I56«] LIGUE DES ÉTATS DU NORD CONTRE LA SUÉDE
tophé, héritant d'un pays que trois peuples se disputaient, eut une destinée très-agitée et souvent trèsprécaire. Les horreurs d'une dure et étroite captivité ne lui furent pas épargnés ; et ce ne fut qu'après dixhuit ans d'attente qu'il put devenir réellement l'époux de la jeune fille à qui il venait d'engager sa foi (1).
Malgré le mariage de sa sœur avec un Wasa, Sigismond, épouvanté et jaloux des succès de Horn, s'était mis à la tête d'une coalition formidable contre la Suède. Tous les États limitrophes de la mer Baltique entrèrent dans cette ligue, tous jusqu'à Iwan IV (2) et Frédéric II. Celui-ci, plus fourbe qu'il ne convient d'être même en politique, envoya, à l'époque même où il recrutait jusqu'en Hongrie une armée destinée à la Suède, Corfitz Ulhfeld complimenter Éric XIV et le maintenir dans une fausse sécurité. Le roi était à Upsal. Ulhfeld y fut reçu avec distmction et cordialité. De si vives protestations d'amitié furent échangées à cette occasion qu'Éric XIV, ayant à envoyer au landgrave de Hesse une ambassade qui devait traverser le Danemark, avait négligé de demander un sauf-conduit, ne doutant pas du bon accueil que son parent et allié s'empresserait à faire à des gens de sa cour. L'%mbassade était très-nombreuse et très-brillante. Elle était conduite par le baron Sten Ericsson Lejonhufvud (3), et chargée d'apporter l'anneau du roi à la princesse Christine. Frédéric II était absent de Copenhague, quand Lejonhufvud y arriva. Le chancelier Friis, homme méfiant et positif, n'imaginait pas
(1) Messenius, Scondia illusirata, t. Vl^ p. 10.
(2) Les ambassadeurs suédois venaient de rapporter de Moscou un traité de paix pour deux ans^ même pour ce qui regardait la Livonie.
(3) Egidius Girs, HUtoire cTÉric XIV.
qu'on mît tant de inonde en mouvement pour apporter un gage d'amour à une jeune fille. Il se figura qu'Éric XIV, instruit de la ligue formée contre lui, envoyait chercher des soldats en Allemagne^ qui était au seizième siècle le grand champ de recrutement de toute TEurope. Sans autre donnée plus positive, il prétexte tantôt l'absence du roi, tantôt un autre motif, pour refuser des passeports aux ambassadeurs , suédois (1). Lejonhufvud, impatient de se rendre à son but, forme le téméraire projet de sortir, malgré le chancelier, d'une ville où il est retenu par la plus insigne perfidie. Un jour donc, de grand matin, à la tête de tout son monde, il se présente devant les portes de Copenhague; elles étaient fermées; il attaque les gardiens qui refusent de les ouvrir. Une rixe s'engage. Des soldats se mettent de la pajrtie. Les Suédois'' sont battus et ramenés chez eux, où ils sont gardés à vue. Pendant la bagarre et dans le trajet des portes à son hôtel, Lejonhufvud, transporté de colère, ivre de fureur, avait proféré des menaces, des insultes contre le chancelier et même contre le roi. Cette imprudence servit à merveille des gens malintentionnés, en leur fourbissant le prétexte d'un double procès pour résistance à la force armée et pour outrages à la majesté royale.
Pendant cette scène honteuse, Ulhfeld était encore en Suède. Pour qu'il ne fût pas victime par représailles des mêmes violences, on prit toutes les précautions nécessaires pour empêcher que Téchauffourée de Copenhague fût connue à Stockholm. On y réussit, et
(1 ) Mallet, Histoire de Danemark, t. VU, p. 44.