grôneborg, furent obligés, pour sauver leur vie, de regagner précipitamment leurs vaisseaux. Les Uplandais , partis à la hâte et à l'improviste, n'avaient emporté dans leurs havresacs que des viandes salées , seules provisions qui leur étaient tombées sous la main. Les légendaires se sont amusés de ce détail, et cette expédition est restée connue dans le peuple sous le nom de guerre des Saucissons. David Stâlarm ne s'était pas laissé décourager par
cet échec. Il comptait aller sur les côtes de Gothie prot^er la descente de Sigismond. Mais sa flotte, défaite par celle du r^ent et rendue incapable de tenir la mer, fut obligée de retourner à Abo réparer ses désastres.
Malgré ces succès, les Suédois, retenus par des vents contraires dans les parages de Stockholm , ne purent s'opposer ni à l'entrée de la flotte royale dans les eaux de Suède, ni au débarquement des troupes, lequel s'effectua à Calmar, sans aucune opposition. Jôran Classon et Olof Hard commandaient le château pour le duc ; Sigismond les ayant sommés de se rendre, après une velléité de résistance ou plutôt après un certain temps d'hésitation, ils en ouvrirent les portes. Ils n'en furent pas moins jetés en prison, pour n'avoir pas obéi instantanément aux ordres de leur roi , et surtout en manière de représailles, parce qu'on avait appris que le duc avait fait emprisonner à Stockholm des personnes qui n'avaient commis d'autres crimes que de se ranger du parti du roi. Dans une guerre civile, un premier succès a une grande importance, parce qu'il entraîne après lui les poltrons , les ambitieux, les indécis , qui , de tous temps et en toutes occasions , ont composé la majorité d'un pays. La prise si rapidement opérée d'une ville forte comme Calmar devait produire et produisit une immense impression.
Sigismond arrivait du reste dans des conditions si favorables qu'il devait donner à réfléchir à bien des gens. Son armée, composée de six mille hommes aguerris , était animée de cette calme ardeur que sa prétendue supériorité donne toujours à une troupe d'élite. Elle était commandée en chef par le général Farensbach , gentilhomme livonien , qui , en Pologne