‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 26 sur 142 · FUITE DU ROI A TRAVERS LA FORÊT DXPSAL · texte numérisé non relu

FUITE DU ROI A TRAVERS LA FORÊT DXPSAL

ments^ des viTres et des boissons, que les bourreaux acceptaient et employaient à leur usage, comme autrefois les prêtres de Baal faisaient des présents que Ton offrait aux divinités confiées à leur garde.

Personne au monde, et un roi moins que tout autre, ne peut verser impunément le sang d'un innocent. En dehors et au-dessus de la justice humaine, il y a un juge mystérieux et infaillible, qu'on appelle le remords, que Dieu suscite, et qui n'est pas. le moins impitoyable. Éric, comme autrefois Oreste poursuivi par les Furies, voit partout, même dans les trabans, ses complices et 'ses protecteurs, des vengeurs des seigneurs assassinés. Il a peur d'eux; il profite des ténèbres de la nuit pour se soustraire à leur surveillance; il parvient à faire perdre ses traces; mais, comme dit Loccenius dans son magnifique langage, « Siivam fuga petite nec se ipsum fugit. » Une fois engagé daiis les profondeurs de cette sombre forêt d'Upsal, jadis consacrée au culte d'Odin, et toujours pleine de mystères, il erre comme Nabuchodonosor, pendant trois jours et trois nuits, dans ses fourrés et dans ses clairières, respecté des animaux féroces qui voient en lui un de leurs compagnons, ne trouvant aucun antre assez caché pour lui servir de retraite, n'osant toucher ni à l'eau des torrents ni aux fruits des arbres. Enfin, après trente-six heures de marche sans relâche, il vient haletant, éperdu, exténué de fatigue, se réfugier dans la cure du village d'Odensala. C'est là qu'il est rencontré par plusieurs de ses amis, partis d'Upsal pour aller à sa recherche (27 mai 1567). Il était méconnaissable; son visage pâle, hâve, portait les traces de ses souffrances morales et physiques ;

vertu du principe d'hérédité accepté par eux dans le Recess de Westerâs , avait été mis par Dieu au rang suprême. Leur extrême fidélité fut par malheur trèsmal récompensée.

Éric XIV était encore plus scélérat que fou. 11 avait parfaitement la conscience de tous les crimes qu'il avait commis, et c'était pour apaiser les vengeurs que son imagination exaltée engendrait et mettait sur ses pas qu'il témoignait son repentir par des actes de dévotion, de contrition, d'humilité, par des distributions d'argent ou de faveurs. Dans le même but il augmenta les privilèges de la noblesse et lui livra Jôran Pehrsson et Christian, son frère et son complice. Mais, à ce moment même, il ne songeait qu'à laisser passer l'orage, à gagner du temps ; et je suis convaincu qu'il roulait déjà dans son cerveau troublé de nouvelles machinations contre ces mêmes hommes qui, tenant son sort entre leurs mains, lui avaient pardonné tous ses forfaits avec une si chevaleresque loyauté. Il essaya aussi, d'après les anciens usages Scandinaves, à payer avec de l'or le sang de ses victimes. La comtesse Mérette Sture repoussa ses dons avec mépris,- déclarant que tous les trésors du monde ne pouvaient payer des vies aussi chères ; elle exigea et obtint que l'innocence des siens fût proclamée et leurs corps ensevelis avec pompe dans la cathédrale d'Upsal, où reposaient leurs aïeux. J'ai vu moi-même dans la sacristie les vêtements que portait l'infortuné Nils Sture, le jour de sa mort. Ils sont encore pieusement conservés parmi les reliques de l'église. J'ai vu aussi au château de Skokloster, chez la comtesse Brahe, le couteau qui servit à Éric XIV pour consommer son crime. Les enfants de

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