S62] ENTRÉE TRIOMPHALE DE RAGGE A STOCKHOLM
qui faisait des grimaces et jouait, du violon, et suivi des soldats qui s'étaient emparés de lui. Après ce premier groupe venaient les officiers, et enfin, deux par deux, les captifs chargés de chaînes.
Celte mascarade était d'autant plus iticonvenante et déplacée qu'Éric, point préparé à la guerre, était très-enclin à la paix et fondait de grandes espérances sur les conférences de Rostock, où ses différends avec Frédéric II devaient être soumis à l'arbitrage de l'électeur de Saxe et du landgrave de Hesse. Le comte Gustave Roos de Bogesund qui était chargé d'aller y soutenir ses intérêts s'était rendu à Calmar, accompagné d'une suite nombreuse; mais, n'ayant pu obtenir un sauf-conduit de Frédéric II de qui la flotte, augmentée de toutes les forces navales de Lûbeck et commandée par Jôns Jûel, sillonnait la mer Baltique, il était retourné à Stockholm après avoir envoyé aux diplomates qui l'attendaient la cause motivée de son absence. Du reste, au point où l'on était, la guerre était inévitable. Frédéric II, qui avait pris toutes ses précautions, voulait tenter le sort des armes ; aussi les princes médiateurs n'étaient - ils pas encore rentrés dans leurs États qu'un héraut d'armes danois, accompagné d'un héraut de Lûbeck, se présentait à Stockholm pour exposer les griefs de son maître contre la Suède, en exiger réparation et l'obtenir de vive force au besoin.
Éric XIV entendait fort bien la mise en scène; il aimait la pompe et avait de la majesté; il reçut l'envoyé danois dans son palais, assis sur son trône, couronne en tête, sceptre en main, entouré des sénateurs et des dignitaires du royaume. La scène était gran-
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le retour du printemps, où devait commencer une lutte terrible qui ne pouvait avoir pour lui d'autre issue que la victoire ou la mort.
Si du reste Jean avait la pensée bien arrêtée de rendre la Finlande indépendante de la Suède, jamais occasion ne pouvait être plus favorable à la réussite de ce projet. En effet la guerre, qui sévissait depuis longtemps avec la Pologne, venait d'être déclarée avec le Danemark et Lûbeck et était imminente avec la Russie. Jean, ambitieux mais poltron, irrésolu et méticuleux, n'avait, cette fois, tant d'audace que parce que le danger était éloigné et qu'il espérait que son frère, occupé k se défendre contre les ennemis du dehors, n'opposerait que peu de résistance à ceux du dedans. Il se trompa dans ses calculs. Éric, puisant dans son indignation, dans son patriotisme, un surcroît de bravoure et d'énergie, sut se mettre à la hauteur de cette difficile situation, et, sans se préoccuper des embarras de la guerre étrangère, il brava résolument le surcroît d'ennuis, de difficultés et de périls, que la guerre civile allait engendrer.
Dès que le printemps eut rendu la mer navigable, une armée suédoise, conduite par Anders Siffrey, fut dirigée vers la Finlande. Les ordres du général étaient terribles. Point de quartier au prince rebelle. Il fallait l'amener à Stockholm mort ou vif, et ne reculer devant aucunes violences pour arriver à ce résultat. En même temps, les États, qui étaient réunis à Stockholm, furent formés en tribunal et chargés de le juger par contumace. Les juges furent très-peu nombreux. En prévision de ces graves événements, bien des gens n'avaient osé paraître à la diète; les uns retenus par