‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 117 sur 142 · SUPPLICE DES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

SUPPLICE DES SEIGNEURS

incident. Axel Kurck témoigna plus d'étonnement que de joie, et Arvid Stâlarm se borna à dire : « Feu messieurs les sénateurs wnt être bien étonnés de ne pas me voir, ce soir, avec eux dans le ciel. » Il y avait cependant une huitième victime. C'était Bengt Falk. Il avait été épargné ; et pourtant les lettres de grâce ne portaient pas son nom. Fàlk était âgé ; il était catholique, et c'est par scrupule religieux qu'il avait embrassé la cause de Sigismond. Puisqu'il avait été épargné, il devait participer à l'acte de clémence qui sauvait ses deux compagnons. Des cris sortirent de la foule en sa faveur. L'officier qui présidait à l'exécution n'osa pas prendre sur lui d'être plus clément que le duc de Sudermanie; d'ailleurs les hommes de la justice se plaisent aux violences , et c'est par le sang de ce respectable vieillard que se termina cette lugubre tragédie.

L'arrêt qui venait d'être exécuté était un de ces néfastes arrêts de complaisance que l'histoire , pour la honte de l'humanité, est trop souvent obligée d'enregistrer. 11 était évident que, tant que Sigismond était sur le trône, il y avait une flagrante iniquité à des juges suédois de faire périr des hommes qui n'avaient eu d'autres torts que d'avoir été vaincus en combattant d'après ses ordres et sous ses drapeaux. Mais les bourgeois et les paysans, qui dominaient à Linkôping, n'étaient depuis longtemps que les serviles instruments des rancunes du duc. Désireux de lui plaire jusqu'au bout, ils avaient déclaré Sigismond déchu du trône, et avaient en même temps privé Uladislas , son fils , et Jean, son frère, du droit de lui succéder. Us lui avaient enfin offert la couronne et réglé l'ordre futur de suc-

cession. Gustave- Adolphe devait remplacer son père. Â son défaut et à celui d'autres enfants mâles issus de Charles , la couronne devait écMbir au duc d'Ostrogothie, auquel ils imposaient d'ores et déjà la condition de rompre -toutes relations avec son frère et ses neveux. La noblesse, toujours indomptable, avait été plus indignée qu'effrayée de la condamnation de ses plus illustres enfants. Elle ne voulut pas se prêter à des complaisances qui pouvaient laisser croire qu'elle était complice du meurtre des siens. Elle pensa et avec raison que Charles, avant de s'asseoir sur le trône de saint Éric, devait être lavé du sang qui allait se répandre; et elle se borna à lui continuer la régence. Charles avait trop le sens politique pour ro pas comprendre qu'une offre de cette sorte ne peut être acceptée que lorsqu'elle est faite sans discussion, sans réticences, et sinon à l'unanimité, au moins à la majorité de toutes les classes qui composent la nation. 11 repoussa donc le présent offert par les siens, et même, pour se donner un certain air de magnanimité et de désintéressement, il prorogea de cinq mois le dernier délai périmé qu'on avait accordé à Sigismond pour l'envoi de son fils.

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