AVANTAGES FAITS PAR LE ROI A LA NOBLESSE. 19S
et OÙ ces emplois sont réservés à des roturiers. » Le noble ne put être jugé que par ses pairs et emprisonné qu'après Taveu de son crime. Le noble devenu pauvre après la vente de sa terre fut maintenu dans la possession de ses armes, tout en restant exempté d'équiper des cavaliers. Dans le rescrit qui faisait aux gentilshommes tous ces avantages, on disait que c'était pour les récompenser d'avoir conservé, après la chute d'Éric, l'hérédité de la couronne (1).
Jean, qui aimait le pouvoir et la représentation, était ravi de sa nouvelle position; mais il n'en comprenait pas la grandeur; comme tous les petits esprits, il n'en voyait que les petits côtés. Ces marques d'honneur et de déférence, qui lui étaient prodiguées de tous côtés par un peuple reconnaissant, contrastaient tellement avec les procédés des geôliers de Gripsholm qu'il en avait la tête comme perdue. Il se croyait sous le charme de quelque hallucination, et c'est pour se convaincre de la réalité de sa position qu'il multipliait les fêtes, les revues, les réceptions, enfin tout ce qui lui donnait l'occasion d'étaler sa nouvelle puissance.
L'homme n'est pas né pour le bonheur. Jean III qui, en passant des horreurs d'un cachot aux splendeurs d'un trône, venait de voir se réaliser les rêves caressés de toute sa vie, n'était pas heureux cependant. Méfiant comme tous les fourbes et timoré comme tous les poltrons, il redoutait également Éric,- qu'il avait renversé du trône, et Charles, avec qui il n'avait pas voulu le partager; celui-ci, cruellement blessé, était retourné de suite après les États à Nykôping.
(1) Geyer, Histoire de la Suède, châp. ix, page 2i3»
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Jean III l'aurait laissé bien volontiers se morfondre éternellement dans cette triste retraite; il eut cependant assez de tact et de sens pour avoir la conscience de sa propre faiblesse et de la force de son frère; pour comprendre que, si hier il avait reçu de lui la couronne, il ne pourrait la conserver demain qu'avec son aide; que seul aussi dans le royaume il avait assez de mérite pour arrêter les progrès incessants djB Rantzau en Westrogothie, et assez d'autorité pour imposer silence aux clameurs des partisans d'Éric, et même de leurs propres amis, qui prétendaient avoir été après la victoire mal récompensés des services rendus, et pour faire rentrer dans l'ordre, dans le devoir, les mercenaires écossais et allemands qui, pour le moindre relard dans la paye, se permettaient toutes sortes de licences, pillant les paysans, abusant des filles et des femmes, et massacrant les époux et les frères qui faisaient mine de vouloir les protéger.
Le peuple est versatile, oublieux des services passés, ennemi de toute domination et prompt à se passionner pour un malheur éclatant. On exagéra la rigueur excessive avec laquelle Éric était traité dans sa prison. On colporta dans tout le royaume une lettre touchante écrite par lui (4 mars) à ses frères, dans laquelle il se plaignait d*être privé de sa femme, de ses enfants, de son médecin; d'avoir été dépouillé de son linge, de ses vêtements, de ses meubles ; d'avoir à souffrir du froid, de la faim, de la puanteur, de l'obscurité, de l'insolence de ses gardiens, du tapage qu'ils faisaient autour de lui et qui l'empêchait de travailler le jour et de dormir la nuit; et dans laquelle en terminant il suppliait ses frères de commuer sa captivité en un exil
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éternel, promettant de se tenir si loin d'eux que leqr haine finira par s'effacer de leur cœur (1).
Les petits compatissent facilement aux infortunes des grands. Éric excitait la pitié des masses, et ce n'était pas tout à fait à tort. Ses geôliers se montraient plus sévères que n'avaient été ses juges. La sentence qui l'avait condamné imposait l'obligation de lui fournir un entretien princier. Personne n'ignorait que, malgré cet ordre, il était soumis au régime du plus vulgaire des prisonniers d'État. Il était enfermé dans le château de Stockholm, sous la surveillance, il est vrai, d'un sénateur et sous sa responsabilité; mais on savait aussi que Jean III, toujours méfiant, ne choisissait pour ce triste emploi que des hommes durs et violents qui , victimes autrefois, des sévices du prince déchu, nourrissaient contre lui des pensées de vengeance. Éric, à son tour, les détestait; et, comme il était très-emporté, hautain, menaçant, il en résultait avec ses gardiens des querelles qui dégénéraient en véritables combats. Un jour Olof Gustafsson Stenbock, dans une lutte corps à corps avec lui, pour se débarrasser de son étreinte, lui fracassa le bras d'un coup de pistolet, et le laissa plusieurs heures étendu sur le carreau, perdant son sang, en proie à des douleurs atroces, avant de souffrir qu'un médecin fût introduit auprès du blessé.
Ces scènes de violence, qui avaient au dehors un immense retentissement, firent naître dans l'esprit de quelques hommes audacieux et mtrépides, blessés dans leur intérêt par la révolution, ou déçus dans
(i) Messenius, Scondia illusiraia, tome VIT, page 5.
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leur ambition, le dangereux projet d'attaquer (22 août 1569) le château, après le départ de Jean III pouif Tarmée, de délivrer le prisonnier et de le proclamer roi. Jean, écrivant à son frère Charles (24 août) et lui faisant part de la découverte de cette conspiration, lui apprend que les traîtres ont été arfêtés et ont avoué leur crime. Le chef du complot s'appelait Thomas Jacobsson; il périt de la main du bourreau avec quelques complices dont il est inutile de citer les noms obscurs, et qui étaient pour la plupart des anciens trabans de Tex-roi, imprudemment laissés à Stockholm, au lieu d'avoir été disséminés, suivant les conseils du duc de Sudermanie, à travers tout le royaume. Nils Pehrsson Silversparre, qui était attaché au duc de Sudermanie, et Jacques et Jean Bagge, les fils du fameux amiral de ce nom, furent arrêtés, mais bientôt après relâchés, faute de preuves. Les Bagge, rentrés en faveur, parvinrent aux plus hautes fonctions. L'amiral Peder Levers, compromis, s'était sauvé en Danemark. Les ramifications de ce vaste* complot s'étendaient même au-delà du royaume. Bo Grip, gouverneur de Warberg, parle d'une flotte mystérieuse venue dans la mer du Nord, on ne sait d'où, mais probablement dans le but d'apporter des renforts d'hommes et d'argent à la révolution, et qui s'était retirée sans manifestations après la prise des conjurés. On dit que le roi de Danemark était à leur tête, et qu'Éric, pour le rallier à sa cause, avait promis par écrit de lui rendre Warberg et de renoncer à Elfsborg, mais à la condition d'être remonté sur le trône avant la Saint-Michel (1).
(1) Billet du roi daté du 11 juillet 1569.