SITUATION DES ENFANTS DE GUSTAVE WASA
enfants d'une épouse adorée, il avait sacrifié la royauté à ses feudataires. Éric, intéressé à propager cette opinion, exagérait les torts qu'il en éprouvait et les avantages que ses frères en retiraient. 11 était évident que Gustave, ne pouvant laisser la couronne qu'à un de ses fils, avait voulu , autant que possible, rapprocher ses autres enfants du rang suprême. Néanmoins il avait laissé subsister une grande distance entre le roi et ses vassaux. Le roi conservait en main la force nécessaire pour maintenir tout le monde dans le devoir et y faire rentrer quiconque aurait tenté d'en sortir. D'ailleurs Ton n'avait à craindre que l'avenir, et l'avenir est à Dieu. Le présent n'offrait aucune sorte de danger. En effet, Magnus, sans volonté, en proie à des emportements excessifs et sans cause, était déjà dans un état voisin de l'imbécillité. Il étaitâgé de dix-neuf ans. Charles, qui n'en avait que dix , était un enfant et sous la tutelle du roi. Jean, le seul qui put être un rival sérieux, avait ses États séparés de la Suède par un bras de mer. Il est vrai qu'il avait eu déjà, du vivant de Gustave, la velléité de soustraire ce pays à la domination suédoise et d'en faire avec quelques provinces enlevées aux chevaliers de la Croix un royaume indépendant. Éric en savait quelque chose, lui qui avait été pour ce mauvais coup son confident et presque son complices 11 n'était guère probable que Jean fût plus soumis à un frère qui le détestait qu'à un père qui l'adorak. Il était cependant aujourd'hui dans le devoir, et ce n'était ni sage ni juste de préjuger son avenir par son passé. Quant aux princesses, l'aînée, Catherine, était mariée à Edzard, comte de la Frise orientale. La seconde, Cécile, ne songeait qu'à ses plaisirs, et les
autres, destinées à épouser des princes allemands, n'étaient pas plus redoutables. C'était d'ailleurs des enfants. Quant à la noblesse, j'ai déjà dit de quels sentiments excellents Islle était animée; oublieuse des bienfaits dus à Gustave , se souvenant seulement que depuis trente-sept ans elle était courbée sous sa main de fer, elle avait considéré sa mort comme une ère de délivrance et saluait avec un sincère enthousiasme l'avènement de son successeur.
La paix qui régnait à l'intérieur ne ris(][uait pas d'être troublée au dehors. Frédéric II, il est vrai, avait inauguré son règne en reprenant' ouvertement l'écusson adopté par Marguerite après l'Union de Calmar , et sur lequel figuraient les trois couronnes de Suède (1). Il avait poussé l'audace, ou plutôt l'insolence, jusqu'à envoyer parader dans le port même de Stockholm des vaisseaux danois portant au flanc ces insignes provocateurs. L'émotion avait été grande parmi les ministres et les enfants de Gustave qui voulaient la guerre avec ce téméraire. Mais le roi qui, quoique vieux ^ tenait toujours en main le timon de l'État avait calmé l'effervescence de tout ce monde, et, alléguant son grand âge pour maintenir la paix, il s'était borné à dire « qu'il faudrait de dures dents à celui qui voudrait arracher les trois couronnes de l'écusson de Danemark et que ce n'était pas son affaire à lui qui n'en avait plus. » Cet incident, grâce au bon sens du chef, n'avait pas eu d'autres suites. Aujourd'hui Fré- ♦déric II, aux prises avec les Dithmarses en révolte, ne songeait pas à renouveler ces inutiles et dangereuses
(1) Frédéric l«f et Christian 111 l'avaient conservé clandestinement.