‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 14 sur 142 · CAPTIVITÉ DE LEJONHUFVTD EN DANEMARK · texte numérisé non relu

CAPTIVITÉ DE LEJONHUFVTD EN DANEMARK

Uhlfeld, rentré sans accident et après Taccueil le plus cordial, n'eut pas honte de conseiller qu'un châtiment rigoureux et injuste fût infligé à un homme qui remplissait un mandat pareil au sien, et dont la personne devait être sacrée. Il accusa même Lejonhufvud d'être un ennemi acharné du Danemark, et répéta à ses juges certaines phrases passionnées et offensantes (1) qu'il di-. sait sans ces§eau conseil du roi, et qui n'avaient pu lui être révélées que par des délateurs. Persoiàie en Danemark n'avait certes le droit de connaître et encore moins de juger les sentiments de patriotisme dont le baron était animé. C'est à cause d'eux cependant qu'on osa, contre toute justice, par le plus coupable abus de la force, l'envoyer avec Jôran Fincke, Gabriel Chris-

tiansson et Arvid Gustafsson, dans le château de Callundborg oii il subit une pénible captivité qui ne dura pas moins de deux années.

Éric, quoique n'ayant pas de suite dans les idées, était tenace et entêté. Après l'échec de Lejonhufvud, il avait oi^nisé une nouvelle ambassade pour le même objet et vers le même but; ses envoyés, cette fois conduits par Jôran Geer, devaient aller à Casse! par Rostock à travers la Baltique ; ils étaient sous la protection d'une flotte, composée de douze vaisseaux et commandée par Jacques Bagge, Norvégien de naissance, mais depuis longtemps au service de la Suède, et le plus grand homme de mer que cette puissance eût eu depuis longtemps. Dans les eaux de Bornholm, ils rencontrèrent les flottes combinées du Danemark et de Lûbeck, égales en nombre et en force. Malgré la cap-

(1) Messenius, Scond. illustrata, t. VI, p. 13.

tivité de Lejonhufvud et de ses compagnons, la guerre n'était pas déclarée entre les deux pays. Une dispute, survenue au sujet du salut (1), entraîna aux plus grandes violences des hommes animés des plus mauvais sentiments. L'échauffourée qui suivit une simple querelle dégénéra bientôt en un combat naval. Après une lutte acharnée qui dura plus de cinq heures (2), la victoire se prononça pour les Suédois; trois vaisseaux danois tombèrent en leur pouvoir, entre autres le vaisseau amiral qui portait Brokenhuisen et son étatmajor. Le nombre des morts fut de six cents chez les vaincus et celui des prisonniers de neuf cents. La flotte danoise toute mutilée trouva un asile dans le Sund; Bagge, victorieux, après avoir mis son butin et ses captifs en sûreté, poursuivit sa route jusqu'à Rostock.

La mission de Geer était si bizarre que l'on ne peut avoir qu'une médiocre opinion du bon sens de celui qui l'avait donnée, comme du tact de celui qui l'avait acceptée. Geer devait prier le landgrave de lui confier la princesse Christine qui serait amenée à Stockholm,

(i) Geyer, Histoire de Suède, p. 196.

(2) Juin 1563. Acerrime vero utrinque pugnatur aliquandiu^ et tandem Sveones, licet navium et militum numéro longe forent hostibus inferiores, tamen Victoria superiores evaserunt. Nam admiralio nobili Jacobo Brokenhusio, cum nonnuUis capitaneis et DCCCC classiariis in suam redacto potestacem, prsetoriam , ternaque insuper alia occuparunt permagni valoris navigia, reliqua quassarunt ^ fugarunt^ et DC epibatarum trucidarùnt. (Mess., Scond, illustr., t. VI, p. 15.) Mallet dans son Histoire de Danemark, t. VII, p. 46, dit au contraire que les Danois étaient très-inférieurs en nombre, et il appuie son assertion de l'autorité du Saxon Chytraeus et du Français de Thou. D'autres auteurs, favorables au Danemark, vont jusqu'à dire que Brokenhuisen n'avait que huit vaisseaux contre vingt-deux. Le fait est que les Suédois ne demandaient qu'à passer pour se rendre à Rostock ; et les Danois, s'ils avaient été aussi faibles, auraient été moins chatouilleux sur le point d'honneur.

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