‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 17 sur 142 · ASCENDANT DE JÔRAN PERHSSON SUR LE ROI · texte numérisé non relu

ASCENDANT DE JÔRAN PERHSSON SUR LE ROI

la prudence et redoutant une réaction politique, les autres par attachement pour le prince ou en souvenir de son illustre père ; le plus grand nombre par opposition à Joran Pehrss^on, de qui la funeste et terrible influence se faisait sentir chaque jour /lavantage dans le conseil du roi.

Ce misérable, fils d'un curé de village, condamné à mort pour ses débauches et son impiété sous le règne de Gustave, soustrait par Éric à ce sévère châtiment, accueilli par lui , malgré ses vices ou plutôt à cause de ses vices, et devenu son favori, acquérait chaque jour un plus vaste et plus dangereux empire sur Tespril du faible monarque. Celui-ci, fort adonné aux spéculations de Tastrologie, prompt au découragement, enclin à la mélancolie, était méfiant de sa nature, et sujet à des accès de terreur indicible. Jôran Perhsson, non moins rusé que pervers, entourait les événements les plus ordinaires de circonstances mystérieuses et sinistres; au besoin même, il inventait des machinations, des conspirations de toutes sortes, et créait des dangers imaginaires pour se donnep le mérite de les avoir détournés et pour acquérir, tout en se faisant la réputation d*homme habile et dévoué, de nouveaux titres à la confiance et à la reconnaissance du maître. L'esprit maladif du roi ne pouvait résister à de si violentes secousses. Je suis convaincu que les artifices de cet intrigant n'ont pas peu contribué à précipiter les effets de ce mal terrible dont Éric avait pris le germe dans les flancs mêmes de sa mère.

Dans le procès intenté au duc de Finlande, Jôran s'était chargé du rôle d'accusateur public. Ce rôle convenait à merveille à sa nature passionnée et féroce,

et, cette fois, comme pendant tout le temps qu'il s'est maintenu aux afiTaires, il Ta rempli avec une excessive habileté. Le duc de Finlande, accusé par lut du crime de haute trahison, fut condamné par les États à la perte de son duché, de l'honnenr et de la vie (1). La rigueur de cette sentence fut mitigée par un recours en grâce* Les juges eux-mêmes, épouvantés de la sévérité de la loi, supplièrent Éric d'épai^ner le sang de Gustave Wasa dont il était issu lui-même et de commuer la peine de mort en une captivité éternelle.

Éric XIV, comme nous Tavons déjà dit, avait créé le jury du roi. C'était une espèce de parlement, une cour suprême, destinée à régulariser la justice et à donner plus de garanties à ses décisions. En principe, l'institution était excellente» mais contraire à la constitution du royaume qui, donnant aux nobles partout, excepté dans le Norrland , le droit de justice, mettait à leur disposition les places de juge. Par malheur, sous un mauvais gouvernement, les choses les meilleures ne tardent pas à devenir détestables. Le jury du roi, sous r influence de Jôran Pehrsson, dégénéra tout de suite en une cour prévôtale de la pire espèce. Les honnêtes gens qui en faisaient partie à l'origine furent peu à peu remplacés par des hommes saqs aveu et de basse extraction, misérables toujours prêts à servir les rancunes de leur chef et à Taider à satisfaire ses féroces instincts. Conrad de Pihy, sous Gustave 1",

0) M. de Varennes^ ministre de France en Suède, intercéda en faveur du prince^ au nom de son roi.

(Olof Celsius, HisL cTÉric XIV, tom. Il, p. 167.) Hanc potissimi ordinum cogebantur obsignare, roborareque sententiam, et tergiversantes carceribus compellebantur.

(Messenius, Cht^n. Sœml. tom. VI, p. 1.)

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