DISGRACE DE HENRI HORN
conservé autour de sa personne que les brigands qui ne pouvaient pas espérer de se faire pardonner sous le nouveau prince les crimes comnlis pendant l'ancien règne. Dans les antichambres encombrées des ducs, ceux qui se faisaient le plus remarquer par leurs imprécations contre le vaincu et leurs protestations de dévouement pour le vainqueur étaient, comme toujours, les gens qui, devant tout au vaincu , auraient dû lui rester fidèles jusqu'à la mort , et parmi eux Nils Gyllenstjema, homme vil, qui avait participé à toutes les infamies de son vice-chancelier, et avait di* rigé la négociation ayant pour but de livrer à Iwan le Cruel la duchesse de Finlande, et qui, par un prodige d'adresse et d'habileté s'étant fait un mérite de l'acte qui devait le perdre, a su prendre et conserver sur Jean l'influence qu'il n'avait cessé d'exercer sur Eric. Aussi peu de changements avaient-ils eu lieu chez les hauts fonctionnaires. A part le général en chef de l'armée de Livonie, Henri Glasson Horn (1), qui avait été brutalement remplacé par Gabriel Christiansson, baron de Môrby (2), et du gouverneur du château de Calmar, Mans Svensson, qui avait été contraint de livrer les clefs de la forteresse à Anders Liljehôk, Bo Grip avait été maintenu à Warberg, Stjernkors (3) à Àbo, et tous tes autres dans leurs divers commandements. Une partie des trabans et des serviteurs d'Eric fut envoyée en Finlande et dispersée dans ce vaste pays.
(1) Jean nourrissait contre loi an violent ressentiment, attribuant à Tiniluence de Glas Christiansson Horn la sévérité de ses juges en 1562; aussi, pendant qu'il était honteusement chassé de l'armée» sa femme et nés enfants étaient-ils saisis en Finlande et jetés en prison.
(2) Il entra à Revel le 10 novembre 1568.
(3) Favori d'Éric XIV, passé avec ses troupes dans le parti des ducs.
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mais pas en assez grand nombre pour prévenir les conspirations prévues par le duc de Sudermanie. Cependant le sang de Jôran Pehrsson ne suffisait pas à appaiser les ressentiments des fils de toutes les vietimes de ce règne sanguinaire. Il fallait, ne fût-ce qu'au nom de la morale outragée, que les complices d'Éric dans le massacre d'Upsal subissent lin sévère châtiment. Aussi Jean III, cédant à la voix de l'indignation publique, livra-t-il au bourreau Pehr Gadd, Pehr Welamsson, le meurtrier de Nils Sture et de Beurrée, les sicaires qui avaient égorgé le comte Svante et ses compagnons , et le traban qui par derrière avait porté au baron de Lejonhufvud le coup qui allait mettre fin à sa vie agitée (1). Petrus Caroli, évêque de Calmar, fut enfermé dans le château de cette ville, et Wilhelmus Lemnius fut exilé. Mais ici se bornèrent toutes les représailles. Jean III pardonna avec magnanimité, non-seulement aux juges qui l'avaient condamné à mort, mais à ceux qui avaient forcé les juges à le condamner. 11 ne voulut pas que des supplices, quoique mérités, vinssent attrister les fêtes qui devaient signaler Tentrée de la reine (7 octobre 1568), venant à Stockholm prendre place sur le trône auquel Dieu l'avait destinée, et dont ses vertus devaient encore rehausser l'éclat.
Jôran Pehrsson, qui avait de la tête, avait maintenu un certain ordre réel au milieu d'un grand désordre apparent. Les finances étaient moins dilapidées, et l'administration moins désorganisée qu'on n'aurait pu le craindre après un règne aussi déplorable. Les rouages
(1) Il moorat le 5. octobre.
Jltf68} GYLLENSTJERNA ET BJELKE A ROSKILD. 187
de la machine, restés intacts, malgré tant de secousses, pouvaient encore fonctionner, sans que Ton eût à redouter une explosion ou un temps d'arrêt. Par malheur la politique extérieure ne se présentait pas sous un aspect aussi favorable. Le roi de Danemark, le grand-duc de Moscovie et même le roi de Pologne, nourrissaient contre la Suède des sentiments d'envie et de haine. Frédéric II , fâché d'avoir déposé les armes, attendait avec impatience le moment de les reprendre. Jean, qui par caractère était prompt aux alarmes et au découragement , envoya à Copenhague Ture Bjelke (1) demander à tout prix la prolongation de la trêve qu'il avait obtenue. Les diplomate^ suédois, trop fidèles exécuteurs des ordres de leur maître, passèrent, sans hésiter, sous les fourches caudines que l'orgueil danois leur avait dressées à Roskild. Ils s'engagèrent à payer la solde des soldats de Frédéric II pendant l'armistice accordé pour faire plaisir à Jean et sur sa prière; à restituer tous les vaisseaux capturés pendant le cours de la guerre; à abandonner le Jemptland et le Herjedal ; à échanger Warberg contre Elfsborg ; à rendre à Magnus de Saxe- Lauenbourg Sonnenbourg dans File d'iCffilsel et Hapsal en Livonie; à renoncer à toutes prétentions sur Tîle de Gottland , la Norvège , le Halland , le Bleking et la Scanie; à reconnaître la légitimité des anciennes créances de Liibeck; à accorder à la régence des indemnités pour frais de guerre; enfin à permettre à Frédéric II de porter sur son écusson les trois couronnes de Suède. Ces conditions auraient été dures même au
(1) Il était accompagné du prudent et habile chancelier, Gyllenstjerna.
moment où Daniel Rantzau se trouvait avec trente mille hommes aux portes de Stockholm. Dans l'état des choses actuel, elles ne pouvaient être acceptées que par trahison ou par folie. Aussi , à peine Jean III fut-il revenu de sa terreur panique, qu'il désavoua ses malencontreux ambassadeurs, ou, ce qui reyenait au même , qu'il déclara ne pouvoir accepter le traité de Roskild qu'après l'avoir fait ratifier par les États du royaume (1). Arvid Stenbock et Hans Bjômsson Lejon furent à la même époque envoyés en Pologne, pour réclamer à Sigismond- Auguste le remboursement de l'aident prêté par le duc de Finlande et le payement de la dot promise à la reine Catherine.
Le pacifique Jean ne voulait être en guerre avec personne, pas même avec ce méchant duc de Moscovie qui avait mis à lui ravir sa fenmie un si barbare acharnement. Faisant taire dans un esprit de concorde les plus légitimes ressentiments , il écrivit à ce rival pour lui faire part de Theureux événement qui l'avait porté sur le trône de Gustave I" à la place d'Éric XIV renversé, et l'engager à resserrer les liens d'amitié qui l'avaient uni à son père et à son frère. Iwan, qui était fourbe et dissimulé , répondit à ces avances par des paroles mielleuses; une ambassade suédoise fut, à la suite de ces perfides avances , organisée et envoyée à Moscou ; mais ces malheureux diplomates eurent à peine franchi la frontière moscovite qu'ils furent dépouillés de leurs présents et de leur argent, et enfermés dans une forteresse où on les retint le même nombre de' jours et d'heures que les envoyés russes
(1) Olof Celsius. Histoire d'Éric X/V, tome II, page 221.