IÔ65] MORT DU COMTE DE LUBLIN
ti\e et peut échoir à un gentilhomme de mérite. Aussi ses prétentions à la main d'une fille de roi n avaient-elles -pas été repoussées» C'est au vu et au su de tous que les deux amants avaient échangé leur anneau nuptial, et Éric par son silence avait au moins moralement approuvé leurs projets d'union. La guerre de Livonie, la révolte de Jean, la dernière levée de boucliers de Frédéric II, avaient rendu odieux à la cour de Suède tout ce qui tenait à la Pologne. Malgré tous les obstacles qui devaient s'élever devant chacun de ses pas, le comte, poussé par Tambition, par l'amour peut-être, n'avait pas hésité à quitter son pays pour venir à Stockholm réclamer la main de sa maîtresse. Par malheur, le vaisseau qui le portait fut capturé dans la Baltique par un corsaire danois. C'était au moment où Éric XIV, s'efforçant de détacher la Pologne du Danemark, s'était servi de son frère prisonnier pour entrer en négociation avec Sigismond-Auguste. Frédéric, tenu au courant de ces intrigues par sa police, transforma notre amoureux en diplomate, et, malgré ses protestations, le retint prisonnier dans une forteresse, d'où il ne put sortir que par l'intervention de son roi. A peine libre, le malheureux jeune homme tomba malade et mourut. Cécile n'était pas de la nature des inconsolables; le 11 novembre de l'année suivante, elle épousait le margrave Christophe de Bade. Si l'histoire de Gustave l" nous a montré à quel point de grandeur peut parvenir un simple gentilhomme avec de l'audace, de l'esprit de suite, du courage, de la sagesse, en un mot avec du génie,^ celle de Cécile nous fera voir à quel degré de honte, d'ignominie, peut tomber une fille de roi qui dans sa vie ne
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suit d autres règles que ses fantaisies et ses passions. Après le scandale de Wadstena, provoqué par Éric qui, paraît-il, était animé d'un sentiment plus vif et moins pur que lamour fraternel, la princesse était devenue la maîti-esse avouée d'un simple magnat polonais. Elle avait alors tellement perdu le sentiment de sa dignité qu'elle souffrit qu'une médaille fût frappée, représentant d'un côté son image et de l'autre celle de son amant (1). Mais ce ne sont là que ses égarements les moins blâmables. Les historiens ont insisfé sur la passion criminelle qu'elle avait inspirée à son frère ; ils font entendre qu'elle finit par en avoir honte, et que ce fut pour s'y soustraire qu'elle épousa le margrave de Bade. Il est certain que celui-ci, après son mariage, ne se croyant pas en sûreté à Stockholm, amena sa jeune épouse à Revel où il passa l'hiver, et où, d'après Messenius, il faillit devenir victime de la jalousie de son beau-frère. Un attentat contre sa vie qui avorta heureusement le décida , dès que la mer fut libre, au retour du printemps, à rentrer en Allemagne. De là Cécile se rendit en Angleterre auprès de la reine Elisabeth avec qui elle entretenait une correspondance suivie. Elle y accoucha d'un fils que la reine tint sur les fonts et qu'elle nomma Edouard- Fortuné. Après avoir dissipé sa dot en voyages, elle ne tarda pas à tomber dans le désordre ; elle quitta même
(1) J'ai vu aussi ia fameuse médaille qu'Éric XIV fit frapper après la condamnation du comte Edzard. D'un côté Cécile est représentée en costume de Marie Stuart avec laquelle elle avait une g^^ande ressemblance, et de l'autre en Suzanne, c'esi-à-dire sortant du bain, toute nue et n'ayant qu'un bout de draperie mal placé et ne servant qu'à faire ressortir l'indécence du sujet. Éric voulait prouver que sa sœur avait été calomniée comme la matrone juive. Ce n'était pas une raison pour la montrer à tout un peuple dans un pareil état.
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la. maison conjugale qu'elle avait ruinée par ses prodigalités, abandonnant ses enfants à son mari, courant TAllemagne en aventurière et fréquentant les lieux infâmes. En 1575, le margrave mourut de chagrin de voir son nom h ce point avili. Quelques années plus tard, son plus jeune fils, Charles, ayant rencontré sa mère à Anvers dans une maison de filles, obtint du bourgmestre qu'elle lui fût livrée pour être retirée de cet abîme. Ce n'était pas du goût de cette malheureuse qui, voulant résister aux volontés de son enfant, fut par lui traînée par les cheveux à travers les rues de la ville. A force de violences et après lui avoir démis un bras dans la lutte, il obtint que cette infortunée le suivît dans un couvent de filles repenties. C'était en 1594. Ce jeune homme, surexcité pkr cette scène atroce, troublé par le remords, devint fou à quelques jours de là et mourut cinq ans plus tard, sans avoir • jamais recouvré la raison.
Cécile avait changé de religion. Elle avait eu six
fils qui, mal élevés et mal doués, finirent tous d'une
manière déplorable. Elle ne mourut qu'en 1627 à
Anvers, âgée de quatre-vingt-sept ans, dans un taudis,
^ sur un grabat, on ne sait où, peut-être dans le cou-
r vent où elle avait été enfermée, d'où elle était sortie,
\ mais ou la misère l'avait probablement raoïenée.