‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 12 sur 142 · S62] RETOUR DE JEAN ET DE CATHERINE EN FINLANDE · texte numérisé non relu

S62] RETOUR DE JEAN ET DE CATHERINE EN FINLANDE

tîment des traîtres, c'est d'être suspects à ceux-là même qui profitent de leur trahison. Le gouverneur de Riga ne voulut pas le laisser entrer avec sa suite dans les murs de la ville (novembre). L'accueil qu'il reçut des Suédois fut encore pire. Svante Sture ne lui laissa pas ignorer qu'il avait encouru la colère de son frère, et qu'il devait tout craindre de son ressentiment. Horn le contraignit à quitter brusquement Kujkats, un des sept châteaux que Sigismond lui avait remis, et dont, en passant, il avait pris possession. Plusieurs jésuites faisaient partie de sa suite. Cette, espèce de gens était odieuse aux Suédois qui refusèrent de leur fournir des provisions. Aussi Jean et Catherine eurent-ils à souffrir de la faim et du froid. Enfin, après de grandes privations et des fatigues plus grandes encore, le cortège arriva à Revel. On n'y resta que le temps nécessaire pour se reposer et refaire ses forces. Le 4 décembre, deux mois jour pour jour après la célébration de leur mariage, le duc et la duchesse de Finlande entraient dans leur bonne ville d'Abo, et se rendaient de là dans leur résidence de Ness (1).

Le duc de Finlande, en épousant une princesse accomplie, fille et sœur de roi, venait de prouver ce qu'un homme peut faire en amour comme en toute chose avec de la persévérance et de la fermeté, Éric, • par malheur, ne suivit pas l'exemple de son frère. Nous le voyons dans cette même année de 1 562 poursuivre avec passion ses projets de mariage avec Elisabeth, puis abandonner cette princesse pour Marie Stuart, revenir à elle quelques mois après avec plus

(1) Olof Celsius, Histoire d'Éric XIV, t. I, p. 175 et 176.

56 ÉRIC XIV. [ÎM^]

de furie, vouloir même aller en personne lui faire sa cour à Londres, faire voter pour son voyage un impôt extraordinaire par la diète de Stockholm, profiter en même temps du séjour de Gyllenstjerna à Francfort H) auprès de l'empereur Ferdinand T' pour solliciter de ce souverain la main de sa pupille, la princesse Renée de Lorraine, et enfin envoyer Claude CoHart et Denis Beurrée à la cour de Hesse demander au landgrave, Philippe le Magnanime, sa fille Christine. Il était évident qu'Elisabeth se jouait d'Éric XIV, et que Marie Stuart ne voulait pas des restes de sa cousine. C'était une raison de plus pour que l'empereur, homme sage, accueillit les propositions du monarque suédois. La princesse de Lorraine était petite-fille de Christian II; elle n'apportait pas à Éric XIV, comme on affectait de le dire, des droits réels sur le Danemark et la Norvège ; mais sa présence coupait court à toutes les prétentions des Oldenbourgs sur la Suède. Ce mariage réunissait donc toutes les convenances, et Éric XIV, en abandonnant une négociation si bien entamée, pour en renouer une autre du même genre avec la cour de Hesse, ne laissait plus douter à personne qu'une incohérence, voisine de la folie, ne régnât dans son cerveau. ^

Peu de temps après le mariage du duc de Finlande à Wilna, Georges-Jean, comte palatin du Rhin et duc de Bavière, et Christophe., duc deMecklembourg et archevêque de Riga, fiancèrent à Stockholm, le premier la princesse Anne Wasa, et le second la princessse Elisabeth, toutes deux filles de Gustave 1". Le duc Chris-

. , (i) Au sujet des contestations survenues avec Lûbeck.

Page 1