‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 116 sur 142 · NOBLE CONDUITE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

NOBLE CONDUITE DU CLERGÉ

rut noblement en scène, dès qu'il fut question de faire pardonner. Au nom du Dieu, dont ses membres étaient les ministres , il implora la pitié de l'administrateur. Mais ce fut en vain : ni ses prières, ni les supplications de pauvres femmes, ni les pleurs de vingt-deux enfants qu'un même coup allait rendre veuves ou orphelins, ni la voix du sang^ ni le souvenir d'anciens services, ni le prestige attaché à de grands noms , ni le respect dû à d'illustres individualités, rien ne put fléchir cette âme altière. Dans le but de se soustraire à d'importunes sollicitations plutôt que dans la crainte de se laisser attendrir, il quitta Linkôping, donnant l'ordre que l'arrêt de la diète fût exécuté . dans toute sa rigueur.

Les seigneurs acquittés n'avaient pas été mis en liberté. L'impitoyable Charles avait ordonné qu'ils fus* sent retenus dans le château de Linkôping , pour être témoins du supplice de leurs compagnons. Le 20 mars, trois jours après l'arrêt, ils furent tous retirés de leurs cachots et conduits, à l'exception d'Hogenskild Bjelke, qui y était retenu paralysé par la maladie, sur la place de Linkôping où l'échafaud était dressé. Il était entouré d'une foule sympathique, dans laquelle brillaient, au premier rang, les parents et les amis des condaipnés. Les efforts des soldats ne purent empêcher plusieurs des assistants de recevoir les embrassements et les bénédictions de ces hommes qui passaient à leurs yeux pour les martyrs de la plus sainte des causes. Cependant Gustave Baner, arraché par le bourreau aux étreintes des siens, fut frappé le premier. Après lui, Éric Sparre, aussi noble cœur que grand esprit, posa dignement sa fière et belle tête sur le billot, tout

humide de sang de son ami. Sten Baner, Charles Stenbock et Ture Bjelke qui les suivirent ne furent ni moins résignés , ni moins énergiques. La mort héroïque de ces cinq illustres personnages fit une grande impression sur le peuple^ surtout celle du chancelier Éric Sparre, qui, avant de se livrer au bourreau, fit dans un discours admirable éclater Finnocence des condamnés et la perfidie de leur accusateur.

Après que ces cinq têtes furent tombées, il y eut uu moment de répit ; on crut qu'on l'accordait au bourreau pour refaire ses forces , et à ses aides pour déblayer le terrain et emporter les cadavres des suppliciés dans la cathédrale où la fosse qui devait les recevoir était déjà creusée ; les autres accusés attendaient fièrement leur tour, lorsqu'un magistrat , fendant la foule tout émue de sa présence , vint annoncer que le duc faisait grâce de la vie à Axel Kurck et à Arvid Stâlarm. En effet, après son départ, soit qu'il eût été pris de remords , soit qu'il eût cédé à une puissante sollicitation, Charles avait envoyé au gouverneur du château un contre-ordre secret, qui, restreignant le châtimenl aux Suédois, y soustrayait les Finlandais. Mais, tout en sauvant la vie de ces hommes, il ne voulait leur épargner aucune des angoisses de la mort Charles était, celte fois, moins cruel qu'il ne croyait. 11 n'y a d'angoisses sur l'échafaud que pour le criminel. L'innocent y conserve une inaltérable sérénité. La certitude d'être dans un instant en communion avec Dieu élève et fortifie son âme. Aussi ces deux hommes , qui voyaient déjà le ciel ouvert devant leurs pas, accueillirent-ils avec indifférence cette nouvelle qui troubla jusqu'au fond des entrailles les silencieux spectateurs de ce dramatique

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