‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 4 sur 142 · IS6I] CONDITIONS IMPOSÉES AUX DLCS PAR LE ROI · texte numérisé non relu

IS6I] CONDITIONS IMPOSÉES AUX DLCS PAR LE ROI

et de prélever la dîme. 8* La basse justice sera rendue par des magistrats nommés par le duc ; mais les cendamnés pourront toujours appeler au roi de ces décisions. 9^ Les nobles ne seront en tous cas justiciables que du roi. 10'' Les personnes, condamnées par le roi , ne pourront trouver asile ni protection auprès des ducs. 1 1* Les ducs devront toujours et en tous temps donner passage aux gens du roi et tenir ouvertes devant leurs pas les portes de toutes les forteresses. 1 T Les sujets des ducs ne pourront prêter serment qu'au roi, sous peine de la vie et de la confiscation de leurs biens. 13"* Si quelqu'un tramait dans les duchés quelque complot contre l'autorité du roi, il y serait saisi par ordre du roi. 14* Les ducs devront avoir constanunent leur contingent de guerre prêt à ê;tre employé au service du roi , et si , dans un moment d'urgence, ils manquent d'argent, ils souffriront que leurs soldats passent de leurs drapeaux sous ceux du roi. 15** Un prince, en se rendant à la cour, ne pourra être escorté que de cent hommes, lesquels semnt, en cas de délit, justiciables du grand maître. 1 6** Tout prince qui aura tramé quelque complot contre la vie ou la santé du roi ou de ses enfants sera privé à jamais de son duché qui fera retour à la couronne. 1 7** Le droit de Suède sera seul en vigueur dans les duchés comme dans le reste de la monarchie.

11 était évident que Gustave n'avait pas voulu enfermer l'autorité des ducs dans de si étroites limites. Mais Éric XIV avait pour lui les masses, hostiles à ce morcellement de la patrie. Pehr Brahe, le cousin germain des princes, Svante Sture et Sten Ericsson Lejonhufvud, leurs oncles, approuvèrent la prévoyance du sou-

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verain. D'après leur conseil, Jean et Magnus acceptèrent les conditions imposées à la délivrance de leur héritage.

Cette grande affaire réglée , les États s'occupèrent des moyens à employer pour mener à bonne fin le mariage d'Eric avec Elisabeth, et pour soumettre à la Suède TEsthonie échappée des débiles mains de Gothard Kettler. 11 fut ensuite question du couronnement du roi. Les Ëlats, bien disposés, votèrent, sans les marchander, les fonds qui leur furent demandés pour cette cérémonie qui fut célébrée avec un luxe inaccoutumé, le 29 juin de la même année.

Éric était dominé surtout par le désir de briller. Comme tous les petits esprits il se plaisait aux petites choses. Depuis qu'il était roi, il était bien moins préoccupé des affaires du royaume que des magnificences qui devaient éblouir son peuple au moment de son couronnement. C'étaitBeurrée, son pédagogue,rhomme le plus gauche et le plus dépourvu de goût, qui était chargé de lui acheter à Londres et de lui faire acheter à Anvers tout ce que ces deux villes opulentes avaient de plus magnifique en vêtements, en armes,. en meubles et en bijoux. 11 faut lire la correspondance d'Éric avec son ancien précepteur pour s'imaginer de quelles futilités, dans un moment aussi solennel, ce pauvre esprit était rempli. Éric XIV aimait passionnément les bêtes. Beurrée lui envoya en même temps des lions, des buffles, des chameaux et des lapins, animaux inconnus en Suède et qui furent accueillis avec grande joie par le peuple.

Éric devait à cette occasion créer des cojntes et des barons « pour diminuer » d'après Geyer « la distance

[l»6ij COURONNEMENT DU ROI. «5

qui se trouvait entre les ducs et la noblesse , et parce qu'il fallait des dignités héréditaires dans un royaume héréditaire (1)». La translation de ces titres vint rehausser Téclat des fêtes du couronnement. Cette cérémonie eut lieu dans la cathédrale d'Upsal. Le jeune roi reçut la couronne des mains du vénérable Laurentius Pétri. La couronne était fermée , ce qui était une nouveauté. Il portait sous son manteau royal le costume de chevalier des Séraphins (2) , ordre célèbre créé par Magnus Smek dans le quatorzième siècle.

Éric couronné reçut le serment et les hommages de ses trois frères. Après les ducs vint le tour des comtes. Éric XIV n'en avait créé que trois, et Ton croit que c'était avec intention, pour qu'ils fussent en même nombre que les ducs. C'étaient Svante Sture, Pehr Brahe et Gustave Johansson Roos, déjà sénateurs, tous les trois proches parents du roi, et ces deux dejrniers issus d'une Wasa. Ils étaient vêtus de courts manteaux de damas blanc. Le héraut d'armes leur ceignit Tépée. Ils vinrent alors s'agenouiller devant le roi qui plaça lui-même des couronnes de comte sur leur tête, et, frappant chacun d'eux du plat de son épée nue sur l'épaule gauche , les exhorta « à combattre vaillamment pour le roi et pour la patrie. » Les trois comtes se levèrent alors, prêtèrent serment au roi et lui baisèrent la main. Le héraut dit à voix haute en s'adressant à l'assemblée : « Ces honorables

(1) C'était une innovation. Il y avait bien eu autrefois en Suède des comtes et des ducs. Mais ces titres étaient personnels et attachés à des charges, ils ne pouvaient pas d'ailleurs être héréditaires dans un royaume électif.

(2) Comme il résulte d'une médaille frappée à cette occasion et distribuée ati peuple*

seigneurs sont actuellement comles (1) ». La création de comtes devait entraîner et entraîna celle de comtés transmissibles aux fils aînés des titulaires. Le^ nouveaux seigneurs avaient le droit d'y rendre la justice et d'y toucher les revenus de la couronne. Le comté de Sture fut composé du château de Stegeholm et de la ville de Westervik, celui de Brahe, du château et du domaine de Wisingsborg, et celui de Roos, du district de Bogesund.

Les barons créés étaient au nombre de neuf, pris comme les comtes parmi les membres les plus influents des plus puissantes et des plus anciennes familles. Parmi eux se trouvaient deux Stenbocks, un Lejonhufvud, un Grip, un Oxenstjerna, un Fleming, deux Gyllenstjernas et un Horn.

Lejonhufvud , beau-frère de Gustave V^ et le plus important des nouveaux barons, fut appelé le premier. Le vice-chancelier lui dit : « En considération de la fidélité que vous avez montrée pour le,père de Sa Majesté et pour le roi lui-même , avant qu'il fût en possession du trône, et de celle que vous lui conserverez, Sa Majesté vous, élève à. la dignité de baron. » Sten fléchit le genou devant le trône où était assis Éric, enlève son habit, et le remplace par une veste en damas à fleurs. Le héraut lui met l'épée au côté et sur les épaules un grand manteau. Le vice-chancelier lui dit : « Puisque vous êtes, monsieur, devenu baron, Sa Majesté veut que vous soyez revêtu de cet habit. » Le baron se met à deux genoux devant le roi qui lui place Surla tête une petite couronne en forme de chapeau et le

(1) Olof Celsius, Histoire d'Éric XIV, 1. 1, p. 98.

[l»«l] CRÉATION DES COMTES ET DES BARONS. 17

touche de la main sur les épaules en lui disant : « Levez-vous, baron Sten (1) » . Le même cérémonial fut observé envers tous les autres dignitaires, qui, indépendamment de ces honneurs, reçurent de beaux domaines destinés à relever et consolider leur nouvelle dignité.

Pendant que le roi, les ducs, les comtes et les barons étaient debout^ la couronne au front, le héraut d'armes dit à voix haute : « Le roi de Suède , des Goths et des Wendes, est un. C'est le très-puissant prince et seigneur Éric XIV ici présent. Quoique plusieurs couronnes brillent à vos yeux , vous devez être tous persuadés qu'il n'y a qu'une couronne royale. » Ces dernières paroles du héraut expliquent bien mieux que de longs commentaires la cause et le sens de cette pompeuse cérémonie. Éric XIV espérait de cette façon combler l'espace que Gustave avait mis entre ses fils et la noblesse. Déjà à Arboga, la diète, sous l'inlluence du roi, avait décidé que les ducs seraient de droit membres du sénat. Cette décision avait été prise malgré les princes qui se considéraient par leur naissance placés au-dessus de ces' fonctions.

Éric avait aussi créé chevaliers vingt gentilshommes suédois, parmi lesquels figuraient un Bonde, un Gyllenstjerna et un TroUe. Les chevaliers s'agenouillèrent devant le roi qui les frappa de son épée sur l'épaule et dit à chacun d'eux : « Jadis vous étiez païen ; vous êtes devenu chrétien ; aujourd'hui vous êtes chevalier. » Telle est l'origine de cette brillante noblesse suédoise que nous verrons bientôt parcourir toute

(1) Messenius, Chronologia Scondiana, t. IV, p. 4.

i8 ÉRIC XIV. [iS6i]

r Allemagne à côté de son héroïque monarque, et tenir les destinées du monde entier au bout de sa vaillante épée.

Éric, enivré de sa nouvelle grandeur, voulait faire partager son bonheur à tout son entourage. Plusieui*s étrangers de distinction furent faits chevaliers ; et les envoyés de Revel reçurent des preuves éclatantes de sa bienveillance et de sa générosité.

Il est rare que le goût des peuples concorde avec leurs passions et leurs intérêts. C'est ainsi qu'au seizième siècle , à cette époque où commence la décadence de Taristocratie féodale , et où Tavénement des classes inférieures se fait tout au moins pressentir, à cette époque de nivellement , d'insurrection , d'indépendance, d'individualisme et de libre examen, les distinctions honorifiques et les titres de noblesse étaient recherchés des grands, et les cérémonies qui précédaient l'octroi de ces dignités plaisaient à la multitude. Le peuple suédois, se modelant sur l'Allemagne, la France, l'Angleterre, TEspagne, tous les pays enfin qui marchaient à la tête de la civilisation , était enchanté et fier d avoir comme eux une noblesse titrée ; il est vrai que ces titres et ces honneurs ne rendaient pas aux nouveaux privilégiés la puissance réelle que leurs pères avaient jadis possédée , et qui, malgré tous les efforts, tendait chaque jour à disparaître*

Après le couronnement, Éric passa dans le château d'Upsal trois jours qui furent consacrés aux affaires et aux plaisirs. Le quatrième jour, il partit avec tout son monde pour Stockholm* Mais il se sépara de ses nombreux invités au bac de Flotsundj voulant^ avant

[iSeï] EiNTRÉE DU ROI A STOCKHOLM. 19

de rentrer dans sa capitale, visiter les domaines héréditaires qu'il possédait sur les bords du lac Mélar, et laisser à ses frères et à sa noblesse le temps de lui préparer une réception digne de lui.

Le 12 juillet, à trois heures de l'après-midi, le bateau qui portait Éric aborda les quais de Stockholm. Les cloches sonnaient à toutes volées, les canons de la citadelle et ceux du port tonnaient en même temps, remplissant l'air de bruit et de fumée , et dominant à peine les cris de joie d'un peuple enthousiasmé. Les troupes , en tenue de gala, bordaient de chaque côtelés rues par où le cortège royal devait passer. Les ministres étrangers marchaient en tête , deux par deux, sur quatorze rangs. Derrière eux venait le groupe* du roi. Il était escorté de douze trabans et suivi de ses trois frères, les ducs de Finlande, d'Ostrogothie et de Sudermanie, et de son cousin, le duc Magnus de Saxe- Lauenbourg. Six pages à sa livrée étaient à ses côtés. Il avait un habit magnifique en velours bleu , brodé d'or, et enrichi de perles et de diamants. Derrière les princes marchaient tous les dignitaires de l'État et les seigneurs de la cour, montés sur trois cents chevaux. — Chaque prince avait cinq trabans et quatre pages à sa livrée; ils étaient tous vêtus avec une grande magni* ficence. Arrivé au pont de Riddarholra, le roi descendit de cheval et se plaça sous un dais, porté par quatre gentilshommes. Il fut ainsi conduit jusqu'à la porte de son château* Les fêtes recommencèrent aussi brillantes et non moins gaies qu'à Upsal. Le peuple de Stockholm, qui ne fut pas oublié , témoigna bruyamment son attachement au jeune prince* La noblesse fut récompensée dé son zèle par la création de quatre

20 ERIC XIV. [iMi]

nouveaux chevaliers (1). Voilà, ce me semble, beaucoup de fêles, beaucoup trop pour la bonne administration des finances de la Suède. Je me suis toujours méfié des commencements de règne trop joyeux. Dans ce monde les larmes viennent après les rires. Mais pourquoi anticiper sur lavenir, lorsque notre rôle d'historien nous ordonne à nous borner au présent?

(1; HariH CUiamn Djelke, Henri Classon Uorn, Hans Bjorosson Lejon^ et UH Uvonicn, Cla» Mecks.

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