‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 34 sur 142 · DISSENTIMENTS SURVENUS ENTRE LE ROI ET LE DUC · texte numérisé non relu

DISSENTIMENTS SURVENUS ENTRE LE ROI ET LE DUC

prodiguées à leqrs deux libérateurs. Plus tard, après le tumulte de la rue, Charles, étant Tenu réclamer la récompense assignée d'avance à ses labeurs, à ses périls, à son génie (1), avait vu son frère, sans rétracter tout à fait sa parole, chercher à Taide d'impudents sophismes à amoindrir l'importance de ses engagements, prétendant que le partage du pouvoir en est de fait une aliénation; que, l'ayant reçu héréditairement (2) et devant le laisser au même titre à ses enfants, il n'en était que le dépositaire et n'avait aucun droit à céder ce qui ne lui appartenait pas; que, serait-il lié par un écrit en règle, au lieu de l'être par des paroles en l'air,* le droit des gens et la raison d'Ëtat le délivreraient de tout engagement ; que Charles, enfin, n'avait fait que son devoir en l'aidant à renverser du trône un homme qui y était devenu un sujet de scandale pour l'Europe, de ruine pour leur patrie, et de honte pour leur nom. A la suite de ces explications, des querelles assez vives, mêlées d'invectives, de mots grossiers, de reproches sanglants, avaient éclaté entre les deux frères, emportés et violents comme tous les Wasas. Dans ces conditions, le séjour de Stockholm n'était pas sans danger pour le duc de Sudermanie; il le comprit, et se hâta d'aller, derrière les murs de Nykôping, guérir les blessures faites à son amour-propre et à son ambition, et surtout se soustraire aux ressentiments d'un ingrat. Mais il avait eu assez d'empire sur lui pour cacher aux étrangers ses froissements et

(i) Pendant la lutte, Charles^ écrivant à Jean et loi parlant des villes et places qa'il a entraînées dans leur parti, s'exprime ainsi, et sans être contredit par son frère : « Elles ont rendu hommagfe à Votre Altesse^ à nous et à la couronne de Suéde. »

(2) n prit cependant au commencement le titre de roi élu.

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ses déceptions. Il n'avait pas interrompu ses rapports avec son frère, et la mésintelligence qui régnait entre eux n'était connue que des gens de cour.

Cet état de choses ne pouvait pas durer longtemps. Jean III^ homme faible et administrateur médiocre, était cependant subtil et judicieux. Il s'était aperçu de suite qu'il était incapable de dominer, de maîtriser ces puissants seigneurs de qui la chute d'Éric venait de doubler l'importance et qui goûtaient fort ce rôle de faiseurs de rois; aussi fit-il au duc les premières avances. Refoulant ses rancunes au fond de son <MBur, il l'attira à sa cour et lui reconnut les droits sur la Sudermanie, la Néricie et le Wermland, qu'il tenait du testament de son père, mais qu'Éric lui avait toujours contestés. Il ajouta- à ces trois provinces les districts de Wassbo et de Walla en Ostrogothie (1), plus cinq mille marcs d'argent en lingots pour sa part du trésor laissé par Gustave dans les chambres d'Eskill et usurpé par Éric XIV. Enfin, malgré les défiances et le mauvais vouloir de Jean, depuis la chute d'Éric, comme le dit Geyer (2) , « Charles ne cessa de régner avec ou contre son frère ; son influence apparaît partout et sur tout ; ses différends avec lui ne font qu'accroître sa puissance, et toujours il est plutôt sur le trône de Suède qu'à côté, »

La chute d'Eric ne s'était faite que lentement, par petites secousses. Tous les esprits un peu clairvoyants avaient eu le temps de se détacher de lui avant qu'elle fût complète. Aussi, au dernier moment, n'avait-il

(i) Dépendant de la succession de Magnus^ à qui ils devaient être rendus, si ce malheureux prince recouvrait la raison. (2) Histoire de Suède, page 212.

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