‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 115 sur 142 · I600] DÉBATS DU PROCÈS DES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

I600] DÉBATS DU PROCÈS DES SEIGNEURS

compromettre leur honneur ; et il est résulté de tous ces efforts un réquisitoire qui restera, comme une preuve éternelle du peu de cas que les hommes font des saintes lois de Téquité, du moment où elles blessent leurs intérêts ou contrarient leurs passions.

A la lecture de cet acte, les accusés, qui avaient été assez naïfs pour faire quelque fond sur la clémence du duc, furent tirés de cette chimérique illusion. Christer Horn, Glas Bjelke, Jôran Pozse etÉricÂbrahamsson Lejonhufvud, faisant céder leur orgueil devant la nature , avouèrent tout ce que Ton voulut, se jetèrent aux genoux du duc, y demandèrent leur grâce et l'obtinrent. Les autres au contraire , puisant dans rabaissement de leurs compagnons un surcroît de fierté, sans daigner même se laver d'accusations qui n'étaient à leurs yeux qu'un tissu de calomnies, protestèrent contre l'incompétence de leurs juges. L'on n'eut aucun égard à leurs réclamations; et les débats furent continués avec la même passion ou plutôt dans le même esprit de partialité. Charles lui-même les dirigeait, et l'on doit regretter que, n'ayant pas pu modérer la violence de son caractère , il ait poursuivi, avec un impitoyable acharnement, des hommes à qui l'on ne pouvait en fait reprocher que trop de fidélité à leur souverain, et qu'il savait être condamnés d'avance par pes juges complaisants.

Le duc haïssait le vieux Hogenskiid Bjelke et s'était fait un point d'honneur de le perdre. C'était une tâche difficile, attendu que, cloué par la goutte dans son fauteuil, il n'avait paru ni à l'armée du roi^ni dansaucun de ces conciliabules où la déchéance du duc avait été prononcée. Celui-ci l'accusait bien d'avoir été l'instiga-

m SIGISMOND. [1600]

leur d'une conspiration ourdie par des cavaliers royaux contre sa vie, et jurait, par le ciel et la terre, que « du fond de sa tanière ce vieux renard était la principale cause de tout le mal; » mais il n'apportait aucune preuve , et , bien qu'il voulût persuader aux juges décidés à condamner ses compagnons qu'il était immoral et inconséquent de leur part d'absoudre le plus coupable , par le seul fait qu'il avait eu l'adresse de faire disparaître les preuves de sa culpabilité, le tribunal, quelque avili qu'il fût, ne voulut pas pousser la complaisance jusqu'à frapper un homme qui ne pouvait pas être convaincu des crimes qui lui étaient reprochés; il respecta ses jours malgré les instances de son accusateur. Les débats étaient minutieux. Us furent dirigés avec habileté par le duc et soutenus avec un grand éclat par les accusés, chargés eux-mêmes du soin de défendre leur vie. Ils furent longs ; mais enfin la cour entra en délibération. Les Ëtats roturiers, c'est-à-dire les bourgeois et les paysans, votèrent pour la mort. La noblesse , tout en reconnaissant la culpabilité des accusés, vota pour l'exil et, à la rigueur, pour la détention. Les officiers, les hommes de loi et les employés du gouvernement, en se rendant à l'opinion des États roturiers, la firent prévaloir. Le 17 mars, la sentence fut rendue, condamnant les prévenus, reconnus tous coupables de haute trahison , à la peine de mort.

Ce fatal dénoùment , qui ne surprit personne , fut accueiUi avec de grandes démonstrations de joie par les classes inférieures , toujours prêtes du reste à se réjouir des désastres de la noblesse. Le clergé , qui s'était fait récuser quand il s'agissait de frapper, repa-

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