‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 29 sur 142 · PASSAGE DE L'HOLLVEDEN PAR LES DANOIS · texte numérisé non relu

PASSAGE DE L'HOLLVEDEN PAR LES DANOIS

nemi au cœur même du royaume (1) ; il a franchi les fameuses gorges qui, avec leurs défilés, leurs pics et leurs précipices, formaient comme une série de barrières inaccessibles mises par la nature pour séparer la vieille Suède du reste de Thumanité. Il cause partout sur son passage de si grands désastres que les Gothies, ce fécond berceau des Scandinaves, d*oii étaient sorties pendant plusieurs siècles ces myriades de barbares qui avaient inondé et subjugué le monde, s'appauvrissent, se dépeuplent à tel point qu'aux funérailles de Clas Hvitt, curé de Sôderkôping, des femmes furent obligées, faute d'hommes, de porter le cercueil en terre (2). Un an auparavant, un racoleur avait été pendu pour avoir enrôlé des femmes, quoiqu'il eût prétendu n'avoir agi de la sorte que parce qu'il n'avait pas trouvé d'hommes.

^ Le chemin de Skenninge à Stockholm est tout ouvert; jamais la patrie n'avait couru de plus grands dangers ; cependant Éric XIV reste à Svartsjô, ne pouvant se décider à prendre un parti. Les soldats démoralisés avaient besoin d'autres chefs. Les convenances, l'opinion publique, désignaient les princes au choix du roi. Mais celui-ci, toujours méfiant et jaloux, repousse ses frères. Il fallait cependant agir pour éviter une ruine complète. Il choisit, après bien des hésitations, le comte Pehr Brahe et Hogenskild Bjelke. C'étaient des sujets dévoués et fidèles; néanmoins, à peine sont-ils investis du commandement des troupes qu'ils excitent les soupçons d'Éric, qui vient au camp (8 janvier 1568) accompagné des

(i) Messenius, Scondia illusirata, tome VI, page 49. (2) Rh^zelius, Chronique desévêques^ tome I, page J27*

ducs de Finlande, de Sudermanie et de Saxe, et pour tout embrouiller ; il envoie ses trabans dans les tentes des soldats dire aux chefs subalternes qu'ils ne doivent suivre que les ordres émanés de lui, jet ne point tenir compte de ceux des généraux,

Cependant, devant la patrie en péril, tous les cœurs s'étaient émus. La Suède était toujours la terre des braves ; de tous les points, des défenseurs intrépides accouraient en masse se grouper autour du roi et des princes. Les Suédois avaient dressé leur camp à Kongs-Norrby, sur la rive droite du fleuve Motala, en face des Danois. Les Suédois étaient dans une sécurité complète, voyant dans le fleuve, très-rapide et trèsprofond dans cet endroit, une barrière infranchissable. C'était à tort; un paysan désigna à Rantzau un endroit guéabie. Celui-ci employa toute la nuit, qui était très-longue et très-sombre, à faire passer Télite de ses troupes; et à la pointe du jour (15 janvier 1568) il tombe sur les Suédois, qui, éveillés en sursaut par les cris de leurs sentinelles égorgées, ne peuvent opposer aucune résistance. liCS chefs éperdus prennent la fuite ; les soldats, h leur exemple, ne cherchent qu'à sauver leur vie. Rantzau s'empare d'une grande quantité d'or et d'argent, apportée la veille pour la paye, de la correspondance du roi et de divers objets de toilette ; il prend sept canons, tout le butin qu'il peut emporter, fait cent cinquante prisonniers et s'en retourne à Skenninge.

Parmi les papiers pris dans la tente du roi se trouvait le plan de campagne des Suédois. Ce fut pour Rantzau comme une révélation. Il comprit, en voyant les ressources immenses dont disposait l'ennemi, les

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