‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 112 sur 142 · CHAPITRE XnilL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XnilL

Étals de jrankapiiig. Prise de Calmar. États de liinl&dping. Condamnatioii et suppliée des sénateurs»

Le départ du Foi jeta le désordre et la démoralisation parmi ses partisans. Laski quitta Stockholm, amenant sur le vaisseau qui remportait les hommes les plus compromis. Son exemple devint contagieux. Des émigrations eurent lieu sur tous les points du royaume. Plusieurs de ces réfugiés se rendirent en Finlande et en Esthonie; d'autres en Danemark et en Norv^e; mais le plus grand nombre en Prusse et en Pologne. Tous s'adressèrent dans leur détresse à Sigismond, qui leur ouvrit généreusement sa bourse. Des exilés jouissaient encore, vingt-trois ans après leur départ, de la pension qui leur avait été accordée à cette occasion.

Le rendez-vous de Charles et de Sigismond avait été fixé à Stockholm. Malgré le défaut de parole du roi, l'administrateur s y trouva à l'époque désignée. Son premier acte fut de casser et de remplacer le conseil municipal, et de faire mettre en prison le gouverneur Clas Bjelke, l'archevêque et Éric Schepperus, quoique ce dernier, chaulant la palinodie, eût abandonné, depuis le désastre de Stângebro, la cause du roi pour la sienne. Le duc, par malheur, était vindicatif et cruel.

Des royalistes de la capilale son courroux terrible s'étendit à tous ses ennemis, sur quelque point du royaume qu'ils se fussent retirés. Non-seulement il fit emprisonner les plus compromis, mais encore il confisqua leurs biens , qu'il distribua à ses créatures , et d'une manière si généreuse que plusieurs de ces hommes passèrent , sans transition , de la misère à l'opulence. L'exemple de ces rapides et grandes fortunes réveilla chez bien des gens l'avidité et la cruauté, mauvaises passions, innées dans presque tous les cœurs, et qu'un chef d'État doit s'efforcer d'assoupir plutôt que d'éveiller. Des délateurs surgirent de tous côtés ; et le duc eut le grand tort d'accueillir trop souvent des rapports , sinon mensongers , au moins entachés de coupables exagérations.

Sigismond avait attiré dans son parti Ltibeck et le Danemark. Charles avait besoin de s'assurer tout au moins la neutralité de la Russie. Fédor P' était mort, et son premier ministre, que la voix publique désignait comme son assassin et celui de son frère, l'avait remplacé sur le trône. Charles envoya complimenter le meurtrier de son élévation au rang suprême, lui manifesta le désir de rester en paix avec lui et de faire procéder à la rectification de leurs frontières en Laponie. Son ambassade partie , il convoqua les États du royaume à Jônkôping pour le 1" février prochain.

L'administrateur tenait tout le pays dans ses mams. Ses espions, interceptant toutes les lettres adressées pai* Jean Sparre et Uladislas Beck à Sigismond, ne les laissaient parvenir à leur destination qu'après les avoir communiquées à leur maître. Charles de cette façon était averti de tout ce qui se tramait contre lui en Po*

[iM9] LE MARGRAVE DE BADE EN POLOGNE. 183

logne, et de tout ce qui se passait autour de lui en Suède. Par ce qu'il éprouvait lui-même et par ce qu'il voyait dans cette correspondance interceptée , Charles comprenait bien qu'aucun rapprochement n'était possible entre lui et le roi. Néanmoins, pour faire preuve de bonne volonté, il envoya à Gracovie son neveu, le margrave de Bade. Mais celui-ci, traité par son cousin de traître , fut obligé de repartir sans avoir pu même obtenir une audience de lui.

Cependant l'époque fixée pour les États de Jônkôping était arrivée. Les amis que le duc possédait dans les quatre ordres étaient accourus en masse à son appel. Sous son influence , ils écrivirent à Sigismond , lui reprochant en termes amers d'avoir contrevenu au traité de Linkôping ; d'avoir essayé, par des manœuvres coupables, de réveiller de ses cendres la guerre civile à peine éteinte; d'avoir expédié de Dantrig à Calmar Uladislas Beck avec une garnison polonaise ; enfin ils le sommèrent de venir établir sa résidence à Stockholm et d'embrasser la religion évangélique. Us ajoutaient que , si ces deux dernières conditions rér pugnaient trop à ses habitudes et à sa conscience , il voulût bien leur envoyer son fils, le prince Uladislas, qui , sous la tutelle de son grand-oncle ^ serait élevé dans la religion , d'après les mœurs et dans les sentiments qui conviennent à un roi de Suède. Ils le priaient de réfléchir mûrement à leur proposition, et surtout d'être bien convaincu qu'il ne rentrerait dans le château de ses pères que seul et appelé par les Suédois, et non contre leur volonté, à la tête d'une solda-' tesque étrangère. Ils déclaraient que le parti qu'ils avaient pris était irrévocable ; qu'ils attendaient à toutes'

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leurs demandes une rép(mse prompte et nette ; et que, si cette réponse était trop tardive ou défavorable , ils étaient résolus à le déclarer déchu du trône et à élire à sa place un prince qui , se croyant lié par ses serments, ne sacrifierait pas sans cesse les intérêts et la dignité de son peuple à ses caprices et à ses préjugés. Il n'y avait pas dans la diète un seul homme qui pût croire de bonne foi que Sigismond ne préférât mille fois perdre la couronne que se soumettre à de pareilles exigences. C'est pour cela sans doute qu'elles lui furent imposées. Ce point vidé, les États se mirent en mesure de juger l'archevêque Abraham Ângermannus et le pasteur Éric Schepperus qu'on avait amenés à leur barre. Ces deux hommes, retenus par leurs pa-» cifiques fonctions loin du théâtre de la guerre, n'avaient figuré dans aucune échauffourée; ils n'avaient commis d'autre faute que de laisser connaître leur sympathie à la cause royale. C'était tout au plus une imprudence , et ils méritaient un blâme plutôt qu'un châtiment. Mais les membres des États n'étaient plus que les serviles exécuteurs des volontés du régent ; ne pouvant frapper des innocents, ils différèrent leur sentence ; et les accusés furent replongés dans leurs cachots jusqu'au moment oii ils paraîtraient devant de nouveaux juges. Néanmoins l'archevêque, qu'on n'avait pas osé punir, fut déclaré indigne d'occuper le siège d'Upsal, et remplacé de suite par Nicolaus Bothniensis, ce jeune et intrépide professeur, qui , à la tête de ses étudiants et de quelques paysans ramassés en route , avait refoulé dans la mer les Finlandais , débarqués à Grôneborg; le même que le synode d'Upsal avait voulu élever à la primauté du royaume, et qui, par humilité

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