IÔ62] CÉLÉBRATION DU MARUGE DE JEAN A WILNA
treprise, et que c'était pour avoir un pied de l'autre côté du golfe de Finlande qu'il s'était fait donner, en garantie des sommes qu'il avait prêtées (1), sept .châteaux importants (2).
Si Jean était avide et fourbe, il était encore plus irrésolu et lâche. Les lettres nombreuses et menaçantes qu'il recevait d*Éric qui, par une étrange bizarrerie, n'avait dans ses écrits jamais plus de netteté et plus de logique que lorsque ses actes portaient le cachet de la folie, jetèrent le trouble dans sa conscience et lui firent une si vive impression qu'il résolut ex-abrupto d'aller à Stockholm obtenir un pardon qui lui était encore offert. MaisGippel, son secrétaire, Polonais de naissance et dévoué à Sigismond, le détournant dé cette bonne pensée, parvint sinon à le retenir à Dantzig, à changer au moins son itinéraire. Au lieu de se rendre à Stockholm, Jean retourna à Abo. Il y fut relancé par Dunin, ministre de Sigismond, et ramené par lui en Pologne (3).
Les jeunes époux devaient être unis à Wilna. Jean s'y rendit de Dantzig, accompagné d'une suite nombreuse qui grossissait chaque jour en route. Sigismond y parut bientôt après avec sa sœur, amenant avec lui toute la fleur de la noblesse de Pologne et de Lithuanie. Après deux jours de fête, le mariage fut célébré, le 4 octobre 1562, avec pompe, mais sans joie ni entrain. Le duc de Finlande n'avait aucun parent avec lui. Le serment qu^il venait de prêter au
(1) D'après Loccenius, 80,000 thalers, d'après Tegel, 125,000, d'après Kelchen, 120,000, d'après Messenius, 125,000, etd'après Resenius, 126^000.
(2) Kujkats, Hermès, Helmet, Trikalen, Ringren, Burtnick et Gilsea. (V) Celsius, Histoire cf Éric XIV, t. 1, p. 173.
54 ÉRIC XrV. |1»69|
pied des autels était le signal d'une guerre fratricide dont tous les actes devaient être déplorables, et dont l'issue pouvait être terrible. J'ai dit que Jean était d'une nature faible et pusillanime; il ne s'engageait dans cette voie périlleuse qu'à regret, et poussé par des conseillers étrangers et dont il se méfiait. Âu^si, malgré tous ses efforts, était*il triste et préoccupé. Son épouse, plus réfléchie et plus sérieuse que l'on n'est d'ordinaire à son âge, partageait ses appréhensions. Il en résulta dans tous les divertissements qui furent donnés à cette occasion une froideur et un air de gène qui ne put être dissimulé même aux moins clairvoyants. Le surnaturel jouait, à cette époque, un grand rôle dans les choses les plus simples de la vie. Messenius affirme qu'après la cérémonie religieuse, comme les époux sortaient de l'église, le ciel s'ouvrit et laissa voir, au milieu des nuages en tumulte, une civière sur laquelle étaient placées à un bout une tête d'homme, et à l'autre une verge. Cette vision de quelque halluciné préoccupa beaucoup les tireurs d'horoscopes qui, à cette époque, foisonnaient dans toutes les cours, et donna heu aux plus sinistres conjectures (1).
La saison commençait à devenir rigoureuse. Jean, accablé d'ennuis, en proie à l'inquiétude qui suit toujours les entreprises téméraires et peut-être au remords, retourna promptement avec son épouse, à travers la Livonie, dans son duché de Finlande (novembre) . Il ne tarda pas à voir les inconvénients sans nombre de la fausse position où il s'était mis. Le premier châ-
(1) Messenius, Seomi. Wust., t VI, p H .