J CHEFS DE L'ARMEE ROYALE
et en Allemagne , avait ^éjà donné des preuves de sa grande capacité militaire. Sous ses ordres servaient deux cousins germains du roi , le margrave Edouard- Fortuné de Bade et le comte Jean de la Frise orientale , les sénateurs du royaume et la fine fleur de la noblesse de Pologne. Charles n'avait à opposer à ces grands seigneurs , habitués dès leur enfance au rude et difficile métier des armes , que des valets de ferme norrlandais , qui n'avaient jamais manié que la bêche ou la charrue, et qui, mal vêtus, mal armés, mal disciplinés, n'avaient à offrir à leur chef que leur dévouement et leur enthousiasme. Leduc n'avait réellement de soldats que les quelques troupes régulières qu'il avait tirées de son duché.
Le sentiment de la force du roi et de la faiblesse du duc prévalait dans les classes élevées, c'est-à-dire dans celles qui raisonnent et font l'opinion publique. Il n'en fallut pas davantage pour que Charles vit se prononcer contre lui une foule de gens jusqu'alors restés neutres, et qui eurent tout à coup à se plaindre d'humiliations et de violences par eux souffertes. Stockholm , soulevé à la voix de son tribun religieux, Éric Schepperus, qui faisait céder son fanatisme devant son orgueil humilié., s'était prononcé pour le roi. A Upsal même, la Rome suédoise , l'archevêque Angermannus s'était mis à la tête d'une faction opposée à celle de Nicolaiis Bothniensis , et avait attiré de son côté une masse énorme de gens qui , vivant sous ses ordres ou de ses libéralités, étaient sous sa dépendance. Les trois Gothies , où l'influence des Stenbocks était immense^ avaient embrassé le parti du roi , de même que TEsthonie, et la Finlande où David Stâlarm continuait le
rôle de Clas Fleming. Devant tant de chances contraires , Charles se mit à douter, comme les autres , de sa fortune , et fit proposer à Sigismond de soumettre leur différend à la décision d'arbitres, qui seraient choisis par l'électeur de Brandebourg, le margrave d'Anspach, le duc de Mecklembourg et les boui^estres des villes Hanséatiques. Il renonçait à toute lutte; il voulait seulement, avant de licencier son armée, que la liberté de sa personne et la conservation de son duché lui fussent assurées.
Aucune demande ne pouvait être plus humble. Elle n'en fut pas moins repoussée sans discussion. Le roi, de qui Tesprit obtus n'appréciait jamais sainement la portée d'un événement, exigea que le duc se rendit à son camp et se fiât à sa clémence. Celui-ci , qui savait qu'on avait eu déjà l'attention de lui préparer un logement à Marienbourg, répondit que, puisqu'on voulait la guerre, on l'aurait ; mais qu'il prenait Dieu et le peuple à témoin que c'était son adversaire et non pas lui qui serait responsable de tout le sang qui allait se répandre. Il cynfia ensuite le gouvernement de Stockholm à son bâtard, Charles Gyllenjelm, et il partit pour Nykôping , rendez-vous général des troupes qu'on recrutait pour lui dans les provinces septentrion nales. ^
L'éternel antagonisme des divers ordres du pays avait été surexcité par ces derniers événements. Il avait suffi que la noblesse et le clergé se fussent prononcés pour le roi, pour que les ordres roturiers eussent embrassé le parti du duc. Mais celui-ci perdait beaucoup à ce partage des forces du pays. Nulle part, à cette époque, pas même en Suède oîi ils étaient libres et avaient une
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chambre à la diète, les paysans n'étaient et ne croyaient être les égaux des gentilshommes. Aussi, quoique la nature (1), intervenant dans cette grande querelle, eût semblé se prononcer pour lui, Charles, peu touché de ces favorables pronostics, envisageait l'avenir sous le plus sombre aspect, et, sentant Tinfériorité des siens, ne pouvait se résoudre à confier sa destinée aux hasards d'une bataille. Aussi employa-t-il tout le mois d'août à faire faire auprès de son neveu des ouvertures de paix. Par malheur, son insistance ne rendait que plus grande la résistance* du roi. C'est en vain que Charles demanda à Sigismond une entrevue , se faisant fort de déjouer en quelques mots les intrigues des misérables qui voulaient à toutes forces leur faire mettre l'épée à la main , la réunion ne put .pas avoir lieu , parce que Sigismond s'obstina à ne vouloir pas donner des otages , et que Charles crut avoir de bonnes raisons de ne pas se fier à la générosité de son neveu.
Débarqué à Calmar, Sigismond avait traversé tout le Smâland et tpute l'Ostrogothie. Il avait fait ce long trajet, quelquefois par terre, et plus souvent par eau, à travers les lacs Wettern, Boren et Roxen ; et son armée , grossie sur son passage des amis des Stenbocks,
(i) Des Dalécarliens disaient avoir vu dans les landes de leur pays un aigle couronné combattre avec un autre qui ne Tétait pas^ et remporter la victoire. Les habitants de 111e d'Ôland prétendaient de leur côté avoir entendu, pendant une sombre nuit> deux flottes mystérieuses, venues on ne sait d'où et on ne sait comment ^ lutter avec acharnement dans le détroit de Calmar, et que, au lever du soleil^ la mer redevenue calme avait permis de voir les vainqueurs gagner la Suède et les vaincus s'enfuir du côté de Dantzig. Enfin les Norrlandais, ayant fait courir parmi eux le bruit de la mort du roi, s'obstinaient à ne voir en Sigismond qu'un cordonnier qui lui ressemblait , et que les Polonais avaient envoyé en Suède pour iiedre pièce à leur bon duc Charles.
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vint, pendant la nuit, se poster silencieusement sur ses derrières avec ses cavaliers polonais, pendant que Georges Farensbach se plaçait en face avec son infanterie allemande. Il avait été convenu entre les deux chefs qu'à la pointe du jour les deux corps commenceraient Tattaque simultanément. Ce projet fut fidèlement exécuté; et Charles, pris en queue et de front, se trouva tout à coup dans une position désespérée. Son courage indomptable lui permit , quant à lui , de faire bonne contenance. Mais ses soldats, démoralisés par le carnage qui se faisait de leurs compagnons, commençaient à lâcher pied ou à demander grâce. Un effort de plus, et le duc courait grand risque d'être fait prisonnier avec le groupe héroïque qui l'entourait. Sigismond, témoin de la mêlée, ne pouvait s'empêcher de gémir, en songeant que les victimes, aussi bien que les égorgeurs, étaient ses sujets^ et que tous avaient un droit éfiral à ses affections. Farensbach, étant venu' avec la tête d'un ennemi vaincu au bout de son épée, supplier le roi d'être sans merci pour des rebelles dont il n'aurait raison qu'après en avoir décimé les rangs, dépassa le but, et souleva la pitié du prince dont il voulait surexciter la colère. Le margrave Edouard- Fortuné de Bade et le comte Jean de la Frise orientale, qui étaient de la famille royale de Suède, inclinaient au contraire, comme le roi, vers la clémence et la conciliation. Ils insistèrent donc auprès de lui sur le danger de pousser au désespoir un homme de la trempe du duc de Sudermanie, si inaccessible à la peur et si fécond en ressources, et l'engagèrent à suspendre au plutôt cette lutte fratricide, se faisant forts d'amener le régent, lié par la reconnaissance, à renouer des né^