‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 40 sur 142 · MAGNUS EST RECONNU PAR IWAN, ROI DE LIVONIE · texte numérisé non relu

MAGNUS EST RECONNU PAR IWAN, ROI DE LIVONIE

deTéchafaud par rintervcntion du duc de Suderraanie. Iwan IV avait non-seulement repousse toutes les avances faites par Jean III, mais encore il avait fait emprisonner ses ambassadeurs, et rompu la trêve qu'il n'avait conclue, disait-il, avec Éric XIV que par égard pour lui. Ce tyran, non moins célèbre par son habileté que par sa férocité, ayant reconnu chez les Livoniens une haine irréconciliable du nom russe et un vif désir d*étre gouvernés par un prince allemand, avait résolu de faire servir à sa politique la naïve ambition du duc Magnus d'Oldenbourg. Il attira dans ce but ce jeune prince à Moscou, lui donna avec emphase le titre de roi de Livonie, lui rendit les honneurs suprêmes, combla de présents sa suite très-nombreuse et très-choisie, le fiança avec une princesse de sa famille (1), lui prêta de grosses sommes d'argent, et le renvoya dans son nouveau royaume avec une armée de 25,000 hommes destinée à reprendre les places fortes et les fiefs dont les Suédois et les Polonais s'étaient emparés sans droit, par abus de la force. Le grand-duc, qui faisait sonner haut son désintéressement et prétendait n'agir que par dévouement pour ce nouveau membre de sa famille, n'exigeait pour tant de bienfaits qu'un tribut annuel insignifiant et destiné plutôt à constater l'importance des services rendus qu'à établir un droit de suzeraineté. Il aspirait si peu h étendre ses droits sur la Livonie que la postérité mâle de Magnus, proclamé roi héréditaire, devait lui succéder par ordre de primogéniture. En cas d'extinction, son successeur devait être pris dans la famille d'Oldenbourg, dans

(1) Sa coti8ine«gennaine^ Marfa Wladimirofna.

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la branche du Holstein, et, à défaut, dans celle du Danemark. Le grand- duc et les siens étaient nonseulement exclus à jamais du trône, mais encore aucun de leurs sujets ne pouvait être apte à y exercer des fonctions publiques. Iwan avait si souvent donné des preuves de sa déloyauté et de sa perfidie, qu'un homme sans portée et sans consistance, comme Mag^ nus, et qui dans tous les cas n'avait à perdre que ce qui lui avait été donné, pouvait seul avoir ou afiTecter de la confiance dans sa parole. Jean et Sigismond avaient pénétré, à travers ces complaisances, les projets du tyran ; ils avaient vu de suite qu'il n'avait d'autre but que d'éloigner des rivaux puissants, pour les remplacer par un roi de hasard qui, fait par lui et dépendant de lui, sans racine dans le pays, tomberait du jour oîi son appui viendrait à lui manquer. Ce fut la crainte d'être obligé de transporter en Esthonie toutes les forces dont il disposait pour les opposer à ce formidable adversaire qui, donnant plus de consistance aux idées pacifiques dont le roi n'avait cessé d'être animé, la poussa à faire, malgré ses ministres et malgré les États, les premières démarches conciliatrices. L'Europe entière s'était déjà émue à plusieurs reprises de cette guerre sans cause et sans résultat, qui couvrait un pays florissant de ruines, et, en fermant la Baltique, interdisait au Midi toute espèce de trafic avec le Nord. La civilisation, en se développant, avait déjà à cette époque créé tant de besoins, tant d'exigences, que tous les peuples de l'Europe étaient devenus tributaires les uns des autres. Les Anglais et les Allemands ne pouvaient se passer plus longtemps des fourrures du Norrland, et les peuples méridionaux

jiiSTO] CONFÉRENCES DE STETTIN. 205

des aciers des Gothies. Les grandes puissances résolurent donc d'intervenir et de faire cesser un état de choses préjudiciable à toute la chrétienté.

Les combattants, se trouvant épuisés, acceptèrent l'arbitrage de l'empereur, du roi de France, du roi de Pologne et de l'électeur de Saxe. Les conférences s'ouvrirent au mois de juin, à Stettin. Maximilien II était représenté par le duc de Poméranie et le comte de Passau, Charles IX par Charles Dantzai, son ambassadeur à Copenhague; Sigismond -Auguste, par Jean - Demetrius Soltikoff et Juste Claude ; et Auguste de Saxe, par le comte d'Oberstein et Éric Wolmar de Berlips. Les intérêts de la Suède étaient défendus par le chancelier Nils Gyllenstjerna, son frère Éric, Jôran Geer, Bengt Gylta, et Olof Larsson ; ceux du Danemark, par Pierre Bilde, Henri Rantzau, Georges Rosenkrantr et Joachim Hinck, et ceux de Lùbeck, par deux envoyés de la république. Les débats de ces conférences furent très-longs et très-animés. Pouvait-il en être autrement du moment où il s'agissait d'accorder les prétentions les plus contradictoires, de rapprocher les intérêts les plus opposés ? Le Danemark , s'obstinant à ne voir dans la guerre de l'Indépendance qu'une insurrection victorieuse, s'en tenait à l'Union de Calmar, et exigeait que les trois royaumes Scandinaves fussent réunis sous le sceptre d'un Oldenbourg. La Suède, au contraire, prétendait que l'Union de Calmar n'était qu'un pacte qui avait été brisé et remplacé par l'Union héréditaire; que la nation, ayant recouvré son indépendance, perdue non pas à la suite d'un combat malheureux, mais à cause de la déloyale interprétation d'un traité librement

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consenti, avait acquis le droit non^eulement de choisir un roi parmi ses grands seigneurs, mais de reconstituer dans son intégrité la monarchie suédoise, telle qu'elle existait au moyen âge, composée de tous les peuples qui vivaient dans sa presqu'île, et à ce titre elle réclamait le Halland, le Bleking, la Scanie, Tîlede Gottland et même la Norvège. Les plénipotentiaires, malgré tous leurs efforts, ne pouvaient venir à bout de rapprocher des hommes qui se tenaient à des points si éloignés et ne voulaient ni les uns ni les autres faire les premières avances. Les parties intéressées menacèrent même plusieurs fois de rompre les conférences en se retirant. Elles n'y furent maintenues que par Ténergie des diplomates étrangers, qui firent connaître la résolution de leurs maîtres de vouloir la paix à tout prix et de se déclarer contre celle qui quitterait la place. Les luttes, les disputes, les tiraillements duraient depuis six mois, et la fin n'en était pas prévue, lorsque les intrigues des partisans d'Éric en Suède et l'alliance d'iwan avec le duc Magnus en Livonie, remplissant de terreur le cœur pusillanime de Jean III, firent trancher subitement un nœud vraiment insoluble. Des ordres arrivés de Stockholm enjoignirent aux ministres suédois de conclure la paix à tout prix, et le traité de Stettin fut signé le 13 décembre 1570. Jamais la versatilité et l'ineptie de Jean III n'ont paru plus évidentes que dans ces tristes circonstances. Tous les droits qu'il avait sur la Scanie, lé Halland, le Bleking, la Norvège, le Jemptlandj le Herjedal et l'île de Gottland furent abandonnés par lui sans retour et sans même un dédommagement de vanité. Elfsborg lui fut rendu, mais contre 150,000 thalers qui furent

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employés à payer l'armée danoise, restée inactive pendant la fameuse trêve conclue à la sollicitation du duc de Finlande et pour lui donner le temps de renverser son frère. Les Suédois furent aussi contraints de restituer huit vaisseaux de guerre capturés par eux pendant la dernière campagne maritime. Enfin tous les prisonniers devaient être rendus sans rançon. La question des armoiries fut ajournée à Tannée 1575 (1), de même que celle cle Livonie (2). Malgré ces germes de division qu'on laissait à l'avenir le soin de détruire, les deux parties s'engageaient à réunir leurs forces pourchasser de la mer Baltique les corsaires qui Tinfestaient. La régence de Lùbeck fut comprise dans le traité ; elle obtint la liberté de naviguer sur le Narova et de trafiquer directement avec la Russie, mais à la condition de ne point lui fournir de munitions de guerre. Une somme d'argent lui fut donnée pour le rachat de ses anciens privilèges en Suède. Mais on ne voulut lui reconnaître aucun droit sur les 750,000 tlia- 1ers qu'elle réclamait pour solde de la vieille dette, mal liquidée sous Gustave P'.

C'est ainsi, par le traité de Stettin, que finit cette guerre « q4ii pendant sept années avait fait des trois royaumes du Nord un vaste théâtre de fureurs et de calamités. Des provinces ravagées, des villes incendiées, des campagnes désertes, voilà quel était le seul effet sensible de tant d'efforts opposés, de tant d'inquiétudes, de peines, de pleurs et de sang versés (1). »

(1) Elle devait alors être soumise à l'arbitrage des électeurs de Saxe^ de Braûdebourg> du comte-palatia du Rhia et du duc Jules de Brunswig.

(Maliet, Hist. de Danemark, tom. Vil, p. 106*)

(2) On devait s'en remettre à la décision de l'empereur.

(3) Maliet, Hist, de Danemark, tom. VH, p» 110.

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bruyant que sincère, et inspiré plutôt par le désir de plaire à son père que par le besoin de suivre les mouvements de son cœur. Le fait est que, sceptique de sa nature et léger, il n'avait aucun principe religieux. Sa femme, au contraire, était pieuse d'instinct, et catholique de sentiment et de tradition, plutôt que de raisonnement et de conviction; son esprit large et élevé, la préservant du bigotisme , lui avait inspiré cette piété douce, éclairée, tolérante, qui avait animé son respectable père, Sigismond I" Auguste, et que Rome condamnait comme suspecte de connivence avec les fauteurs d'hérésie. A cette époque, toutes les études étaient tournées vers la théologie. Pendant sa captivité à Gripsholm, c'était dans les livres de controverse religieuse que le duc de Finlande avait cherché des distractions à ses nombreux ennuis, des diversions aux longues heures de ses soirées d'hiver. La pieuse Catherine était sa lectrice. Aussi versée que lui dans Tétude des Livres saints et plus subtile, elle expliquait les passages obscurs, commentait ceux qui étaient douteux, et toujours d'une manière conforme à la doctrine de son Église qu'elle lui représentait comme la mère de toute foi, la dépositaire de toute vérité.

Un esprit ferme en ses desseins et convaincu finit toujours par dominer un caractère irrésolu et sans principes ; d'ailleurs^ à moins d'être un monstre, Jean poUvait-il faire autrement que de subir l'ascendant de cette femme belle et aimable, qui, en partageant volontairement les dangers et les hoi*reurs de son cachot, avait poussé jusqu'à l'héroïsme le sentiment du devoir? Néanmoins, toujours habile à dominer les inspirations de son cœur, il n avait cessé de donner

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