AMBASSADE DE GEER A CASSEL
et mariée à Éric XIV, si la chose convenait à i*un et à l'autre, sinon ramenée par lui dans sa famille. Remarquez que, aucune clause du contrat n'ayant été discutée ni fixée, ce mariage était encore tout à fait à l'état de projet. Était-il possible qu'un père, doué du moindre bon sens et ayant conservé quelque idée des convenances, envoyât sa fille à son prétendu à titre d'essai, et l'exposât à rentrer chez elle, bafouée, sinon déshonorée 7 Le landgrave, qui était un homme sage, tout en repoussant cette étrange proposition, eut le bon esprit de ne point s'en offenser, parce que l'intention n'était pas mauvaise, et, même en renvoyant ces malencontreux ambassadeurs, il offrit sa médiation et celle de l'électeur de Saxe pour prévenir le conflit prêt à éclater entre Éric XIV et Frédéric II.
L'année suivante, le hasard ayant fait tomber entre les mains de l'officier danois qui commandait à Gottland une lettre d'amour adressée par Éric XIV à Elisabeth d'Angleterre, celui-ci l'avait remise à Frédéric II qui s'était empressé de la faire passer au landgrave de Hesse. En ce moment, le chancelier Nils Gyllenstjerna, et Jôran Geer se trouvaient à la cour de Cassel, négociant de nouveau le mariage de la princesse Christine avec leur maître. Le père et la fille avaient donné l6Ur consentement. Tout était prêt pour le départ lorsqu'arriva ce fatal écrit. Le landgrave, voyant dans ce qui n'était que l'acte d'un écervelé une machination infâme contre l'honneur de sa fille, rompit aussitôt toute négociation, et, donnant cours à sa trop légitime indignation, ordonna aux Suédois d'avoir à quitter Cassel dans le jour même, avant le coucher du soleil, à moins d'un châtiment terrible. Pour n'avoir
plus à entendre parler du roi de Suède, le landgrave maria ab irato sa fille avec le duc Adolphe de Holstein ; de* ce mariage naquit, entre autres enfants, la princesse Christme qui devint Tépouse de Charles IX et la mère du grand Gustave-Adolphe (1).
L'amiral Bagge, en forçant le passage à travers les vaisseaux danois qu'il avait dispersés, avait remporté un succès honorable ; mais d'une simple échauffourée une grande victoire ne pouvait pas naître. Cependant Éric, porté à la pompe et à l'exagération, prend prétexte de cet avantage pour organiser à l'arrivée de l'amiral à Stockholm une espèce de triomphe imité des anciens et plus propre à rendre implacable la haine des vaincus qu'à surexciter le patriotisme des triomphateurs.
Le cortège, parti du marché aux fers, se rendit à travers les rues de la capitale, pavcrisées et encombrées de peuple, jusqu'au palais du roi. En tête du défilé marchait le vainqueur, Jacques Bagge, en costume de gala, portant au cou une grande chaîne d'or, et ayant de droite et de gauche deux barons suédois; après Tamiral venaient les officiers qui avaient combattu à ses côtés et sous ses ordres, vêtus, comme lui, d'habits magnifiques et entourés de chevaliers; ensuite les hommes des équipages , dont quelques-uns portaient les drapeaux pris sur l'ennemi, roulés et inclinés vers la terre. Derrière les vainqueurs se tenaient les vaincus, la tète nue et rasée, ayant chacun un bâton blanc à la main ; à quelques pas devant eux était l'amiral Jacques Brokenhuisen, précédé du bouffon du roi, Hercule,
(1} Loccenius, //t>^ rer, suec,,^. 380*