‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 33 sur 142 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De ruTénemeiit de Jeun III h Ëm eondiitaiiiatioii

* d'érie X.IT.

Jean III, né en 1536 (1), avait trente-deux ans quand il monta sur le trône d'où son frère, Éric XIV, venait d'être précipité. Sa grande taille , sa belle figure, sa ressemblance avec Gustave, dont il s'efforçait d'imiter la mise et les manières, ses malheurs surtout, lui avaient valu une certaine popularité. Sa longue, dure et dangereuse captivité avait eu une trèsheureuse influence sur son caractère ; si elle ne l'avait pas corrigé de ses principaux défauts, elle avait au moins modéré cette intempérance de langue et cette * pétulance irréfléchie qui faisait le désespoir du circonspect et gravé Gustave. Son esprit, déjà très-cultivé, avait aussi gagné beaucoup à la solitude de Gripsholm. Il était devenu très-érudit, surtout en théologie (2). Il parlait couramment le danois, l'alle-

(1) 24- décembre.

(2) Parmi les théologiens protestants^ Georges Cassander était celui qui lui plaisait le mieux, parce qu'il était conciliant, enclin au catholicisme, et que ses livres abondaient en détails curieux sur la primitive Église.

mand, l'italien et le polonais; il comprenait le français, et il était si familier avec le latin qu'avec la grande facilité de parole dont il était doué il improvisait aux envoyés étrangers de longs discours dans la langue de Cicéron.

Malgré toute sa science et quelques vertus privées, Jean n'était qu'un pauvre homme et ne pouvait être qu'un triste roi, n'ayant aucune des qualités qui conviennent au rang suprême; il était bavard, indiscret, soupçonneux , inconstant , léger, dissimulé , faible , fourbe, cruel au besoin, enclin au despotisme, sans jugement, sans courage , sans convictions religieuses, de plus personnel et ingrat. 11 inaiîgura son règne par une perfidie. C'était à son frère Charles qu'il avait dû, l'année dernière, la liberté, et qu'il devait aujourd'hui la couronne. En -effet Éric, de qui les coups ne portaient que sur les nobles , n'était pas sans popularité auprès des paysans et des petits bourgeois des villes. Livré à lui-même , le duc de Finlande serait venu se briser contre les mêmes obstacles où avait échoué sa première rébellion. Le duc de Sudermanie était le seul au monde qui fût capable de renverser Éric XIV; Jean le savait mieux que personne, quand il prenait sous le chêne de Knappforssen et renouvelait devant les murs de Stockholm l'engagement de partager avec son frère le trône qui lui revenait de droit par sa naissance. Eh bien 1 au mépris de ses serments , et sous le coup même du bienfait, Jean III, entrant triomphalement dans sa capitale , attira et concentra sur lui toutes les marques de déférence , toutes les protestations de dévouement , toutes les ovations que les populations , maîtresses des mouvements de leur cœur, auraient

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