‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 113 sur 142 · I»99] PRISE DE CALMAR · texte numérisé non relu

I»99] PRISE DE CALMAR

chrétienne, avait cédé la place à un collègue plus âgé, plus célèbre, et gui avait souffert plus que lui pour la cause de la religion.

Après que la diète fut close , Charles se rendit de Jônkôping à Calmar. Il n'en commença le siège qu'après avoir fait connaître aux Suédois enfermés dans la ville les décisions des Ëtats, d après lesquelles Calmar devait être repris, et quiconque s'emploierait à sa défense devait être considéré comme traître à la patrie ; il offrit ensuite un pardon généreux à tous ceux qui, désertant les drapeaux des rebelles, viendraient le trouver dans son camp, et promit aux soldats étrangers les secours nécessaires pour effectuer une retraite honorable dans leur pays. Ces propositions ayant été repoussées par les uns et par les autres, Charles, tout entier aux opérations du siège, les dirigea avec la sûreté de coup d'oeil^ et l'aclivité qui le distinguaient entre tous. On dit même qu'à l'assaut, déployant ce courage intrépide qu'il tenait de son père et qu'il transmit intact à son héroïque fils, on le vit, confondu au milieu des soldats, escalader les mui*s et venir un des premiers planter son drapeau sur les remparts tout garnis de leurs défenseurs, que cet excès d'audace avait émerveillés et paralysés. L'élan que de pareils chefs donnent à leurs troupes est irrésistible. La ville fut prise ; mais le château.ne fut réduit que par la famine. Charles, magnanime avec les étrangers, les renvoya chez eux par bandes, se bornant à l'innocente plaisanterie de leur mettre un bâton blanc dans les mains à la place de leurs armes qu'ils n'avaient pas su défendre ; mais il fut impitoyable envers les Suédois. La conduite du gouverneur, Jean Sparre , avait été su-

us SIGISHOND. [18991

blime. Il n'en fut pae moins condamné h mort, ainsi que deux gentilshommes (i) et quelques boui^eois et paysans, pris au hasard parmi les assiégés.

Parmi les crimes reprochés à Jean Sparre , un des plus grands aux yeux de Charles consista à avoir destiné la r^nce du royaume à la princesse Anne, devenue l'épouse de Gustave Brahe. Le chancelier Éric, en apprenant la condamnation de son frère, triste augure du sort qui lui était réservé, écrivit, dans le fameux testament qui devait l'absoudre aux yeux de ses contemporains et le glorifier aux yeux de la postérité, quelques pages éloquentes qu'il termina magnifiquement en appelant du jugement passionné du régent au tribunal infaillible de Dieu. Cette rigoureuse sentence ayant été approuvée par les sénateurs présents au camp du duc, ces malheureux furent décapités, et leurs têtes placées devant la porte de la ville. Leurs biens furent confisqués et distribués aux amis du duc; Charles Gyllenbjelm, son bâtard, reçut pour sa part de dépouilles la belle terre de Bei^arra qui appartenait aux Sparres depuis des siècles. La veuve de Jean Sparre, Marguerite Brahe, fut exilée avec ses enfants. Elle se retira à la cour de Sigismood, qui, imbu d'idées de gentilhommerie , crut la récompenser de toutes les pertes qu'elle avait éprouvées en l'autorisant d'ajouter aux emblèmes héraldiques qui composaient les armoi-

[itfW] ÉTATS DE STOCKHOLM. 457

Charles , couvert des lauriers qu'il avait cueillis à Calmar et qui cachaient tant bien que mal le sang dont ii s'y était souillé , alla présider les États réunis à Stockholm. Il y retrouva les mêmes hommes qui avaient siégé à Jônkôping. L'esprit qui les animait était le même. Ils déclarèrent Sigismond , qui n'avait pas même daigné répondre à leurs injurieuses conditions, déchu du trône de Suède; cependant ils prorogèrent d'un an le délai accordé au prince Uladislas. Mais cette faveur devait être la dernière. Ce laps de temps une fois écoulé, tous les liens qui unissaient la famille royale et la nation seraient à jamais brisés. En attendant, pour bien faire voir que le trône était inoccupé, Charles fit frapper des pièces de monnaie, sur lesquelles était représentée la figure de Jéhovah au milieu des flammes, et au revers étaient gravés ces simples mots : Monnaie du royaume de Suède.

Le parti de Clas Fleming, dirigé par Axel Kurck et Arvid Slâlarm, dominait en Finlande. Cette province, apanage du prince Jean , lui avait témoigné constamment un grand attachement que, par antagonisme provmcial plus que par sentiment, elle avait reporté tout entier sur son fils. Sigismond, abandonné en Suècfe, avait concentré dans ce pays toutes les forces dont il disposait, se tenant prêt à franchir le détroit au premier moment favorable. Cet état de choses était trop dangereux pour pouvoir être toléré. La diète de Stockholm avait prié le régent de le faire cesser. Ses décisions furent portées par des hérauts d'armes aux gouverneurs de la Finlande et de l'Esthonie. Comme ceux-ci n'en tinrent point de compte, la guerre fut déclarée à ces deux provinces rebelles, et Charles s y pré-

para avec l'activité et l'habileté qu'il déployait dans toutes les affaires qu'il avait à cœur de faire réussir. Un coup de main , tenté contre Elfsborg par la flotte royale commandée par l'amiral Gyllenstjerna et heureusement avorté, ne suspendit pas un moment ses pi^paratifs de départ. 11 quitta la Suède, et les efforts d'Axel Kurck ne purent l'empêcher d opérer une descente heureuse aux environs de Wiborg.

La supériorité de Charles sur tous les hommes de son pays à cette époque était si éclatante que le pressentiment que les masses avaient de son succès lui donnait, partout où il paraissait , un ascendant irrésistible. Les troupes, qui n'avaient pas pu s'opposer à son débarquement, purent encore moins tenir devant lui en bataille rangée. Abo, dont il entreprit le siège, peuplé de ses partisans, ne lui opposa pas de résistance sérieuse. Wiborg , où Arvid Stâlarm et Axel Kurck s'étaient réfugiés , malgré la présence de ces illustres personnages, ne se défendit guère mieux. Charles avait surtout le talent d'imposer aux hommes. En quelques jours, la Finlande, fascinée plutôt que subjuguée, reconnut son autorité. Par malheur, chacune de ses victoires fut ternie par des cruautés. Dégoûté de ces guerres civiles sans cesse renaissantes, il ne crut pouvoir maintenir que par la terreur l'ordre qu'il avait rétabli par ses armes ; et malheur aux peuples , quand des hommes de cette trempe se croient obligés d'être cruels! Une foule de personnes, des gentilshommes surtout, périrent, après la prise d'Abo, de la main du bourreau. La plus intéressante de ces victimes fut Jean Fleming , fils de l'ancien rismarks, jeune homme de vingt-et-un ans, d'une grande beauté,

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d'un caractère chevaleresque, et n'ayant commis d'autre crime que de devoir le jour à un homme qui avait outragé le duc, et qui était mort trop puissant pour avoir été châtié. Le duc immola aussi aux mânes du roi Éric l'oncle de Jean Fleming, Olof Gustafsson Stenbock , cet homme féroce , qui , chargé de la garde d*Éric XIV, dans le château de Stockholm, lui avait fracassé le bras d'un coup de pistolet, et l'avait laissé, toute la nuit , gisant à terre , sans tolérer qu'on allât chercher un chirurgien pour panser la blessure que sa brutalité avait faite. Ayant été pris par les gens du duc dans la banlieue d'Abo, il avait été attaché par eux à un arbre, et, condamné à subir la peine du talion, y avait été tué à coups de mousquet. Lé cadavre avait été ensuite jeté et abandonné dans la vase d'un marais voisin du lieu du supplice. Mais la douce Catherine Mânsdotter, moins vindicative que son beau-frère, le iît retirer de cette voirie et enterrer dans un cimetière du village. Le vieux Kern, ancien valet de chambre du roi Jean, le même qui avait préparé la purée de pois qui avait rais fin aux jours d'Éric XIV, vivait obscurément à Abo du produit de son crime. Le hasard ayant mis cet homme devant les pas de Charles, celuici ne put contenir sa colère, et s'oublia jusqu'à frapper le vieillard au visage d'un coup de poing si violent que le sang jaillit du nez et de la bouche. . Wiborg vit se dérouler dans ses murs les mêmes tra-

gédies qu'Abo. Axel Kurck et Arvid StâlarmV les deux chefs des troupes royales, furent envoyés en Suède, autant pour servir au triomphe de l'administrateur que pour figurer dans la sanglante hécatombe dont les sénateurs pris à Linkôpiog devaient être les plus glo-

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rieuses victimes. Leurs infortunés compagnons furent décapités, et leurs tètes, mises au bout d'une perche, furent exposées sur la place de Wiboi^. Les peuples du Nord , qui passent une partie de leur vie dans les ténèbres , sont portés à la méditation , et accessibles aux choses merveilleuses. Les sévérités de Charles, succédant à celles de Clas Fleming , avaient surexcité l'imagination facilement exaltée des Finlandais^ Les bourgeois de Wiboi^ qui habitaient les abords de la place furent persuadés avoir entendu ces tètes coupées, dans la nuit du dimanche qui précéda la Noël, chanter en chœur, du haut de leurs piques, un des versets du psaume xlvi de David.

L'intimidation n'a pas de prise sur des peuples libres et énergiques; elle ne fait que soulever leur indignation , et les porte à la révolte plutôt qu'à la soumission. Ce ne sont que les peuples asservis qui subissent l'ascendant de la terreur. Les menaces que Charles, couvert du sang des Finlandais , adressa aux Esthoniens ne purent altérer les sentiments de fidélité qu'ils avaient voués au roi. Revel s'obstina à méconnaître l'autorité du régent, qui cependant, au lieu d'aller infliger aux récalcitrants les châtiments qu'il avait annoncés, retourna en Suède, renvoyant, à courte échéance, son expédition d'Esthonie.

Charles était trop violent et trop altier pour être un habile politique. On lui a reproché de s'être laissé entraîner, à la suite de provocations intéressées, dans des guerres dont il n'avait prévu ni les longueurs , ni les rigueurs, ni les dépenses. Cette fois cependant il sut faire céder le point d'honneur devant son intérêt. D'Àbo, où il était victorieux, il adressa au sénat de Lu-

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