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\it de près. Ses violences commençaient à faire horreur. On le fuyait; il fut abandonné de tous les siens dans le trajet de Flotsund à la ville, où il arriva à pied. Il ne trouva aux portes, pour le recevoir, que le vieil archevêque Laurentius Pétri et le chancelier Nils Gyllenstjerna (1).
Les seigneurs qui avaient évité le guet-apens de Svartsjô n'eurent garde de se rendre àUpsal. Aussi les nobles furent-ils peu nombreux. Les membres des autres ordres y arrivèrent en masse, les uns par un sentiment de curiosité, pour être les spectateurs des graves événements que Ton pressentait, les autres par peur, pour plaire au terrible Pehrsson, et le plus grand nombre par patriotisme et par sentiment du devoir. La diète fut ouverte le 19 mai, le second jour de la Pen* tecôte. Le discours, composé par Pehrsson, devait être prononcé par le roi. Il l'avait dans ce but appris par cœur ; mais, la veille, à souper, ayant bu outre mesure, il avait tout oublié pendant la nuit. Éric, qui avait de la faconde, ne resta pas court; il suppléa à son défaut de mémoire par des arguments de son cru, qui étaient sans suite et sans ordre. L'incohérence qui existait dans son cerveau , et que les excès de la veille n'avaient fait qu'augmenter, était trop évidente, et produisit une fâcheuse impression. Des murmures se firent entendre chez les prêtres, et ailleurs des voix séditieuses. Cette scène touchait au scandale. Le roi troublé leva la séance brusquement, confiant pour la suite la direction des débats de la diète et du procès des seigneurs aux soins de Jôran Pehrsson et de Denis Beurrée.
(1) Geyer, p. 202.
idi) ËRiC XIV. [1^67]
Devant cette grave affaire toutes les autres disparaissaient. L'accusation était soutenue par Pehrsson et Beurrée, et par tous deux, avec la violence qui faisait le fond de leur caractère. Il y avait cependant dans la conduite identique de ces deux honunes une grande différence au point de vue de la morale. Beurrée, peu clairvoyant et passionné, était, comme le roi, la victime des manœuvres du vice-chancelier, et il croyait le plus sincèrement du monde à la culpabilité des hommes dont il demandait le châtiment, tandis que le vicechancelier qui les poursuivait avec le même acharnement était convaincu de leur innocence.
Les regards de toute la Suède étaient dirigés du côté d'Upsal; on suivait avec émotion toutes les péripéties de ce drame sinistre dont le dénoûment était inconnu, mais que l'on pressentait d^oir être terrible. Tous les cœurs étaient là aussi, battant pour les accusés. Les Stures surtout, contre lesquels on montrait le plus d'animosité, étaient l'objet d'une sympathie universelle et passionnée. On ne peut imaginer cpmbien ce nom, qui figurait dans toutes les légendes et dans tous les chants, sonnait creux dans la vieille Suède; on était de plus convaincu de leur innocence. Le vieux comte Svaute et ses fils étaient des gens irréprochables, contents de leur sort, sans ambition, amis du repos, n'ayant enfin aucun des défauts, ni aucune des qualités qui font mettre l'épée à la main pour des entreprises périlleuses. Nils Sture arrivait de Lorraine au moment de la persécution des siens. Il fut ému des marques de sympathie qu'il recevait partout sur son passage. C'était une raison de plus pour redouter la jalousie et la méfiance du roi si facilement
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soulevées. D'ailleurs, après la scène de Stockholm, que pouvait-il espérer de la pitié d'un insensé tel que Éric XIV et de la justice d'un misérable tel que Jôran Pehrsson ? Mais la jeunesse est imprévoyante et confiante! Nils Sture avait rempli heureusement sa mission. Il apportait à Éric le portrait et l'engagement de la princesse Renée. Il croyait avoir fait merveille ; avec un peu de tact, il aurait compris qu'un échec aurait été préférable, puisqu'on ne l'avait envoyé si loin que pour se débarrasser de sa présence, et qu'Éric préférait sa chère Karin à toutes les princesses de l'univers. Nils Sture n'avait pas tant de clairvoyance Engoué des services qu'il s'imaginait avoir rendus, il était persuadé que le roi, pour lui témoigner sa sa* tisfaction et sa reconnaissance, non-seulement honorerait sa personne, mais briserait la porte du cachot où les siens gémissaient. Aussi, malgré les conseils de ses amis, accourt-il à Upsal en toute hâte et plein de confiance. Il y arrive le 21 mai; c'était le soir. Il se rend chez l'archevêque et le prie, ainsi que quelques prélats logés dans le palais, de l'accompagner au château où il veut, sans retard, rendre compte au roi de son ambassade. L'archevêque et les prélats se mettent en route. Mais les portes du château sont fermées. On leur dit qu'Éric est couché, et Nils Sture va passer la nuit à l'archevêché. Le lendemain matin, il y est arrêté. Pendant que les trabans saisissent le fils, Éric XIV écrit au père que l'arrivée volontaire de Nils est la preuve la plus évidente de leur innocence, et qu'il est décidé de ne plus donner suite à ce malheureux procès. Le lendemain, Catherine Mânsdotter écrit à la comtesse Sture, pour la féliciter de la manière dont
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son mari et ses fils se sont défendus aux États et ont fait justice de toutes les attaques dont ils étaient l'objet. Ils semblaient sauvés. Cependant Éric était chaque jour plus sombre, plus préoccupé, plus indécis. Son œil était hagard, sa démarche incertaine, ses gestes saccadés. Il était évident que son faible esprit succombait aux vives émotions dont il était constamment assailli. Le 24 mai, après midi, il entre dans la prison de Lejonhufvud, et, se jetant à ses genoux, lui demande pardon du mal qu'il a fait souffrir à un innocent. Le baron, ému, se met à son tour à genoux en face de son roi. Tous deux en se relevant aperçoivent le comte Svante. Éric court à lui, le suppliant d'oublier le passé, l'assurant de son affection pour l'avenir, et, en témoignage de la sincérité de ses bons sentiments, lui demandant la main de sa fille Sigrid. Svante répond humblement que lui-mêmfe, ses enfants et tout ce qu'ils possèdent sont à la disposition de leur roi, et que ses volontés sont des ordres pour eux. Bientôt après Éric quitte le château pour descendre en ville. Sur sa route il rencontre Petrus Caroli, évéque de Calmar. C'était un méchant homme, une créature de Pehrsson. Il aborde le roi d'un air effaré et lui annonce avec mystère que Jean s'est échappé de sa prison et a levé l'étendard de la révolte. Éric éperdu, hors de lui-même, remonte au château avec précipitation et pénètre dans le cachot de Nils Sture^ qu'il trouve étendu sur son grabat. A l'aspect du roi, le prisonnier se lève par respect. Éric, se jetant sur lui comme un furieux, lui plante son poignard dans le bras. Sture, digne et calme, retire l'arme de sa blessure, la porte toute souillée de sang à ses lèvres et la
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rend à son meurtrier. Cet acte de résignation sublime, au lieu de calmer le roi, ne fait que Tirriter. 11 sort, en donnant Tordre à Pehr Welamsson (1), un desestra* bans, d'achever la victime. Ce misérable, après l'avoir outragée, par un raffinement de cruauté, lui enfonce dans Fœil un couteau de charpentier, et puis le fait poignarder à ses pieds par ses sicaires. Le fils mort, Éric retourne au cachot du père, se jette à ses pieds et implore son pardon pour un crime qu'il vient de commettre. S vante, à qui l'amour paternel avait donné le pFessentiment du malheur qui venait de le frapper, répond qu'il pardonne tout, à moins qu'il ne s'agisse d'un coup porté à son fils. « De ce forfait vous me rendrez compte devant Dieu. » « Je savais bien que vous ne me le pardonneriez jamais, » répondit le roi, a il faut donc que vous subissiez son sort.x> Après cela, Eric sort du château et, suivi de quelques trabans, se dirige vers la forêt en toute hâte comme un criminel qui fuit la justice. Denis Beurrée, ayant appris son crime et son départ, court après lui et l'atteint à Alsicke. 11 ose lui reprocher la mort de Nils Sture ; mais le malencontreux pédagogue est arrêté au milieu de sa harangue par Welamsson qui, sur l'ordre du roi, l'assassine en lui passant son épée au travers du corps. J'ai vu l'endroit où ce malheureux est tombé ; c'est près d'une fontaine qui existe encore et qui porte son nom. Le sang excite et enivre comme le vin. Après avoir égorgé son précepteur, Éric envoie à Upsal un de ses trabans, avec l'ordre, écrit de sa main, de faire périr tous les prisomiiers du château, à l'ex-
(1) Un neveu de Jftran Pehrsson.
ception de M. Sten. Éric en ce moment était complètement fou. Sa fuite devait éclairer et convaincre les plus aveugles et les plus incrédules. Comment se faitil que des ordres, donnés en un pareil moment, aient été exécutés? C'est qu'un tyran a toujours la précaution de s'entourer d'hommes qui lui ressemblent, natures féroces qui se plaisent aux violences, et qui sont trop heureuses de pouvoir satisfaire leurs sanguinaires instincts, tout en s' abritant derrière l'inviolabilité d'un maître. Il y avait deux Sten en prison, Lejonhufvud et Baner. Pierre Gadd, sergent à baguettes, à qui l'ordï'e s'adressait, ne sachant que faire, descendit en ville demander conseil à Jôran Pehrsson, qu'il trouva assis devant une table de jeu, et les cartes en main. Pehrsson, après avoir lu l'écrit du roi, répondit au sergent qu'il ne savait rien de plus que lui, de ne prendre conseil que de sa sagesse. L'ambiguïté de l'ordre du roi et de la réponse du ministre sauva ces deux seigneurs, qui furent épargnés. Les autres, Svante Sture, son fils Éric, Abraham Stenbock,et Ivar Ivarsson de Strômstad, furent massacrés dans leurs cachots et avec un tel acharnement que plusieurs de ces malheureux reçurent jusqu'à vingt blessures. On dit qu'Ivarsson, très-robuste, ayant saisi une bûche de bois, défendit chèrement sa vie, et que, avant de succomber sous le nombre, il tua deux de ses sicaires.
Rien n'avait transpiré au dehors des scènes de cette horrible tragédie. Les cadavres des victimes furent transportés par leurs meurtriers dans un cellier, où ils restèrent quatorze jours, sans être ensevelis, livrés à la pourriture. Cependant les femmes et les parents des seigneurs leur apportaient tous les jours des vête-