PROCÈS DES SEIGNEURS
beck et à Christian lY des paroles de paix , et fit les premières avances, quoique tous les torts fussent du côté de ses adversaires. Cette adroite tactique fut couronnée de succès ; elle lui valut sinon les sympathies, au moins la neutralité de ces deux puissants voisins. Charles avait convoqué, pour le mois de février, les États du royaume à Linkôping. Il tira de leur sein le tribunal chargé de prononcer sur le sort des sénateurs qui lui avaient été livrés après sa victoire de Stàngebro, et des chefs de parti que ses récents succès dans le Smâland et en Finlande avaient fait tomber en ses mains. Tous les ordres de la diète , à l'exception du clergé , qui eut le tact et l'adresse de se faire récuser, fournirent leur contingent. Le tribunal, composé de cent cinquante-trois membres, comprenait trente-huit sénateurs ou nobles de première classe , vingt-quatre officiers de cavalerie, tous nobles, vingt officiers d'infanterie, tant nobles que roturiers, vingt-trois hommes de loi , vingt-quatre bourgeois ou nobles de seconde classe, et vingt-quatre paysans. Les accusés étaient au nombre de treize, et tous remarquables par leur grande fortune, par les hautes fonctions qu'ils avaient occupées, et surtout par les noms illustres qu'ils portaient. Huit étaient sénateurs : c'étaient Gustave et Sten Baner, frères tous deux; Hogenskild, Ture et Clas Bjelke, frères aussi; Éric Sparre, Éric Lejonhufvud et Jôran Knutsson Pozse, seigneur de Hellekis. Les cinq autres, Charles Stenbock, Ârvid Stâlarm, Axel Rurck, Christer Hom et Bengt Falk^ figuraient au premier rang de la première noblesse, à laquelle ils appartenaient. Plu* sieurs d'entre eux étaient alliés à la famille royale. Les poursuites devaient être dirigées par le duc Jean-
Adolphe de Holstein. Mais celui-ci ne parut pas et fit faire la besogne en son nom par deux représentants, Clément Gaderdorp et Gérard Stedingk. L'acte d'accusation fut rédigé et lu par Éric Jôransson Tegel (1), fils du fameux Jôran Perbsson, et aussi, par malheur, héritier de là haine de son père contre les grands seigneurs. Le principal crime qu'on reprochait à ces hommes était d'avoir envahi le sol de la patrie dans les rangs d'une armée étrangère. La loi l'avait prévu, et le punissait de la peine de mort, à moins, ajoutait-elle, que les accusés ne fussent à la suite de leur roi légitime. C'était précisément ce qui arrivait dans l'espèce. Cette réticence les sauvait presque tous. Mais Charles n'était pas homme à lâcher sa proie. Ses procureurs allèrent fouiller dans le passé de ces grands seigneurs, qui tous avaient joué des rôles politiques dans des époques agitées , et transformèrent en de prétendus crimes tous les actes malheureux auxquels ils avaient participé. Ils leur reprochèrent d'avoir, dans des vues perfides, en prévision des dissentiments d'aujourd'hui, excité jadis Jean 111 à élever son fils dans la religion catholique; d'avoir compromis méchamment le duc, qu'ils savaient innocent, dans les conspirations de Charles de Mornay ; d'avoir signé, protégé, imposé la liturgie; d'avoir promis, au moment de l'élection de Sigismond au trône de Pologne, la cession de l'Esthonie à la république ; d'avoir fomenté tous les troubles qui avaient éclaté successivement en Finlande et dans les Gothies. Enfin on entassa pèle mêle, en les présentant sous un mauvais jour, tous les actes qui pouvaient
(1) Il est l'auteur de l'histoire de Qustave I«' et d'Éric XIV.